Le port des passions (Thunder bay, Anthony Mann, 1953)

E

A la Nouvelle-Orléans, un foreur pétrolier s’attire l’hostilité de la communauté de pêcheurs.

Si c’est certes à juste titre que Le port des passions ne jouit pas de la même réputation que la fabuleuse pentalogie de westerns, cette collaboration méconnue entre Anthony Mann et James Stewart est intéressante à divers titres. En effet, le déroulement du récit a beau être balisé et la romance du héros superfétatoire, les forces de progrès inhérentes au capitalisme et les troubles afférents (ainsi de l’arrivée d’étrangers qui perturbe la bonne marche matrimoniale) sont judicieusement montrés. Même si sa résolution est conventionnellement unanimiste, le conflit entre la communauté de pêcheurs de crevettes et l’entrepreneur pétrolier est retranscrit sans manichéisme. Par exemple, le personnage campé par Dan Duryea ne manque pas de nuances. Bref, Le port des passions est un film honorable quoique le Golfe du Mexique -forcément plat et unicolore- n’inspire pas autant Anthony Mann que le désert de l’Arizona ou les glaciers du Canada; son découpage est ici fonctionnel mais dénué de génie.

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711 Ocean Drive (Joseph M.Newman, 1950)

En Californie, un technicien des P.T.T est engagé par une organisation de bookmakers et en devient le chef.

Une réussite du film noir. Lorsqu’il filme l’hubris de son héros, Joseph M.Newman n’a certes pas la profondeur politique d’un Losey ni la puissance tragique d’un Walsh mais il met en scène le scénario qui lui est confié avec goût et concision. L’ancrage technique et documentaire du drame ainsi que la présence de Joanne Dru sont des atouts de taille.

La vallée de la vengeance (Richard Thorpe, 1951)

Le fils adoptif et le fils légitime d’un rancher amoureux de la même femme se déchirent.

Cet argument dramatique principal est enrobé de beaucoup de pistes narratives accessoires. La vallée de la vengeance est un surwestern; c’est donc un western qui met l’accent sur la psychologie plutôt que sur l’action. Le déroulement de l’intrigue n’en reste pas moins simpliste et sans surprise. Quoique traitant de thématiques similaires (on songe à L’homme de la plaine et aux Affameurs), le scénario est très loin d’avoir la finesse des scripts de Philip Yordan ou Borden Chase pour Anthony Mann. Le découpage de Richard Thorpe est quant à lui désolant de platitude. Même ses scènes de convoyage de vaches n’ont aucune ampleur. Les intentions documentaires manifestées par la direction artistique (les costumes sont ainsi anti-glamour au possible) sont ravalées au rang de simples velléités par de regrettables restes de convention hollywoodienne (tel le maquillage de Joanne Dru). Enfin, il faut préciser que le Technicolor est un des plus hideux jamais vus dans le cinéma américain (à moins que ce ne soit le DVD). Bref, La vallée de la vengeance est un mauvais film.