Les comancheros (Michael Curtiz, 1961)

En 1843 au Texas, un Ranger est aidé dans sa lutte contre les trafiquants d’armes aux Comanches par un Louisianais qu’il a arrêté parce qu’il a tué un homme en duel.

La splendeur de Monument Valley en Cinémascope (trahison fordiennement poétique de la réalité géographique de l’intrigue), les pauses familiales du récit qui crédibilisent la relation amicale en l’enracinant, John Wayne dans un rôle sur mesure mais pas trop (étonnant plan où on le voit se réveiller dans la boue) et le découpage toujours impeccable de Michael Curtiz qui tournait alors son 166ème et dernier film font des Comancheros un bon western malgré que son récit manque d’unité dramatique.

 

Le dernier des géants (The shootist, Don Siegel, 1976)

En janvier 1901 à Carson city, un as de la gâchette apprend qu’il est condamné par un cancer.

Malgré un dénouement mal justifié scénaristiquement parlant, le dernier film de John Wayne est un beau film. La musiquette massacre une ou deux séquences mais les acteurs sont bons et la sécheresse de Don Siegel rentre dans le vif des scènes sans excès pathétique. Le sujet grave, traité avec une sobriété et une frontalité dignes de Ingmar Bergman, et la correspondance entre la vie de la star et son rôle sont de toute façon suffisamment vecteurs d’émotion.

Première victoire (In harm’s way, Otto Preminger, 1965)

Les premiers mois de la guerre du Pacifique vus à travers l’itinéraire professionnel et sentimental d’un capitaine de croiseur…

Après Exodus, Tempête à Washington et Le cardinal, Otto Preminger poursuit sa série des films « à grand sujet ». Plus que jamais, le récit est ample, la dramaturgie est subtile et le découpage est fluide. De plus, le Cinémascope Noir&Blanc allié à l’excellente musique de Jerry Golsmith fait office de somptueux écrin. Quelques conventions -tel le sacrifice de Kirk Douglas- demeurent mais dans l’ensemble, les attentes du spectateur sont habilement déjouées grâce à l’élégante lucidité du traitement (et jamais par volontarisme anti-conformiste). J’ai été particulièrement touché par la justesse -assez inédite- de la relation amoureuse entre les deux personnes mûres magnifiquement interprétées par John Wayne et Patricia Neal.

Cela dure déjà près de trois heures mais cela pourrait durer le double tant la maîtrise du cinéaste est absolue. Toutefois, à l’issue de la projection, le sentiment de fascination est altéré par une question: « à quoi bon? ». C’est que contrairement aux précédents opus de Preminger, aucune unité profonde n’est opérée entre les différentes ramifications de la narration. Exodus racontait la naissance d’une nation, Tempête à Washington démontait les rouages de l’exercice démocratique, Le cardinal montrait ce qu’il en coûte à un homme pour monter dans la hiérarchie de l’Eglise. Première victoire mélange (intelligemment) situations mélodramatiques et enjeux militaires; les forces de dispersion inhérentes à une telle machine hollywoodienne l’emportent sur la synthèse que doit apporter le point de vue d’un auteur. Si l’attention du metteur en scène à chaque geste et à chaque lieu empêche encore de parler d’académisme, on a quand même un peu l’impression que son coeur a déserté son oeuvre et que, après l’apogée artistique que fut pour lui le début des années 60, son génie commence à tourner à vide.

Le bagarreur du Kentucky (George Waggner, 1949)

En 1818, dans une colonie de l’Alabama, un soldat du Kentucky tombe amoureux de la fille d’un général de Napoléon en exil.

Le scénario a le mérite d’exploiter un pan de l’Histoire peu vu au cinéma: l’émigration des anciens fidèles de l’Empereur dans le Sud des Etats-Unis. Les prétextes de l’intrigue sont nébuleux mais l’enjeu dramatique est clair: l’union joyeuse entre les troufions d’Andrew Jackson et les anciens grognards face aux riches et méchants accapareurs de terres. Bénéficiant de l’équipe des cascadeurs chevronnés de la Republic, les batailles, poursuites et autres bastons sont filmées avec un dynamisme saisissant. La présence de Oliver Hardy en faire-valoir de John Wayne insuffle un humour qui fait mouche. La beauté des premières scènes d’amour, transcendées par la fragilité du Duke et la superbe photo de Lee Garmes, laissait présager une vraie pépite cachée du western mais la suite, plus conventionnelle, montre que l’ambition, concrétisée, des auteurs se limitait à mettre en boîte un divertissement drôle, mouvementé et tonifiant. C’est toujours ça de pris.

Salute (John Ford, 1929)

Quoique peu attiré par la Marine, le petit fils d’un grand amiral rejoint l’école navale d’Annapolis…

Historiquement parlant, Salute est un film important dans la carrière de John Ford. C’est le film qui lui a fait découvrir -et aimer à vie- la Marine. C’est le premier film qu’il a tourné avec Stepin Fetchit et Ward Bond, ce dernier faisant ici sa première apparition au cinéma. C’est aussi le premier rôle important (même si secondaire) de John Wayne.

Esthétiquement parlant, en revanche, Salute est un film mineur de son auteur. Si les parades sont joliment filmées et les matches de football américain découpés avec un dynamisme rare en ces débuts de parlant, le récit est platement conventionnel et la morale qui s’en dégage d’un simplisme rare chez ce grand artiste dialectique qu’était John Ford. Les scènes de bal et de bizutage sont émaillées de quelques trouvailles amusantes mais ces scènes existent comme en dehors de l’intrigue, elles ne lui donnent pas corps.