Les demoiselles Harvey (George Sidney, 1946)

Un groupe de jeunes filles arrive dans une ville du Far-West pour devenir serveuses dans un nouveau restaurant.

Entre western et comédie musicale, The Harvey girls ne convainc dans aucun des deux genres dans lesquels il s’inscrit: pas assez sérieux dramatiquement parlant pour un western, pas assez virevoltant pour une comédie musicale. Après un début qui promet grâce à ses couleurs chatoyantes, il a vite fait de s’étioler malgré l’allant du découpage de George Sidney dont les cadrages originaux et les mouvements de caméra amples et précis introduisent un dynamisme qui fait défaut à l’action, assez peu dansante.

A Lady Without Passport (Joseph H.Lewis, 1950)

Série B sur le démantèlement d’une filière d’immigration clandestine. Intéressant cas de conscience de l’inspecteur qui s’attache à une Hongroise qui veut immigrer. Rapidité de la narration grâce à l’efficacité des plans-séquences de Lewis mais tout ça manque d’action, de nervosité. Par exemple, la poursuite des avions est assez ridicule. Le principal intérêt du film est en fait Hedy Lamarr, superbissime, comme d’habitude.

Pour qui sonne la cloche ? (A bell for Adano, Henry King, 1944)

Film sur la libération d’une petite ville italienne, Adano, par des soldats américains tourné à l’époque de son action. Cela donne un caractère très concret, très terre-à-terre à l’oeuvre. En effet, l’intrigue est centrée sur le travail d’un homme: le major qui a pour tâche de reconstruire une communauté après le fascisme. Les personnages et leurs histoires sont simples. La romance entre le major et une jeune italienne jouée par une superbe Gene Tierney peroxydée est très belle parce qu’elle ne transforme pas le film en mélo, elle reste discrète, comme en filigrane d’un ensemble plus large. C’est une histoire comme il a dû s’en passer des millions en 1944: un soldat américain loin de son foyer rencontre une jeune Européenne dont le mari est prisonnier et durant quelques soirs, ils sortent ensemble et se confient l’un à l’autre -sans nécessairement coucher ensemble. La beauté des gros plans sur Gene Tierney éclairée par Joseph LaShelle, les dialogues qui expriment de façon très simple les rêves des protagonistes et la sensibilité teintée de pudeur et de nostalgie d’Henry King, rendent cette amourette a priori éculée juste et touchante. Le style de l’ensemble est donc caractérisé par une certaine retenue. La scène la plus terrible du film a en fait lieu hors-champ puisqu’il s’agit d’un monologue de soldat qui raconte des exactions -comme dans Sur la piste des Mohawks du même studio et du même scénariste, le grand Lamar Trotti. Cependant, Henry King, soutenu par la musique tonitruante d’Alfred Newman, sait se montrer lyrique lors des scènes de foule. Ainsi des retrouvailles entre les femmes et leurs maris prisonniers. La séquence est magnifique et le montage des différents points de vue y est simplement magistral.

Pour qui sonne la cloche ? a beau être avant tout une fiction hollywoodienne, c’est également une belle leçon politique teintée d’un constat étonnamment amer pour l’époque. Ce que le film montre, c’est que quand une force étrangère doit reconstruire une ville dévastée, elle devrait prendre en compte les besoins des habitants plutôt que d’appliquer un plan préétabli. En effet, le principal obstacle du major américain dans ce film est sa propre hiérarchie qui refuse de voir les charrettes nécessaires au ravitaillement d’Adano interférer avec ses convois militaires. Ici, la grande beauté de l’oeuvre est de ne pas appuyer son propos par une critique explicite de l’armée. Les faits parlent d’eux-même pour un maître classique de l’acabit d’Henry King.

Enfin, il faut mentionner le talent des multiples seconds rôles (Dalio, William Bendix…) qui font vivre cette attachante fusion entre petite et grande histoire.