Morning departure (Roy Ward Baker, 1950)

Pendant un exercice de routine, un sous-marin britannique coule…

Les comédiens sont bons mais l’inébranlable sobriété du ton, si elle évite tout excès de mauvais aloi, fait virer le film vers le « terne et appliqué » d’autant que l’origine théâtrale est patente (arbitraire d’une narration ne gardant dans la dernière partie que les personnages sur lesquels elles s’était focalisée au début). Pas mal mais à des années lumières d’un Men without women .

 

Chuka le redoutable (Gordon Douglas, 1967)

Un pistolero solitaire aide une garnison de cavalerie à faire face à des Indiens affamés.

Résumé de cette façon, Chuka le redoutable a l’air très classique mais l’intérêt de ce western tient aux idées avec lesquelles les auteurs régénèrent les conventions d’un genre alors moribond. Ces idées expriment une vision de l’Ouest particulièrement sombre. Ainsi, dès le début, le spectateur sait que tout se terminera par le massacre des soldats puisque le film commence par un flashback. Le héros est un mélancolique qui agit à la fois comme un mercenaire et comme un amoureux désespéré. Ses tourments ne sont pas relatés avec une exceptionnelle finesse psychologique mais ils contribuent à donner de la consistance à l’histoire racontée. Par ailleurs, les soldats du fort y ont été envoyés par punition, ayant auparavant péché par lâcheté ou par insubordination. Cette dernière trouvaille est clairement la meilleure. Faire de la garnison un tas de damnés permet d’avoir une superbe galerie de seconds rôles. Ces personnages profondément fêlés sont vraiment émouvants. En plus de ce bon vieil Ernest Borgnine, il faut citer John Mills, plus connu pour ses rôles dans les films anglais de David Lean que dans les westerns, qui joue un magnifique commandant. Sans se départir de son efficacité habituelle, Gordon Douglas réalise plusieurs scènes saisissantes de noirceur. Certains plans sont d’une violence terrible qui anticipe celle de Aldrich dans Fureur Apache.

Bref, quelques moments plus platement conventionnels (le sauvetage dans le camp indien) que le reste n’empêchent pas Chuka le redoutable d’être un très bon film. C’est en fait un des meilleurs westerns américains de la décennie.

Les grandes espérances (David Lean, 1946)

Un ancien forçat aide un jeune homme élevé par une marâtre à entrer dans la haute société anglaise qui lorsqu’il était enfant l’avait aidé à fuir la police.

L’image (composition des plans, éclairages…) est soignée. La mise en scène est irréprochable mais dénuée d’inspiration, académique. En fait, le problème des deux adaptations de Dickens par Lean, c’est qu’il n’y a justement pas de réflexion sur l’adaptation, c’est à dire le passage d’un medium à un autre. Les aberrations romanesques de Dickens sont difficilement acceptables à l’écran mais visiblement David Lean et les scénaristes s’en fichent. Ils se contentent d’illustrer. Reste un ou deux beaux moments, ceux notamment où apparait la toute  jeune Jean Simmons dont la grâce juvénile tranche d’avec la technique surranée des théâtreux anglais qui composent le reste de la distribution.

Chaussure à son pied (Hobson’s choice, David Lean, 1954)

« Comédie » anglaise sur la confrontation d’un mauvais père avec ses filles qui veulent se marier. Ce fut en son temps un succès (Ours d’or à Berlin notamment). Aujourd’hui, à regarder ce film dépourvu de la moindre fantaisie, on se demande si ce n’est pas le seul prestige de David Lean et Charles Laughton qui a assuré cette gloire -éphémère. Le film est horriblement statique, les gags absents, Laughton cabotine plus qu’il n’incarne. Peut-être est-ce le fait que le film soit l’adaptation d’une pièce qui anémie le style de Lean qui ne se sert jamais des conventions théâtrales pour dynamiser sa mise en scène (à l’instar d’un Lubitsch ou d’un Guitry) mais reste atrocement sérieux tout au long de son film? Ici, l’artifice du studio, de la dramaturgie, saute aux yeux sans que Lean ne songe une seule seconde à en jouer, à s’en amuser, ce qui serait pourtant pertinent dans une comédie. Il est très difficile de croire que les personnages sont faits de chair et de sang malgré le talent évident des acteurs, tous des cadors du théâtre anglais (John Mills est l’un des rares à s’en sortir). Ils ne semblent exister que par leurs répliques.
Chaussure à son pied ou le faux bon film par excellence, le parangon du pire académisme cinématographique.