Tranches de vie (François Leterrier, 1985)

Film à sketches tendance réac écrit par Lauzier.

A part le sketch avec Martin Lamotte en bigame écartelé entre Anémone et Marie-Anne Chazel, c’est très mauvais. Tellement moche et paresseux dans l’écriture que le spectateur peut légitimement se sentir méprisé.

Les hommes préfèrent les grosses (Jean-Marie Poiré, 1981)

Une grosse larguée par son mec se voit obligée de colouer son appartement avec une ravissante blonde.

Si les auteurs avaient eu un minimum d’ambition et ne s’étaient pas complètement laissé aller à la caricature et à la facilité, s’ils avaient instauré un minium de dialectique à leur mécanique comique ô combien routinière, peut-être que cette comédie, qui a le mérite de filmer son époque, les lieux et les classes sociales qui la constituent, aurait été intéressante. En l’état, ce n’est pas grand chose.

P’tit con (Gérard Lauzier, 1984)

Agé de 18 ans, un fils de bourgeois pétri d’idées gauchistes quitte le domicile de ses parents…

Peut-être le meilleur film de Gérard Lauzier. D’abord, le satiriste est en verve et le spectateur se marre bien. Ensuite, son éternel cynisme n’empêche pas une certaine tendresse pour les personnages d’affleurer ici et là. Enfin, pour une fois, le récit va jusqu’au bout de sa logique et les contradictions soulevées ne sont pas artificiellement escamotées à la fin. Bref, la justesse et la fantaisie l’emportent sur le prêt-à-penser réac.

Sport de filles (Patricia Mazuy, 2011)

Une palefrenière passionnée d’équitation est engagée par une prestigieuse écurie de dressage…

Avec un grand sens de l’à-propos, Patricia Mazuy prend en compte les thèmes ordinairement liés au milieu de l’équitation féminine (en gros: frigidité et lutte des classes) avant de les évacuer pour se focaliser sur le triomphe de la volonté d’une héroïne butée et mal dégrossie. Sport de filles révèle alors sa nature profonde: une profession de foi dans la poursuite des rêves fous qui aident à rester debout face à l’accablante réalité, oscillant entre un naturalisme terrible de justesse (les retrouvailles avec la caissière au supermarché) et un lyrisme absolu. Ainsi, la destinée de cette belle palefrenière vierge aurait pu être chantée par Bruce Springsteen:

For the ones who had a notion, a notion deep inside,
That it ain’t no sin to be glad you’re alive
I wanna find one face that ain’t looking through me
I wanna find one place,
I wanna spit in the face of these Badlands

La naissance houleuse de la symbiose entre la palefrenière obstinée et le vieux champion se décidant à envoyer valdinguer les riches harpies qui ont prostitué son talent est d’une beauté dure et intense.

Seul hic: une musique tellement nulle que je me suis dit que l’auteur de Travolta et moi « voulait du rock mais n’avait pas pu se payer les Rolling stones donc avait fait appel à un guitariste de ses amis ». Ce ne fut qu’une demi-surprise de voir au générique final que le responsable de ce forfait était ce vieil escroc de John Cale!

Hôtel des Amériques (André Téchiné, 1981)

A Biarritz, le fils de la gérante d’un hôtel tombe amoureux d’une anesthésiste parisienne en exil…

Si dans ses grandes lignes, le drame d’un homme ne se croyant pas à la hauteur de la femme qu’il aime est cohérent, le récit manque d’étoffe et certains développements sont poussifs. C’est peut-être moi qui ai du mal à m’identifier à des personnages masochistes mais j’ai trouvé que les scènes à l’aéroport ne fonctionnaient pas car le cliché du désespoir alcoolisé n’y est étayé par aucune logique psychologique ou sentimentale.

Dans l’ensemble, j’ai eu l’impression que Téchiné filmait l’idée d’un mélodrame plus qu’il ne filmait un mélodrame, écourtant brutalement certaines séquences comme pour refréner leur émotion potentielle. Ce n’est que dans la dernière partie du film qu’il se laisse aller à employer le fondu enchaîné, atténuant enfin la raideur oxymorique de son montage. La musique, timorée et faiblarde de Philippe Sarde, n’aide pas non plus à emporter le spectateur dans la passion vécue par les protagonistes. A côté de ces nombreux signes de pusillanimité, il y a pourtant des plans d’un lyrisme hollywoodien, tel le magnifique retour à la gare d’Hélène. Mais ces plans déparent tant d’avec le reste du film qu’on a l’impression que l’auteur s’y est amusé comme à un exercice de style.

Toutefois, Deneuve et Dewaere sont parfaits (de même que les seconds rôles Josiane Balasko et Etienne Chicot), ce qui assure à Hôtel des Amériques le minimum nécessaire de vérité humaine à ce genre de film.

Les petits câlins (Jean-Marie Poiré, 1977)

Une jeune mère divorcée vit en colocation avec ses copines et séduit des hommes…

Un découpage hasardeux et la platitude de certains dialogues n’empêchent pas ce premier film de Jean-Marie Poiré de demeurer plutôt attachant grâce à la justesse du ton, comique mais pas trop, à l’empathie de l’ancien chanteur des Frenchies pour ses héroïnes prolo-rockeuses et à la simplicité concrète et, mine de rien, novatrice avec laquelle il inverse le stéréotype du play-boy. La jeune et belle Dominique Laffin, dont la biographie résonne de façon troublante avec celle de son personnage, donne une présence émouvante à cette femme écartelée entre sa soif de sexe et un romantisme fondamental. Autour d’elle, Josiane Balasko, Caroline Cartier et Rogier Mirmont sont impeccables. La mise en scène est inégale mais le plan des retrouvailles dans le jardin d’une maison de banlieue révèle une certaine sensibilité de la part du réalisateur.