La légende de Jesse James (The great Northfield Minnesota raid, Philip Kaufman, 1972)

Les frères James et Younger s’associent pour un ultime hold-up dans une grande banque nordiste…

Critique, cynique et anti-héroïque, cet énième film sur Jesse James est typique du cinéma américain des années 70. La sanglante épopée des frangins du Missouri est filmée comme une comédie noire dont la manière annonce les frères Coen. Comme dans L’étoffe des héros et Les seigneurs, Philip Kaufman porte un regard amusé sur les laissés-pour-compte d’un changement d’époque. Les frères James étant moins sympathiques que Chuck Yeager ou les Teddys Boys, le ton est (nettement) plus sarcastique. Avec un humour glaçant et ravageur, le film montre aussi bien le décalage entre Nordistes « civilisés » qui jouent déjà au base-ball et péquenauds qui s’imaginent prolonger la guerre de Sécession que le vieux fonds de fascination de ces mêmes Nordistes envers les démonstrations de force les plus sauvages. L’absurde popularité des hors-la-loi parmi les députés ou parmi la foule de la séquence finale montre bien tout ce que l’entreprise civilisationnelle peut avoir d’illusoire. Cette dimension critique, qui ne manque pas de subtilité, est ce que ce western contient de plus singulier donc de plus intéressant.

Le brigand bien-aimé (The true story of Jesse James, Nicholas Ray, 1957)

L’histoire de Jesse James, fermier devenu bandit après la guerre de Sécession.

Comme l’indique son titre original, ce film affiche l’ambition de relater la vérité vraie au sujet de Jesse James, en réaction à Jesse James produit 20 ans auparavant par le même studio. Autres temps autres moeurs. Le paradoxe est que le film de Henry King, dans sa simplicité directe et classique, apparaît bien plus franc, honnête, naturel et donc vrai que son remake. Ici, les intentions démystificatrices sont lourdes. Le film est raconté sous la forme de flashbacks dont les points vue sont ceux des gens qui ont côtoyé Jesse James. Chacun de ces flashbacks a une finalité univoque: montrer que Jesse était au début un brave gars opprimé, montrer que son côté Robin des Bois était mensonger, montrer que Jesse est devenu méchant…Le (mauvais) didactisme l’emporte donc largement sur la dramaturgie et les personnages manquent d’épaisseur. Si Jeffrey Hunter est un Frank James convaincant, la fadeur de Robert Wagner et Hope Lange rend inexistant le couple formé par Jesse et Zee (alors que ce couple était très touchant dans le film de King).

Il faut préciser que le découpage en pilotage automatique de Nicholas Ray n’aide pas à l’implication. Le réalisateur de Johnny Guitar s’est fâché avec le producteur Buddy Alder et force est de constater que le film ne porte guère de trace de son lyrisme emblématique alors que le destin de ce rebelle sans cause qu’est Jesse James avait a priori tout pour l’intéresser. Reste les scènes de violence qui, même si elles repompent parfois éhontément le chef d’oeuvre de King (la chute des chevaux dans la rivière, l’attaque du train), ne manquent pas d’intensité. Reste aussi les vertus propres d’un genre et d’une histoire qu’on a toujours plaisir à se faire conter, l’eusse t-elle été d’une façon plus convaincante par le passé. Mais n’est-ce pas le propre des légendes?

Kansas en feu (Kansas raiders, Ray Enright, 1950)

Les tribulations des frères James au sein des pillards confédérés menés par Quantrill.
Un western bien fait (bien raconté, bien joué) bien que dénué du moindre génie. La relation entre Jesse et Quantrill est intéressante mais n’est pas mise en avant par rapport au reste. On peut le regretter dans la mesure où le respect qu’a Jesse James pour cet illuminé de pacotille, respect qui montre la foi irrationnelle qu’un jeune homme peut avoir en un mentor, est l’aspect le plus singulier de cette plaisante production de série.

Le brigand bien-aimé (Jesse James, Henry King, 1939)

1939 est peut-être la plus belle année de l’histoire du cinéma hollywoodien, une année où les classiques se comptent par dizaines, une année où certains cinéastes ont signé non pas un mais plusieurs chefs d’oeuvre.
Henry King est de ceux-là car il réalisait alors deux de ses meilleurs films pour la Fox, deux films qui se caractérisent par une extraordinaire limpidité narrative et visuelle: le sublime Stanley et Linvingstone et Le brigand bien-aimé donc. Un film où King filme le mythe Jesse James à hauteur d’homme. La narration est d’une admirable simplicité et la mise en scène est un modèle de classicisme. Pas un seul plan contemplatif alors que l’oeuvre est une splendeur de chaque instant, pas un seul plan qui ne s’intègre dans un ensemble parfaitement équilibré. Très peu de musique dans une bande-son qui en faisant la part belle au gazouillis des oiseaux et au tranquille ruissellement du fleuve s’allie merveilleusement aux images en Technicolor de la campagne américaine et insuffle une poésie pastorale à ce western. Cependant la violence de l’histoire n’est pas escamotée par le cinéaste capable de filmer des scènes d’action hallucinantes comme cette séquence où deux cavaliers en fuite sautent du haut d’une falaise dans un fleuve avec leurs chevaux.
Jesse James est montré comme un fermier plongé dans l’engrenage du banditisme après son légitime soulèvement contre la Compagnie des Chemins de fer de Saint-Louis. C’est que d’un point de vue politique, ce film est le vecteur d’une idée fondamentalement américaine, celle de la destruction d’un paradis individuel par les grandes organisations, destruction qui entraîne ici fin du foyer familial et déliquescence morale. Tyrone Power dans le rôle titre nous gratifie d’une de ses plus belles prestations. Des trucs d’une évidente simplicité comme les variations de sa barbe rendent pregnante son évolution de paisible fermier à bandit en cavale. Ses scènes avec Nancy Kelly qui joue la malheureuse épouse de Jesse James sont directes et émouvantes grâce notamment à la caméra d’Henry King qui utilise avec parcimonie mais judicieusement les gros plans. Enfin, la galerie de seconds rôles bien dessinés, d’Henry Fonda en grand frère à Randolph Scott en shérif intègre, permet de faire exister tout un contexte familial et social autour du couple central.