Les maudits/L’héritage d’Ingmar (Gustaf Molander, 1925)

Un jeune homme veut récupérer les terres de son père tandis qu’un prêcheur exalté incite les villageois, parmi lesquelles sa fiancée, à partir à Jérusalem.

Cette adaptation de Selma Lagerlöf manque d’unité dramatique. De ce fait, le conflit typiquement suédois entre attaches terriennes et attaches spirituelles, qui est le sujet profond du film, n’est pas très clair dans son exposition. Cependant, Gustaf Molander s’avère un digne héritier de Sjöström et Stiller grâce à sa maîtrise d’une mise en scène dont le réalisme impeccable est troué par des embardées merveilleuses (apparition de trolls) ou tragiques (l’étonnant flashback sur le Titanic) sans que la cohérence de l’oeuvre n’en pâtisse.

L’argent de Judas (Victor Sjöström, 1915)

Pour payer les médicaments de sa femme malade, un homme va braconner avec le fusil d’un ami avant de dénoncer cet ami coupable d’homicide involontaire en espérant toucher l’argent de la prime.

L’appréhension de l’espace forestier et de l’action s’y déroulant est assez archaïque mais le drame moral est intéressant car traité sans manichéisme (on peut simplement regretter la facilité qui consiste à faire mourir l’épouse une fois l’argent récupéré car alors le dilemme du personnage est considérablement simplifié). La puissance « depardiesque » de Egil Eide donne une force animale et pathétique aux scènes où il tente de fuir la police, les images sont composées avec soin (Sjöström aime le surcadrage) et les éclairages aussi savants que dans Forfaiture montrent avec éclat que l’écriture de l’Histoire du cinéma est fonction de la distribution des oeuvres dans les grandes capitales occidentales.