Saddle tramp (Hugo Fregonese, 1951)

Suite au décès accidentel de son frère chez qui il faisait étape, un cow-boy solitaire prend en charge ses neveux…

La tonalité de Saddle tramp est assez originale en ceci que son côté enfantin ne désamorce jamais complètement les enjeux dramatiques. Hugo Fregonese a su intégrer les facéties un peu comiques des enfants au western sans que la crédibilité de la narration n’en pâtisse. Il y a ainsi quelque chose de « dwanesque » dans l’itinéraire de ce héros chez qui les circonstances développent des qualités de bienveillance et d’altruisme sans que cela n’apparaisse jamais forcé ou appuyé. Les courtes scènes où il retrouve sa famille ont une telle densité d’expression que l’évolution du personnage apparaît naturelle. Moins violent et moins dur que Quand les tambours s’arrêteront ou Passage interdit, Saddle tramp bénéficie lui aussi d’une somptueuse photo de Charles P. Boyle. Son Technicolor, à l’opposé de la sobriété réaliste en vigueur par ailleurs à Universal (dans les chefs d’oeuvre de Mann notamment), est plein de contrastes baroques qui donnent aux images un relief saisissant. Saddle tramp est donc une nouvelle réussite à l’actif de Fregonese malgré une dernière partie un peu décevante du fait que l’artifice des conventions y reprend le dessus, ce qui étrique quelque peu le récit.

Fort Massacre (Joseph M. Newman, 1958)

Le difficile retour au fort d’un groupe de tuniques bleues en territoire apache.

Ce western a plus à voir avec un film de guerre façon Aventures en Birmanie qu’avec les autres titres du genre. On y suit un régiment de cavaliers décimé par l’ennemi, perdu en territoire hostile et soumis à un sergent qui s’est retrouvé à la tête de la troupe parce que tous ses supérieurs se sont fait tuer mais qui n’a peut-être pas les qualités requises pour commander. Fort Massacre est un des westerns les plus désenchantés qui soient (son appréhension des guerres indiennes préfigure Fureur Apache) mais son cynisme, quoique pimenté par les dialogues souvent cinglants des soldats, n’est jamais claironnant ou tapageur. Le sens de l’action, rarement unique, n’est jamais surligné par le réalisateur. Exemple: lorsque le sergent assassine un Indien qui vient de se rendre, c’est mis en scène simplement, sans détour ni afféterie.

Cette sécheresse d’expression donne une impression de vérité directe et franche. Cette sécheresse renvoie à l’aridité des paysages rocailleux et se traduit aussi bien par la simplicité du découpage que par la sobriété des comédiens. Joel McCrea, souvent fade lorsqu’il interprétait des héros classiques, trouve ici un de ses meilleurs rôles. L’humanité fêlée de son personnage annonce le sergent Croft des Nus et les morts. Les protagonistes ne sont pas figés dans des stéréotypes de même que leurs actes sont mis en perspectives par le développement du récit: tel geste qui pouvait apparaître suicidaire est parfois expliqué a posteriori. S’il n’a certes pas la dimension cosmique d’un chef d’oeuvre de Walsh, Fort massacre est un film simple, droit et assez beau. A voir.

Le géant du grand Nord (Yellowstone Kelly, Gordon Douglas, 1959)

Les pérégrinations d’un trappeur à Yellowstone, entre la cavalerie et les Sioux.

Un western de bonne facture quoique dénué du moindre embryon de génie. Sous les dehors originaux et progressistes (méchant pas si méchant…) du scénario de Burt Kennedy, la convention n’est en fait jamais dépassée. Les enjeux dramatiques de l’intrigue sont multiples mais aucun n’est réellement mis en avant, aucun n’est vraiment creusé par le metteur en scène qui filme chaque situation avec un égal professionnalisme et le tout reste donc assez illustratif. A réserver aux amateurs du genre.