Sumurun (Ernst Lubitsch, 1920)

Le cheikh d’une ville arabe imaginaire s’entiche de la danseuse d’une troupe de comédiens itinérants…

Le mélange des registres ne fonctionne pas tant le décorum de pacotille, le manque d’unité dramatique et les personnages archétypés appelaient la fantaisie mais pas le mélo. Dans les passages fantaisistes, à base de courses-poursuites et de cache-cache, Lubitsch fait preuve d’une invention dynamique qui évite à Sumurun de s’affaisser sous la lourdeur de sa production.

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Johan/A travers les rapides (Mauritz Stiller, 1920)

Contre l’avis de sa mère, un propriétaire épouse sa jeune servante. Bientôt, un marin arrive au domaine et se voit offrir l’hospitalité…

Mauritz Stiller a ici adapté le classique de la littérature finlandaise Juha qui sera refilmé quatre-vingts ans plus tard par son compatriote Aki Kaurismäki. Le peu de personnages et l’absence d’environnement social font pencher le film vers une certaine abstraction théâtrale. Cette impression est heureusement équilibrée par des scènes où on voit les protagonistes au travail (écaillage des poissons, coupage du bois) et par l’importance des décors naturels (rivières, lacs, plages, forêts) qui, sans être poétisés comme dans d’autres films suédois, ont le mérite d’ancrer l’action dramatique dans une réalité drue. Ainsi le basculement dans l’adultère s’incarne t-il dans une course sur les rapides.

Le déroulement de ce drame moral demeure quelque peu pesant et austère mais Stiller parvient à nous y intéresser grâce à sa mise en scène d’une souveraine précision. D’excellents acteurs et un découpage d’une parfaite rigueur restituent aussi bien la fraîcheur d’une jeune fille cueillant des baies pour son amoureux (moment qui rappelle la merveilleuse partie centrale des Proscrits) que la violence d’un tabassage à coups de rondins. Le tout est raconté avec une hauteur de vue qui tranche d’avec le manichéisme hollywoodien: si la tentation adultérine est désavouée, l’enfer conjugal de la jeune femme est rendu sensible également, ce qui nuance la portée du dénouement. Johan relève donc d’un un art d’une absolue maîtrise quoique, venant après Les proscrits et Terje Vigen, un tantinet appliqué.