L’ensorceleuse (The shining hour, Frank Borzage, 1938)

Une danseuse ayant épousé un riche fermier est diversement accueillie par sa belle-famille.

Cette adaptation d’une pièce de théâtre se déroule principalement dans de luxueux intérieurs autour de cinq personnages. Ces allures de mélodrame mondain et glacé sont heureusement transcendées par une dernière partie, purement borzagienne, qui tend vers le sublime sacrificiel. La grande et rare Margaret Sullavan déploie alors tous ses talents lacrymaux.

The circle (Frank Borzage, 1925)

Peu de temps après son mariage une femme s’enfuit avec le témoin. Lors du mariage de son fils, plusieurs décennies après, elle revient…

Le canevas est vieillot et rigide, la morale est parfaitement machiste mais la sensibilité de Frank Borzage insuffle malgré tout un peu de délicatesse et d’imprévu. Tout à fait dispensable mais pas complètement inintéressant.

Femme ou maîtresse (Daisy Kenyon, Otto Preminger, 1947)

Une femme est partagée entre deux hommes: un avocat marié et un vétéran de la seconde guerre mondiale.

Malgré ce sujet canonique, aucune convention liée à un quelconque genre (mélodrame…) n’est présente dans Daisy Kenyon. Ce qui frappe dans ce film, parfaitement atypique dans la production hollywoodienne de l’époque, c’est son côté « adulte ». Jamais l’auteur ne force la sympathie ou l’antipathie du spectateur pour un des personnages. Le triangle amoureux est représenté avec la neutralité objective qui caractérise le style d’Otto Preminger. Finement écrit, suprêmement dialogué et excellemment interprété, Daisy Kenyon ne verse jamais dans le théâtre filmé grâce au réalisme de la mise en scène.
On pourrait reprocher au film cette froideur de surface, ce regard d’entomologiste sur des sentiments, mais ce serait passer à côté de la justesse des observations du cinéaste, à côté d’un propos mature, original et pertinent sur l’amour comme mensonge que chacun se complaît à entretenir pour se coltiner sa propre et irréductible nostalgie.
Daisy Kenyon est donc une parfaite réussite et une nouvelle preuve de la prolixité du génie de Preminger puisque la même année, ce dernier réalisait également Ambre qui lui est un chef d’oeuvre de romanesque flamboyant.

Boulevard des passions (Flamingo road, Michael Curtiz, 1949)

Une danseuse de fête foraine, lassée d’être perpétuellement sur la route, entreprend de s’installer dans une petite ville américaine, ville sujette à de multiples intrigues politiques.

Michael Curtiz retrouve les acteurs de Mildred Pierce et réalise un nouveau bijou pour la Warner. Flamingo road est un film absolument brillant qui se joue allègrement des frontières entre les genres et ne suit qu’une seule logique: celle du récit. Empruntant autant aux conventions du mélodrame qu’à celles du film noir, Curtiz met en scène de sa façon alerte un drame complexe présentant une démocratie gangrénée par la corruption. La photo est parfaite. Les acteurs -l’impressionnant Sidney Greenstreet en tête- sont excellents, Joan Crawford n’est pas l’unique pivot de ce superbe film aux ramifications multiples.

Feuilles d’automne (Robert Aldrich, 1956)

Le rencontre de deux névrosés, une vieille fille et un jeune impuissant. Feuilles d’automne est un excellent mélodrame. L’outrance de la mise en scène de Robert Aldrich (le jeu excessif des acteurs, la Crawford surmaquillée comme à son habitude, Cliff Robertson dont la prestation anticipe celle d’Anthony Perkins dans Psychose, la violence intérieure exprimée par des scènes d’une grande violence physique) est, une fois n’est pas coutume, parfaitement adaptée à son sujet. Cependant, ce voyage à l’intérieur des zones les plus sombres de la pyché est cadré par une impeccable narration à tendance feuilletonesque et la célébrissime chanson de Nat King Cole confère une certaine mélancolie à l’héroïne, elle empêche de faire de sa névrose quelque chose de monstrueux aux yeux du spectateur. Feuilles d’automnes est la preuve qu’il y a eu des bons films psychanalytiques à Hollywood. Simplement, ils n’étaient pas signés Hitchcock.

Une critique plus développée de cette perle méconnue

Borzage 40-42

Borzage, c’est bon. mangez-en.

Flight command (1940)
Frank Borzage s’essaie au genre en vogue à l’époque à Hollywood du film sur les pilotes d’avions. Il n’y avait que lui pour faire d’un film subventionné par la Marine un portrait de femme sublime de justesse. Entre les séquences de vol assez spectaculaires mais un poil redondantes, Borzage nous montre à travers le destin de la femme du commandant la solitude sentimentale, l’incompréhension mutuelle, la tentation de l’adultère, bref il réalise une fois de plus un grand film d’amour, mature et dénué de pathos et de sensiblerie, y mêlant ses marottes habituelles que sont la mort, la foi, la camaraderie, le sens du devoir.

Chagrins d’amour (Smilin’through, 1941)
Premier film en Technicolor de Borzage, c’est un de ses films les plus étranges. L’histoire de cet homme resté amoureux de sa défunte femme est une des plus mélancoliques de son auteur, frôlant la morbidité. Le problème est qu’à cette intrigue vient s’en greffer une autre, celle de la naissance d’un jeune couple, traitée d’une façon beaucoup plus conventionnelle voire franchement banale. De plus, plastiquement, le film est un véritable chromo et certaines scènes sont d’une consternante niaiserie: ainsi, un couple qui se met à valser dans un jardin à la tombée de la nuit, c’est beau. Mais lorsque la fille se met à chanter une bluette irlandaise, c’est trop, on tombe dans le sirupeux. En dehors de ça, le film contient quelques éclairs de génie, notamment dans la façon de filmer les allers-retours dans le temps, à coups de fondus enchaînés enchanteurs et de travellings dignes d’Ophüls.
Si on accepte l’esthétique chromo, le film peut s’avérer très plaisant, il en émane une poésie artisanale, un lyrisme de studio assez délicieux, même si tout ne s’apprécie pas au premier degré et qu’étonamment on n’y retrouve guère la justesse du regard de Borzage sur les choses de l’amour.


Au temps des tulipes (The vanishing virginian, 1940)
Très charmante chronique familiale dans le genre dit « americana ».
En une heure et demi, Frank Borzage brasse les destins d’une dizaine de personnages sur une quinzaine d’années. Très subtile monstration du changement d’époque, du passage inéluctable du temps sur cette bourgade sudiste attachée à ses traditions. ça vaut bien Jalna. c’est assez proche de certains films de Ford, Judge Priest notamment.

Sept amoureuses (seven sweethearts, 1942)
Quel film étrange que voilà !
Après un début charmant mais un brin lénifiant, voilà du De palma avant l’heure, une oeuvre qui peut être vue comme la théorisation et la critique de la doucereuse « poésie de studio ». Le film suit un journaliste new-yorkais venu chroniquer la « fête de la tulipe » dans une charmante bourgade de province où le temps semble s’être arrêté. Il va s’installer dans l’hôtel non moins charmant tenu par le père d’une fratrie de sept soeurs, père joué l’excellent acteur hongrois S.Z. Sakall, aussi à l’aise dans la bonhommie que dans l’émotion. Jeunes filles qui chantent au piano, décor de carte postale, personnages gentiment décalés à la Prévert, tulipes…Là où les choses se compliquent, là où l’on se rend compte que la vie à la campagne, c’est pas tout rose, c’est quand les sentiments des jeunes filles se réveillent au contact du beau jeune citadin. Les frustrations liées à la monotonie du village et au poids étouffant des traditions se révèlent alors et la rivalité entre les soeurs m’a carrément évoqué ce chef d’oeuvre glaçant qu’est Les proies de Don Siegel, même si attention le film de Borzage n’a rien d’un thriller. Il n’est même pas mélodramatique, le ton restant relativement léger, la litote caractérisant le style de Borzage et l’auteur montrant sa foi dans l’harmonie entre les passions individuelles et les traditions séculaires.
Très bon.

Le cargo maudit (strange cargo, 1940)
Film d’aventures saupoudré de mystique chrétienne ou mystique chrétienne saupoudrée d’aventures, je sais pas trop mais bien qu’un poil théorico-théâtral, c’est sublime.