Drôle de meurtre (Remains to be seen, Don Weis, 1953)

Dans un immeuble new-yorkais, le gérant découvre qu’un homme est mort tandis que la nièce de ce dernier arrive…

Les ressorts de cette comédie policière sont théâtraux mais la variété de l’histoire et la sympathie des acteurs font passer un bon moment.

 

Les amants de Salzbourg (Interlude, Douglas Sirk, 1957)

Une vieille fille américaine découvre le grand amour en  la personne d’un chef d’orchestre italien lors d’un voyage en Autriche.

Pourquoi ce qui fonctionnait dans d’autres mélos du maître, à savoir la vérité et l’émotion qui naissent de situations de roman-photo, ne fonctionne plus du tout ici ? La première raison qui vient à l’esprit, c’est la médiocrité des acteurs mais celle-ci n’explique pas tout. D’abord, la qualité d’un comédien dépend aussi du metteur en scène qui le dirige; or June Allyson était parfaite dans les films conjugaux d’Anthony Mann.  Ensuite, Rock Hudson était loin d’être la star du siècle mais cela n’empêche pas nombre de films dans lesquels il est apparu en vedette de figurer parmi les oeuvres majeures de Douglas Sirk.

Non, ce qui plombe gravement ce film, c’est l’absence de contexte social digne de ce nom. Alors que c’est la tension entre les aspirations individuelles et les convenances d’une société américaine finement mise en scène qui créait le déchirement émotionnel dans Demain est un autre jour ou Le mirage de la vie, la représentation de l’Autriche dans Les amants de Salzbourg ne dépasse jamais celle d’une carte postale. Salzbourg n’est là que pour permettre aux auteurs de débiter tous les clichés possibles et imaginables sur le romantisme allemand. L’émotion, c’est le mouvement, pour qu’il y ait mouvement, il faut qu’il y ait différence de potentiel donc tension. Ici, il n’y a même pas les sublimes aberrations du Secret magnifique qui permettaient à Sirk d’atteindre des sommets stylistiques. A la nullité de la dramaturgie répond donc celle de la mise en scène d’un film affreusement bavard et dénué de toute espèce de mouvement.

Bluette insipide et niaise, Les amants de Salzbourg est donc un authentique navet. Au cinéphile intéressé par un film qui ausculterait les sentiments d’une vieille fille américaine lors de son printemps dans une Europe de carte postale, on conseillera Vacances à Venise de David Lean, film autrement plus subtil.

Strategic Air Command (Anthony Mann, 1955)

Une collaboration méconnue de la paire bénie Anthony Mann/James Stewart. Stewart incarne un joueur de base-ball qui reprend du service dans l’aviation, pour les besoins de son pays. C’est évidemment un film de propagande pour le Strategic Air Command -commandement de l’US Air Force qui regroupe des unités de bombardiers- mais la propagande est subtile, le film se focalisant, plus encore que Romance inachevée, sur le couple James Stewart/June Allyson. Les éternels tourments de l’épouse qui voit son homme la délaisser pour son engagement dans l’Armée, engagement toujours plus chronophage. L’alchimie entre les deux acteurs est évidemment excellente et on croit sans peine à leurs disputes et réconciliations. Intelligence de la propagande donc, qui passe par une histoire plus surprenante qu’il n’y paraît car le message du film pourrait être au final « l’armée est faite de citoyens moyens, avec des problèmes de couple, avec des défauts, et on apprécie leurs services rendus même si on finit par les virer à cause de ces défauts ». On est donc loin des héros sans peur et sans reproche. Ce qui évidemment n’empêche pas un fétichisme de bon aloi vis-à-vis des avions, superbement cadrés en VistaVision. Ajoutons que Strategic Air Command est accompagné par une belle musique élégiaque de Victor Young. Au final, un film de propagande plus intéressant qu’on n’aurait pu l’imaginer, grâce au talent des professionnels impliqués dans sa réalisation, aussi bien les scénaristes, les acteurs, que l’équipe technique dirigée d’une main de maître par Anthony Mann.

Romance inachevée (The Glenn Miller story, Anthony Mann, 1953)

Biopic très conventionnel sur le jazzman Glenn Miller. La grâce du couple Allyson/Stewart n’est pas suffisante pour faire décoller un film balisé du début à la fin et dont les enjeux dramatiques sont, en dehors de la fin tragique de Miller qui permet de faire tomber la biographie dans l’hagiographie, peu consistants.
L’amateur s’amusera à traquer la griffe de Mann et la retrouvera plus dans la relative sécheresse avec laquelle il traite les séquences les plus dramatiques (l’orchestre sous le bombardement), dans un art consommé de la litote et de l’ellipse (la fin, très digne) que dans la plastique des cadrages.