Agent secret (Sabotage, Alfred Hitchcock, 1936)

A Londres, le mari de la tenancière d’un cinéma effectue des sabotages…

Réduction des protagonistes du drame à des silhouettes (en premier lieu Verloc caricaturé en méchant de base), affadissemement de plusieurs rebondissements par du romanesque de convention et disparition du propos politique réduisent le brillant roman de Joseph Conrad à un film creux et vain où le « maître du supense » trouve prétexte à des « morceaux de bravoure » que moi j’appellerais plutôt « précis de découpage à destination des enfants de 12 ans », style la séquence avec multiples gros plans sur l’horloge alors qu’on sait qu’une bombe à retardement est programmée. A d’autres endroits, c’est, faute d’avoir su retranscrire un dixième de la richesse psychologique des personnages de Conrad, par des surimpressions que Hitchcock matérialise un deuil impossible. Soit une idée visuelle primaire que les plus débiles thuriféraires du gros Alfred s’imaginent sans doute être « du pur cinéma ». C’est certes mieux que rien mais, présence de Sylvia Sidney aidant, on se prend à rêver à ce que Fritz Lang aurait pu tirer d’un tel matériau.

Menaces (Edmond T. Gréville, 1939)

Entre les accords de Munich et la libération de Paris, la vie dans un hôtel parisien accueillant divers étrangers…

En vérité, la grande majorité du récit se déroule avant la guerre: Edmond T.Gréville a tourné une fin supplémentaire en 1944 pour la nouvelle ressortie de Menaces qui avait été interdit par les autorités d’occupation. C’est en effet un des très rares films français des années 30 à faire explicitement référence au contexte international d’avant la seconde guerre mondiale. En se focalisant sur un groupe de réfugiés dans un hôtel, il s’insère dans la tendance « chorale » du cinéma de l’époque (tel que pratiquée par Yves Mirande ou Jean Renoir) tout en faisant de ce contexte international son sujet profond. Après un début un peu laborieux (la grande Mireille Balin n’est pas crédible en soubrette), les différentes intrigues sont unifiées par le pessimisme délétère de l’auteur qui prend clairement parti contre les forces de renoncement. Une sombre grandeur, alimentée par de multiples trouvailles imaginatives, finit par transcender le huis-clos étouffant. En frottant les conventions de son temps (cinéma choral et réalisme poétique) à un réalisme brûlant, Edmond T.Gréville a donc réalisé un film à la beauté inédite.