Five stars final (Mervyn LeRoy, 1931)

Un rédacteur en chef crapuleux dévoile le secret honteux de la mère d’une jeune fille qui se marie à un jeune homme de bonne famille.

Des dialogues au cynisme percutant , de vifs mouvements de caméras et des idées visuelles grossières mais efficaces dynamisent ce rude pamphlet contre la presse de caniveau.

 

 

L’année de tous les dangers (Peter Weir, 1982)

Un journaliste australien est envoyé en Indonésie couvrir les prodromes d’une révolution.

La première partie a le mérite de problématiser la situation de ce reporter occidental dans un pays pauvre en guerre mais ensuite, la romance entre lui et la femme domine et évacue tout à fait les enjeux politiques du drame qui n’avaient de toute façon guère été développés. Pour la bonne conscience du spectateur occidental, quelques images des bidonvilles, mal reliées au reste d’un récit de toutes façons artificiellement ficelé, saupoudrent le film et un personnage de nain sentencieux fait régulièrement part au héros de ses conseils ésotériques et inquiets. Finalement, le spectateur est conduit à être soulagé lorsque les deux stars parviennent à fuir un pays à feu et à sang, ce qui est parfaitement indécent.

L’inexorable enquête (Scandal sheet, Phil Karlson, 1952)

Un jeune et brillant journaliste enquête sur des meurtres commis par son patron.

A travers un journal à scandales et un bal pour « coeurs solitaires », la première partie offre un aperçu vif et bien senti de ce que la société américaine peut avoir de médiocre. Malgré une ou deux articulations de l’intrigue pas très crédibles, la suite plus directement policière est bien menée, servie qu’elle est par un noir & blanc chiadé, l’excellente interprétation de Broderick Crawford et la sécheresse de Phil Karlson qui n’encombre son découpage d’aucun plan superfétatoire. La violence hasardeuse du premier meurtre est terrible. Peut-être que l’auteur du roman original, Samuel Fuller, en aurait tiré un meilleur film mais en l’état, L’inexorable enquête est un bon film noir.

La madone et le dragon (Samuel Fuller, 1990)

Pendant un dangereux reportage aux Philippines, une photographe retrouve un ancien amant, grand reporter de son état.

Dernier film de Samuel Fuller, La madone et le dragon fut réalisé pour TF1. A l’heure du règne des Experts et de Secret story, cela laisse rêveur. C’est que l’icône du cinéma indépendant américain n’avait, à l’orée de son quatre-vingtième printemps, guère perdu de sa conviction rageuse. Tournée sur place peu de temps après les faits, sa plongée dans les Philippines de Marcos est d’une violence qui, au sein d’un téléfilm français, laisse pantois. Le premier plan -une exécution à la mitraillette- est une leçon de morale cinématographique tant le filmage y est aussi rentre-dedans que dénué de complaisance.

Fidèle à lui-même, l’auteur de The big red one se sert des situations chaotiques créées par la guerre pour placer ses personnages en face de leurs responsabilités: prendre une exécution en photo, n’est-ce pas perdre son humanité? Vaut-il mieux vendre ses clichés à la grande presse ou laisser des dissidents les exploiter à des fins de propagande? La première partie où la caméra suit l’équipée des deux journalistes dans le pays ravagé possède une dureté toute documentaire. La suite qui se resserre autour d’une intrigue grossièrement dessinée est plus conventionnelle et moins percutante mais l’impression d’ensemble reste positive: cet ultime opus permit au grand cinéaste une sortie de piste honorable. Ce n’était pas gagné d’avance.

La madone et le dragon est visible ici.

Le journal tombe à 5 heures (Georges Lacombe, 1942)

Un journaliste expérimenté s’entiche d’une débutante.

Sous l’Occupation allemande, les industriels de toutes sortes s’ingéniaient à pallier le manque en produits américains dont l’importation était alors interdite. C’est ainsi que le Fanta a été inventé pour suppléer les ingrédients boycottés du Coca-cola. Dans le même ordre d’idées, Le journal tombe à 5 heures est un véritable ersatz de comédie américaine. En terme de filmage, un Georges Lacombe n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à un Tay Garnett ou un Gregory LaCava. Il y a dans la séquence d’introduction, où la caméra suit un chef des ventes pressé qui donne des instructions à divers employés répartis dans différentes pièces, une vivacité et une énergie à la hauteur des prestigieux modèles.

Malheureusement, la séduction de l’emballage a vite fait de s’estomper face à l’inanité du contenu. Censure vichyssoise oblige, toutes les rubriques habituelles d’un journal sont présentes sauf, bien sûr, la politique (ce manque est rapidement évoqué et mis sur le compte des cochons de payants qui préféreraient des sujets plus légers). Tout ce qui pourrait donner lieu à de véritables oppositions dramatiques est esquivé pareillement. Voir la pusillanimité du traitement des désirs amoureux ou du traitement des rapports entre les rédacteurs et leur patron, un patron dur mais bienveillant tel qu’en témoigne la façon dont il se débarrasse du méchant cafteur.

Ainsi, les silhouettes s’agitent sympathiquement (la distribution est gratinée) mais vainement car le caractère purement conventionnel de ce qui les meut est vite éclatant. Qui plus est, il n’y a pas de gag qui introduirait un peu de fantaisie dans un récit aussi fade. Ce récit est enfin assez mal construit, juxtaposant reportage sentimentalo-mondain et reportage sur une catastrophe naturelle sans grand souci d’unité dramatique. D’où finalement un film inintéressant plus que divertissant.

Spéciale première (The front page, Billy Wilder, 1974)

Au moment de couvrir un scoop, un patron de presse tente de retenir son meilleur journaliste qui veut se marier.

Cette nouvelle adaptation de la célèbre pièce de Hecht et MacArthur, entreprise par Billy Wilder parce qu’il était alors au creux de la vague, est un exercice de style mineur, brillant (voir l’exploitation du Cinémascope) et très plaisant où le duo Matthau/Lemmon s’en donne à coeur joie.

Sixième édition (The font page woman, Michael Curtiz, 1935)

Un talentueux reporter exige que sa fiancée, elle-même journaliste, abandonne son métier. Celle-ci refuse.

Petite comédie américaine sophistiquée typique des années 30. Le rythme est endiablé (les travellings de Curtiz font merveille!) et les dialogues bien sentis. Il n’y a pas à proprement parler de message féministe mais plutôt le récit d’une lutte professionnelle entre une débutante qui va réussir à force de travail et de talent individuel et un concurrent établi qui fait marcher ses réseaux (cf la scène dans le bureau du D.E.A). En cela, Sixième édition est d’ailleurs un film fondamentalement et magnifiquement américain.

Le grand chantage (Sweet smell of success, Alexander Mackendrick, 1957)

Un journaliste-vedette utilise son sous-fifre pour briser l’idylle entre sa soeur et un musicien de jazz.

La peinture cynique et inédite de certains milieux journalistes (jusqu’ici plus souvent représentés dans des comédies que dans des films noirs) est une percutante métonymie de la société américaine des années 50. Ses peurs et ses valeurs perverties sont puissamment évoquées à travers les rapports entre le personnage de Burt Lancaster, imposante incarnation de ces faiseurs d’opinion qui sont conservateurs avec trop d’ostentation pour être honnêtes, et celui de Tony Curtis, fébrile et pathétique larbin prêt à toutes les compromissions morales pour grimper l’échelle sociale.

L’acteur d’Amicalement vôtre, éblouissant, trouve ici ce qui fut peut-être le rôle de sa vie. La souplesse et l’ampleur de ses gestes, en parfaite harmonie avec la belle partition jazz d’Elmer Berntein, apportent une grâce féline à son personnage de petite frappe tout droit sortie d’une chanson de Bruce Springsteen. Le somptueux noir et blanc de James Wong Howe, des dialogues incisifs, un soupçon de tragédie discrètement mêlé à la satire sociale (voir ce magnifique plan de Burt Lancaster surplombant New-York sur son balcon après qu’il ait constaté que sa soeur lui échappait) et une caméra en état de grâce achèvent de faire de ce premier film américain d’Alexander Mackendrick un des derniers chefs d’oeuvre du film noir.

L’Amour en première page (Love is news, Tay Garnett, 1937)

Une héritière lasse de voir sa vie amoureuse étalée en première page des journaux fait croire qu’elle va se fiancer avec un reporter.

Dans la meilleure tradition de la comédie américaine, la fantaisie la plus débridée irrigue un récit construit avec la plus parfaite des rigueurs. Le cinéaste met en scène avec un égal brio un passage comique frisant l’absurde tel celui où les deux personnages se retrouvent en prison et le moment décisif où l’inévitable coup de foudre a lieu. De Stepin Fetchit en chauffeur de course (!) à George Sanders en aristocrate décadent, une belle brochette de seconds rôles farfelus colore la mise en scène. Un couple de stars -Tyrone Power et Loretta Young- dont l’immense beauté n’a d’égale que la capacité d’abattage, l’extrême vivacité du rythme impulsé notamment par des travellings aussi rapides que les comédiens et une réjouissante truculence qui rapproche Tay Garnett de Raoul Walsh (le jeu de dames avec des verres d’alcool!) contribuent à faire de Love is news un joyau de la screwball comedy débordant de vitalité. Son talentueux et éclectique réalisateur n’ayant jamais été consacré comme un auteur, ce joyau est bêtement oublié. Merci à l’Action Christine de l’avoir ressorti.

Violences à Park Row (Samuel Fuller, 1952)

Vers 1880, la naissance houleuse du journalisme moderne à Park Row…

Très jeune homme, Samuel Fuller avait débuté en tant que journaliste à New-York. Il a toujours gardé un profond respect pour ce métier et ses mentors de l’époque. Lorsqu’il a été en mesure de le faire, il a donc écrit, réalisé et produit Park Row, hommage à la ténacité et à la secrète grandeur des reporters besogneux qui ont fondé les quotidiens américains majeurs du XXème siècle.  Le volontarisme didactique du cinéaste l’emporte parfois sur le déroulement naturel de l’histoire racontée (Fuller place dans la bouche de ses héros un peu trop de discours édifiants sur la liberté de la presse) mais la conviction rageuse de l’auteur exprimée par un style nerveux, rapide et violent fait de plans-séquences effrénés filmant les combats physiques succédant aux combats économiques dans le bruit des rotatives et l’odeur de l’encre noire emporte largement le morceau et fait oublier les ficelles, voire les trous, du scénario, scénario agrémenté d’anecdotes véridiques sur le New-York des années 1880.

Le gouffre aux chimères (Ace in the hole, Billy Wilder, 1951)

Waouh !
Un des pamphlets parmi les plus violents, les plus percutants jamais réalisés à Hollywood. A travers cette histoire de journaliste qui fabrique ses scoops en jouant avec la vie d’un homme, Wilder le moraliste pourfend l’ensemble d’une société avide, désœuvrée, et surtout profondément malade. Le scénario brillant montre les multiples conséquences sociales de l’évènement à travers une galerie de personnages dont l’arrivisme est révélé au fur et à mesure du film; chacun -à quelques exceptions près- va chercher à tirer parti de la situation dramatique. Et c’est la crédibilité et la rigueur avec laquelle les motivations de chacun sont exposées qui rend le film aussi fort. Ce qui fait la beauté de l’oeuvre, c’est que tout en étant une fable, elle nous montre des personnages profondément humains y compris et surtout s’ils sont antipathiques. Ainsi, à la fin de chaque journée le journaliste boit un verre. Seul. Cet alcoolisme quotidien montre, subtilement mais clairement, bien avant le retournement final, que malgré son cynisme, il est le premier miné par sa mirifique combine. Hallucinant Kirk Douglas qui trouve ici un rôle à la pleine mesure de son talent expressif. Tour-à-tour séducteur, avide, violent et finalement meutri. Ce comédien -à la filmographie exceptionnellement riche en chefs d’oeuvre divers et variés- trouve ici son plus grand rôle. Enfin, la sécheresse de la mise en scène rend les séquences chocs d’autant plus percutantes. Billy Wilder -auteur de Assurance sur la mort– a mis en images Le gouffre aux chimères comme un film noir « hard-boiled ». Le plan final est d’ailleurs un des plus mémorables de l’ensemble de son oeuvre.