Le dernier des géants (The shootist, Don Siegel, 1976)

En janvier 1901 à Carson city, un as de la gâchette apprend qu’il est condamné par un cancer.

Malgré un dénouement mal justifié scénaristiquement parlant, le dernier film de John Wayne est un beau film. La musiquette massacre une ou deux séquences mais les acteurs sont bons et la sécheresse de Don Siegel rentre dans le vif des scènes sans excès pathétique. Le sujet grave, traité avec une sobriété et une frontalité dignes de Ingmar Bergman, et la correspondance entre la vie de la star et son rôle sont de toute façon suffisamment vecteurs d’émotion.

Stranger on horseback (Jacques Tourneur, 1955)

Un juge a bien l’intention d’arrêter le fils meurtrier du plus puissant propriétaire de la région.

Stranger on horseback est le moins bon western de Jacques Tourneur. Comme souvent chez lui, il n’y a pas beaucoup d’action et pas mal de dialogues mais le problème c’est qu’ici, toutes les scènes sont soumises à l’intrigue, très conventionnelle. Les fascinants méandres narratifs, le ton détaché et la poésie si particulière de Wichita, Great Day in the Morning et Canyon Passage sont absents ici. L’idiotie profonde du retournement final montre bien que la convention, en l’occurrence celle du happy-end, a été préférée à la logique (que cette logique soit narrative, psychologique ou plastique). Enfin, il faut préciser que l’état déplorable de conservation de l’AnscoColor, procédé de couleur qui n’a pas fait long feu, fait qu’aujourd’hui, il est difficile de voir une copie de ce film qui n’ait pas viré au rose orangé. C’est évidemment dommageable.

Wagon Train: The Colter Craven story (John Ford, 1960)

Le convoi de pionniers mené par le prêcheur Seth Adams recueille un médecin alcoolique.

Wagon Train est une dramatique télé qui prolonge le chef d’oeuvre absolu qu’était Wagon Master (Le convoi des braves). Cet épisode réalisé par Ford lui-même est typique de son metteur en scène puisqu’on y conte la rédemption d’un médecin alcoolique sur fond de guerre de Sécession. Outre Ward Bond dans le rôle principal de la série, on retrouve dans The Colter Craven story une bonne partie de la petite troupe habituelle de John Ford: Anna Lee, John Carradine, Ken Curtis…et même John Wayne dans un tout petit rôle! Un tel travail télévisuel permet au réalisateur de retrouver la naïveté primitive des westerns du début de sa carrière. Certes la résolution de l’intrigue est simpliste mais on appréciera l’épure de la narration.

Cette épure n’empêche pas des des fulgurances dans la mise en scène qui permettent de constater la plus value d’un John Ford par rapport aux metteurs en scène lambda de la série (qui n’étaient pas des nuls pour autant).  Cette plus-value fordienne, c’est l’abîme qui sépare la banalité de l’évidence. C’est l’oeil du maître qui trouve toujours la bonne composition, le bon cadrage sans que la beauté ne semble apprêtée. La beauté chez Ford apparaît toujours naturelle. Elle vient d’une certaine attention aux chariots, aux chevaux, aux rochers qui éloigne ses westerns de toute forme de convention et les rend donc si singuliers. Une attention non pas documentaire mais émerveillée devant la beauté du monde. Le cinéaste fait durer un plan ici ou là, il s’attarde sur des chevaux galopant vers une rivière. Cela paraît tellement simple, le cinéma, avec Ford: des chevaux au galop, des scènes de bal et des paysages édéniques. De quoi a t-on besoin de plus pour réaliser une splendeur?

Il faut tout de même préciser pour rendre justice à ses petits camarades réalisateurs que plusieurs plans de Wagon Master ont été insérés dans l’épisode de Ford.

Hitler’s madman (Douglas Sirk, 1943)

Les causes et les conséquences de l’assassinat du dignitaire nazi Reinhard Heydrich dans un petit village tchèque.

Hitler’s madman est le premier film tourné aux Etats-Unis par Douglas Sirk qui avait fui le nazisme dans des conditions dramatiques, sa première épouse ayant embrigadé leur fils dans les jeunesses hitlériennes. Ce fils -comme le personnage de John Gavin dans Le temps d’aimer et le temps de mourir- disparaîtra sur le front russe. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est un film de propagande rendu génial par la manière dont Sirk, qui avait mis en scène plusieurs pièces de Brecht, nous présente la situation. Les trajectoires de personnages à haute dimension symbolique (le collabo, le résigné, le résistant…) alimentent une dialectique dramatique foisonnante qui montre les tenants et aboutissements de l’occupation nazie avec un maximum d’efficacité narrative. On peut comparer Hitler’s madman au film contemporain de Lang et Brecht, Les bourreaux meurent aussi, et constater que le film de Sirk est plus ramassé, plus concis, plus percutant donc.

Un élément de distinction entre le bon film de propagande et le mauvais film de propagande pourrait être le suivant: le bon film de propagande ne fait pas de sentimentalisme démagogique mais démontre au spectateur que, dans un contexte historique caractérisé, l’action prônée par les auteurs est la seule option envisageable.  C’est pourquoi un bon film de propagande, présentant avec une rigueur intellectuelle élémentaire les forces en présence, peut aussi être riche d’enseignements pour les adversaires politiques des auteurs.  Ainsi, j’ai appris grâce à Hitler’s madman que le jour où j’envahirai un pays, je ne tuerai pas le prêtre local, l’assassinat de la figure morale de la communauté occupée étant l’élément qui fait irrémédiablement basculer cette dernière dans la Résistance. Puissant appel à l’engagement dans lequel la démonstration implacable n’exclut pas le lyrisme, Hitler’s madman est un des meilleurs films anti-nazis qui aient été réalisés à Hollywood.

Barbe-bleue (Edgar G. Ulmer, 1944)

Histoire vue et revue du tueur en série qui tombe amoureux d’une de ses victimes. John Carradine dans le rôle-titre est convaincant, la mise en scène clairement expressioniste d’Ulmer réserve quelques belles séquences mais l’ensemble manque d’efficacité narrative, ainsi la longue explication pyschologique finale alourdit considérablement un film qui ne dure guère plus d’une heure. Ajoutons aux reproches une musique omniprésente et franchement agaçante. Film très moyen donc.