Le trésor des Caraïbes (Caribbean, Edward Ludwig, 1952)

Au XVIIIème siècle, le capitaine d’un vaisseau demande à un mutin d’infiltrer l’île tenue par l’ennemi qui a dérobé sa fortune et enlevé sa fille.

Le parfum romanesque d’un récit à la Stevenson qui préfère la grandeur tragique au manichéisme de convention, le beau Technicolor, les acteurs impeccables (John Payne, Cedric Hardwicke, Francis L. Sullivan), la netteté du rythme et le zeste d’érotisme attendu avec Arlene Dahl dirigée par Edward Ludwig sont les atouts majeurs de ce bon film d’aventures.

Le bataillon dans la nuit (Hold back the night, Allan Dwan, 1956)

En Corée, un officier chargé d’une périlleuse mission se souvient de plusieurs moments avec sa femme.

La maigreur du budget dont découle notamment une abondance de mauvaises transparences altère la vérité spectaculaire des batailles tandis que la vulgaire convention des ressorts dramatiques et les mimiques exagérées de John Payne empêchent la vérité humaine d’affleurer malgré deux flash-backs intéressants (sur trois) dans lesquels Dwan retrouve un tout petit peu de la justesse intimiste de Iwo Jima.

La ville sous le joug (The vanquished/The gallant rebel, Edward Ludwig, 1953)

Après la guerre de Sécession, le fils d’une grande famille sudiste retourne dans sa ville natale, accaparée par un « administrateur » appointé par le gouvernement fédéral.

Plus que l’expression d’un propos politique, ce contexte historique incertain permet à Edward Ludwig d’exploiter sa verve romanesque en se délectant des trahisons, infiltrations et autres retournements de situation. A l’exemple de l’amoureuse pressée d’arriver, les opposants au héros ne sont nullement caricaturés mais présentés avec une certaine justesse. Comme d’habitude, John Payne est excellent. Bref, même s’il contient plus de parlotte que d’action, La ville sous le joug est un bon petit western.

Adieu jeunesse (Remember the day, Henry King, 1941)

Une institutrice rencontre un de ses anciens élèves candidat à la présidence des Etats-Unis. Elle se souvient…

Un très joli film. Ce qui n’aurait pu être qu’une insignifiante bluette est un film sensible et délicat. Grâce à la justesse des comédiens et à la pudeur de son style, Henry King évite les écueils (niaiserie, sensiblerie…) dans lesquels un autre que lui aurait pu tomber. Ainsi, ce fameux chantre de l’americana nuance sa célébration de la communauté yankee en confrontant les amours de son héroïne aux ragots et aux préjugés puritains. La chronique recèle aussi ses moments de cruauté. La détresse du garçon amoureux de son institurice, le destin du jeune mari à la première guerre mondiale…Ces moments sont mis en scène sans fard mais avec tact. Ils se fondent dans le tout et n’entravent finalement pas l’optimisme de l’oeuvre. Quintessence de l’art d’Henry King, Remember the day a le charme d’une vignette nostalgique sans en avoir la fausseté car il ne manque jamais de vie.

Le quatrième homme (Kansas city confidential, Phil Karlson, 1952)

Un conducteur de camion est injustement accusé d’avoir pris part à un hold-up. Décidé à se venger et à laver tout soupçon, il infiltre le gang…

De la même trempe que The lineup, Kansas city confidential fait partie des petits classiques du polar américain. C’est un film noir sec, violent, très violent, à l’intrigue maline. A l’exception des séquences de romance dans lesquelles Phil Karlson se montre moins à l’aise que dans l’action, c’est mis en scène à la perfection, sans une once de graisse. La distribution qui regroupe John Payne, Lee Van Cleef -dont le profil d’aigle, est en quelque sorte le résumé du film: sec, tranchant, acéré-, Neville Brand, et Jack Elam est un joli panel de durs à cuire hollywoodiens.

Il manque simplement une part d’affect, d’imprévu, quelque chose qui sortirait les personnages d’une dramaturgie essentiellement mécanique. Comme en témoigne l’absence d’unité de point de vue, Kansas city confidential est un film sur un processus -certes enrayé- avant d’être un film sur des individus de chair et de sang. C’est ce qui explique qu’il ait été repris, adapté, distordu, amplifié par des petits malins post-modernes (c’est une des sources d’inspiration principales de Resevoir dogs), c’est ce qui l’empêche aussi d’atteindre la grandeur de chefs d’oeuvre tels que Le port de la drogue ou Détour.

Deux rouquines dans la bagarre (Slightly scarlet, Allan Dwan, 1956)

Un film noir est un film en noir et blanc. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais d’accord avec cette loi d’airain. Ou plutôt, je suis toujours d’accord mais je n’oublie pas que chaque règle comporte ses exceptions. Et quelle exception que cette flamboyante adaptation de James M.Cain ! Rarement film noir aura aussi bien porté ses couleurs. C’est qu’aidé par la fidèle équipe technique avec laquelle il enchaîne les pépites de série B depuis 1954, équipe brillante chapeautée par le producteur de la RKO Benedict Bogeaus, Allan Dwan signe un film ultra-stylisé, une oeuvre baroque, kitsch diront certains, dans laquelle le Technicolor mis en place par le grand John Alton, tantôt clair-obscur tantôt criard, est le pivot de la mise en scène d’une histoire dont les deux axes sont la corruption municipale et les passions qui animent les deux rouquines du titre.
Deux rouquines, deux soeurs, deux femmes superbes dont l’une sortant de prison, kleptomane et nymphomane est une des névrosées parmi les plus immorales et les plus ouvertement lubriques jamais filmées à Hollywood. Il faut dire que ce film réalisé par un vétéran de 71 ans contient certains des plans les plus érotiques et les plus provocants tournés pendant l’âge d’or des studios. Il faut dire aussi que la fille en question est jouée par Arlene Dahl, une bombe sexuelle qui en viendrait presque à éclipser la charismatique Rhonda Fleming qui, elle, interprète le rôle de la grande soeur qui se voudrait protectrice et morale. Qui se voudrait seulement parce qu’elle aussi, bien que fiancée à un maire vertueux va devoir faire face à ses désirs contradictoires. En face de ce fantastique duo d’actrices, John Payne interprète avec son élégance et sa retenue habituelle le gangster ambitieux aux prises avec les deux femmes. Ce film, plus ouvertement sexuel que les autres du même genre, est également plus cru dans sa représentation de la violence. Ici, les personnages touchés par balles saignent et se vident de leur sang, ce qui est assez rare en 1956 pour être signalé.
Deux rouquines dans la bagarre est donc un chef d’oeuvre atypique, un film de genre que le style lyrique insufflé par Allan Dwan et son génial producteur transcende complètement.