Que vienne la nuit (Hurry sundown, Otto Preminger, 1967)

Après la seconde guerre mondiale, un fils d’une bonne famille géorgienne entreprend de s’accaparer toutes les terres de la région…

C’est le point de départ d’un récit plein de ramifications qui finit par se focaliser sur le sursaut moral d’un homme dans un monde pourri, le monde pourri étant en l’occurence le sud gangréné par le racisme. Il y a bien quelques aspects schématiques -certains personnages secondaires comme le shérif qui appuient un peu trop l’idée que le sudiste blanc ordinaire est fondamentalement raciste, la fin à la limite de la niaiserie venant d’un homme aussi intelligent qu’Otto Preminger- mais on est quand même loin de la nullité intellectuelle de Dans la chaleur de la nuit qui sort à la même époque. La profusion romanesque, l’importance de la caractérisation psychologique des nombreux personnages empêche le film d’être réduit à un bête pamphlet anti-raciste. Preminger est plus un peintre de caractères qu’un sociologue. Les acteurs, à commencer par Michael Caine dans le rôle principal, sont de plus très bons. Enfin, d’un point de vue strictement plastique, le film est un aboutissement du style du metteur en scène:  fluidité du découpage, composition classique des cadres montrant une tranquille maîtrise du CinémaScope.

Bref, Hurry sundown est un bon film qui, s’il n’atteint pas les sommets tutoyés précédemment par Otto Preminger, apparaît aujourd’hui injustement oublié.

Danger: Diabolik! (Mario Bava, 1968)

Un pur plaisir de cinéma !

L’histoire, tirée d’une bande dessinée populaire italienne, est transfigurée par Mario Bava. Imaginez vous un James Bond ou un Fantomas qui serait pour une fois mis en scène avec style. Décors, couleurs, accessoires, costumes, transparences, musique (de Morricone), tout cela est ici délicieusement pop. Les péripéties sont délirantes mais jamais ennuyeuses car chaque geste de Diabolik, chaque vol, chaque évasion, donne lieu à une idée de mise en scène qui renouvelle la surprise du spectateur. Danger Diabolik est un des plus grands films d’action qui soient parce que l’action n’est pas un ornement spectaculaire mais l’essence du film, son principe actif. Tout y est mouvement, enchaînement, process. Comme chez Raoul Walsh ou le Bresson d’Un Condamné à mort s’est échappé. D’ailleurs, le jeu monolithique de John Phillip Law qui joue Diabolik renvoie aux modèles bressonniens. Aucune psychologie, aucune expression d’émotion qui viendrait parasiter le programme du film. Diabolik est un corps dont la fonction est d’abord de tourner en ridicule les institutions étatiques puis de s’en mettre plein les poches pour enfin coucher avec la ravissante potiche blonde qui se promène en mini-short du début à la fin du film. Fabuleux plan où les diaboliques tourtereaux font l’amour sur un matelas de billets de banque. Tout l’esprit du film, anarchiste, inventif et terriblement sexy, y est condensé.