Return of the Texan (Delmer Daves, 1952)

Après le décès de son épouse, un homme qui était parti à la ville revient, avec ses deux fils et son grand-père, dans sa maison natale au Texas.

Quelques transparences de mauvais aloi et une bagarre finale qui résulte de la convention dramatique plus que de la logique du récit n’altèrent guère le charme de ce joli film où Delmer Daves évoque avec franchise et dignité le deuil de la mère, le retour au pays et la nostalgie du vieux pionnier inapte à comprendre que les temps ont changé mais aussi le recommencement en bas de l’échelle sociale et le désir flottant d’une femme. Le futur auteur de Jubal et La dernière caravane nous gratifie également d’une séquence typiquement westernienne mise en scène avec une surprenante intensité. Return of the Texan est de plus particulièrement bien servi par la toujours très belle Joanne Dru et le génial Walter Brennan dans un de ses rôles les plus variés et les plus émouvants.

Le port des passions (Thunder bay, Anthony Mann, 1953)

A la Nouvelle-Orléans, un foreur pétrolier s’attire l’hostilité de la communauté de pêcheurs.

Si c’est certes à juste titre que Le port des passions ne jouit pas de la même réputation que la fabuleuse pentalogie de westerns, cette collaboration méconnue entre Anthony Mann et James Stewart est intéressante à divers titres. En effet, le déroulement du récit a beau être balisé et la romance du héros superfétatoire, les forces de progrès inhérentes au capitalisme et les troubles afférents (ainsi de l’arrivée d’étrangers qui perturbe la bonne marche matrimoniale) sont judicieusement montrés. Même si sa résolution est conventionnellement unanimiste, le conflit entre la communauté de pêcheurs de crevettes et l’entrepreneur pétrolier est retranscrit sans manichéisme. Par exemple, le personnage campé par Dan Duryea ne manque pas de nuances. Bref, Le port des passions est un film honorable quoique le Golfe du Mexique -forcément plat et unicolore- n’inspire pas autant Anthony Mann que le désert de l’Arizona ou les glaciers du Canada; son découpage est ici fonctionnel mais dénué de génie.

711 Ocean Drive (Joseph M.Newman, 1950)

En Californie, un technicien des P.T.T est engagé par une organisation de bookmakers et en devient le chef.

Une réussite du film noir. Lorsqu’il filme l’hubris de son héros, Joseph M.Newman n’a certes pas la profondeur politique d’un Losey ni la puissance tragique d’un Walsh mais il met en scène le scénario qui lui est confié avec goût et concision. L’ancrage technique et documentaire du drame ainsi que la présence de Joanne Dru sont des atouts de taille.

La vallée de la vengeance (Richard Thorpe, 1951)

Le fils adoptif et le fils légitime d’un rancher amoureux de la même femme se déchirent.

Cet argument dramatique principal est enrobé de beaucoup de pistes narratives accessoires. La vallée de la vengeance est un surwestern; c’est donc un western qui met l’accent sur la psychologie plutôt que sur l’action. Le déroulement de l’intrigue n’en reste pas moins simpliste et sans surprise. Quoique traitant de thématiques similaires (on songe à L’homme de la plaine et aux Affameurs), le scénario est très loin d’avoir la finesse des scripts de Philip Yordan ou Borden Chase pour Anthony Mann. Le découpage de Richard Thorpe est quant à lui désolant de platitude. Même ses scènes de convoyage de vaches n’ont aucune ampleur. Les intentions documentaires manifestées par la direction artistique (les costumes sont ainsi anti-glamour au possible) sont ravalées au rang de simples velléités par de regrettables restes de convention hollywoodienne (tel le maquillage de Joanne Dru). Enfin, il faut préciser que le Technicolor est un des plus hideux jamais vus dans le cinéma américain (à moins que ce ne soit le DVD). Bref, La vallée de la vengeance est un mauvais film.