Wind River (Tom Shell, 1998)

L’histoire d’un enfant mormon élevé par les Shoshones après une fugue.

Le doux pacifisme du ton est joli mais, rechignant aux plans larges, la caméra ne rend pas justice aux beaux décors naturels. Les ralentis et la musique accentuent le kitsch de l’ensemble. Karen Allen n’apparaît que très peu de temps à l’écran. Bref, cette adaptation des mémoires d’un ancien du Pony Express ne gagne pas à être connue.

Backfire (Gilbert Cates, 1988)

La jeune épouse d’un riche playboy traumatisé par la guerre du Viet-Nam le pousse à se suicider…

Backfire est un thriller essentiellement constitué de conventionnels moments à suspense jouant sur l’immensité de la maison. Ce n’est pas gênant dans la mesure où d’une part, ces séquences angoissantes sont mises en scène avec une efficacité certaine et d’autre part, elles ne sont pas gratuites et expriment le sentiment de culpabilité de l’héroïne. En effet, le scénario n’approfondit guère sa psychologie, esquissée par la mention de ses origines sociales, et c’est finalement ces violentes manifestations de son dérangement de personnalité qui donnent sa cohérence à un récit ahurissant où s’enchaînent les retournements à 180 degrés. Un plaisir supplémentaire distillé par cette série B rondement menée est celui de revoir Karen Allen toute nue (quatre ans après Until September). Incapable de passer pour une salope pure et dure, la ravissante actrice insuffle une fragilité qui rend attachant son personnage de garce.

Un petit cercle d’amis (Rob Cohen, 1980)

Au tournant des années 70, les relations de deux étudiants et une étudiante engagés dans l’action gauchiste.

En dépit de l’inspiration avouée de Ezra Sacks et Rob Cohen, à savoir Jules et Jim, le récit se contente de faire participer ses trois héros à des événements sociologiquement significatifs sans affiner leurs relations ni même faire en sorte que ces événements affectent profondément leur psychologie. In fine, les enjeux politiques s’effacent complètement devant l’historiette sentimentale. Du fait de cette carence de l’écriture, l’emphase du traitement est parfois un peu ridicule. Les somptueux thèmes musicaux de Jim Steinman, arrangés à toutes les sauces, ainsi que la qualité des comédiens -sutout Brad Davis et la délicieuse Karen Allen- font quand même de cette chronique nostalgique un plaisant divertissement.

L’usure du temps (Shoot the moon, Alan Parker, 1982)

Note dédiée à Murielle Joudet

Un bourgeois américain quitte sa femme et ses quatre enfants…

Shoot the moon pourrait n’être que la chronique d’un divorce et ce serait déjà pas mal tant ce sujet éternel est abordé ici avec justesse. Ainsi, je sais gré à Alan Parker d’éviter presque constamment les explications à base de clichés psychologico-sociologiques (une exception : la scène où les anciens amants se retrouvent au lit, peut-être parce que c’est la seule où les protagonistes du drame analysent leur comportement) et de se contenter d’enregistrer des faits en respectant ses personnages et les contradictions qui les fondent. Le réalisateur est admirablement servi par l’excellente interprétation de ses comédiens (en particulier Albert Finney). La séquence d’introduction, montrant simplement le lever des enfants, suffit à faire sentir combien peut être insupportable la vie avec quatre gamines à la maison pour un homme trompant déjà son épouse. Au sein de la chronique bourgeoise, il y a deux séquences au lyrisme malaisant, deux séquences où une soudaine explosion physique montre combien la violence d’une séparation amoureuse est irréductible à toutes les procédures légales censées l’ordonner. Elles suffisent à faire de Shoot the moon un film qui compte.

Starman (John Carpenter, 1984)

Un extraterrestre ayant pour mission d’établir le contact avec les humains prend la forme du défunt mari d’une belle campagnarde.

Le récit est assez frustrant car il n’est pas avare en raccourcis et, finalement, ne fait que survoler le potentiel dramatique de l’argument initial. Le message de la fable est beau même si exprimé parfois naïvement (l’apprentissage du vocabulaire). Quoiqu’il en soit, la lumière bleutée avec plein de halos, la musique lyrico-planante de Jack Nitzshe et, surtout, surtout, le charme infini de Karen Allen achèvent de faire de Starman le film le plus attachant de son auteur.

L’envoûtement (Split Image, Ted Kotcheff, 1982)

Un brillant étudiant américain est happé par une secte…

Une série B « engagée » qui fait penser à du Fuller d’entrée de gamme. Il y a des scènes grossières mais une certaine honnêteté permet aux auteurs d’aborder franchement les contradictions dialectiques de leur sujet. Ainsi, le dégoût de son milieu qui a poussé l’étudiant a rejoindre la secte n’est ni éludé ni artificiellement résolu.

Fantômes en fête (Scrooged, Richard Donner, 1988)

A Noël, un impitoyable patron de chaîne de télé qui produit une adaptation de Un chant de Noël est visité par les fantômes de ses associés…

La mise en abyme, le cabotinage de Bill Murray et la musique classieuse de Danny Elfman sont les principaux atouts de cette énième adaptation du conte moral de Charles Dickens. Anodin mais pas déplaisant.

American college (Animal house, John Landis, 1978)

En 1962, dans une université américaine, le conflit entre une fraternité d’étudiants et le directeur…

La distribution pleine de fraîcheur et de talent égaye considérablement cette comédie de campus aux ressorts attendus. A noter aussi un morceau de bravoure final particulièrement drôle qui concrétise intelligemment le potentiel subversif du film.

Les seigneurs (The wanderers, Philip Kaufman, 1979)

En 1963 dans le Bronx, des bandes de jeunes se provoquent.

Au début, The wanderers déroute. Décors de studio, mouvements quasi-chorégraphiques des acteurs, direction artistique sur-signifiante…L’outrance du trait, que ne justifie guère un prétexte dramatique ténu, paraît plus ridicule qu’autre chose et produit une certaine distance. Ainsi de l’affrontement entre deux ados monté comme un duel à la Sergio Leone. Il y a un hiatus entre l’hypertrophie de la forme et ce qu’elle exprime en fait: des situations stéréotypées vues et revues depuis West side story. Pourtant, nul doute que Philip Kaufman n’est dupe de ce qu’il filme.

La stylisation caricaturale de la représentation répond à la rigidité des codes sociaux qui sont ceux des protagonistes et cette représentation est remise en question en même temps qu’apparaît dans l’histoire un personnage parfaitement étranger à l’univers des bandes: une jeune fille lettrée jouée par l’actrice la plus attachante de sa génération: Karen Allen. Evidemment, elle aura une histoire avec le chef de la bande…Elle introduit une dialectique dans la dramaturgie qui est tout l’intérêt du film. Là, la touche de Kaufman, l’auteur le plus subtil du cinéma contemporain comme le prouvera avec éclat son film suivant (L’étoffe des héros, un des plus beaux films des années 80), se manifeste pleinement. Le caractère cloisonné et mortifère des bandes est montré sans que le réalisateur n’ait l’air d’y toucher.

Nulle part ailleurs que dans les films de Philip Kaufman en effet, la société américaine n’a été critiquée avec une telle bienveillance. Dans L’étoffe des héros, c’était une discrète ironie qui tempérait considérablement l’exaltation -bien réelle pourtant- des records spatiaux. Dans The wanderers, c’est une amertume à peine moins discrète qui ternit la célébration finale. Les personnages suivent la voie qui leur a été tracée par leur environnement et ne se posent pas de questions existentielles. C’est la mise en scène qui se charge d’exprimer la tristesse de leur sort.

Ici, plus que la fin d’une époque, Kaufman filme les laissés-pour-compte d’une ère nouvelle: les 60’s. Il le fait avec une délicatesse infinie comme lors de cette séquence où le chef de bande suit la fille qu’il a aimée dans un bar branché de Greenwich Village où Bob Dylan chante son succès d’alors: The times they are a-changin. Il ne rentre pas et retourne parmi les siens. C’est d’ailleurs une autre qualité de The wanderers que de faire se croiser subrepticement ses personnages avec la grande Histoire. Il y a cette scène avec Dylan, il y a aussi l’assassinat de Kennedy vu à la télévision, violente et émouvante interférence entre le réel et le teen-movie.

Cette présence de la réalité -réalité historique, réalité sociale et réalité sentimentale- permet d’accepter finalement l’artifice de la forme. Plus qu’avec son intrigue, The wanderers fonctionne comme une suite de moments. Moments terrifiants comme la mort du jeune, toute droit d’un film de Romero. Moments délicieusement planants comme la partie de strip-poker avec Karen Allen. Il y a aussi des scènes parfaitement inutiles à l’intrigue qui respirent la joie de vivre telle cette improvisation par les garçons d’un choeur de doo-wop dans leur voiture après qu’ils aient rencontré une jolie fille…

A ce dernier titre, la bande originale est merveilleuse. D’abord, la musique pour adolescents sortie aux Etats-Unis entre 1961 et 1964 est la meilleure pop jamais produite. Ce qui fait décoller aussi bien les scènes de fête, d’amour et de baston. Ensuite, ce n’est pas une facilité de la part des auteurs que d’avoir bourré leur bande-son de ces titres sublimes et oubliés de R&B et de girls groups puisque c’est on ne peut plus raccord avec leur sujet.

Tout ça pour dire que The wanderers est un film audacieux, lucide et attachant qui vaut largement les deux films, plus prétentieux, que Coppola a tourné quatre ans après sur le même sujet.

La ménagerie de verre (Paul Newman, 1987)

Un homme qui a fui son foyer raconte comment sa mère, abandonnée par son mari, avait tenté de marier sa fille infirme qui s’évadait de la réalité grâce à sa collection d’animaux de verre.

Le dernier film de Paul Newman en tant que réalisateur, La ménagerie de verre, est réputé être un des films les plus fidèles au texte du célèbre dramaturge dont il est adapté: Tennessee Williams. Cela signifie que le récit avance souvent à travers de longues tirades, que les monologues sont nombreux et rarement concis, que le décor est unique, que le symbolisme n’est pas d’une très grande subtilité. Même la grande Joanne Woodward se laisse aller au cabotinage. Mais l’auteur a l’astuce de prévenir les reproches de théâtralité excessive en racontant son histoire via un flashback du fils annonçant que « tout ceci est une pièce de théâtre et ne saurait être réaliste ». Il ne s’agit pas d’un effet de distanciation gratuit mais d’une façon pas plus bête qu’une autre de rappeler ce vieil adage: « la frontière entre le théâtre et la vie est floue ».

Et de fait, le spectateur finit par oublier les artifices théâtraux. La tristesse, l’espoir, la mélancolie…Impossible de résister à la déferlante d’émotions diverses et variées, au concentré d’humanité brassée par La ménagerie de verre, à la justesse du regard de l’auteur sur ses magnifiques personnages. Des personnages d’Américains bouffés par leurs rêves. Par certains aspects, le film m’a rappelé Gens de Dublin qui sortait la même année. Les regrets de la mère lorsqu’elle évoque sa jeunesse à moitié fantasmée d’aristocrate sudiste sont comme une version acide de la nostalgie d’Anjelica Huston dans l’ultime chef d’œuvre de son père.

Si l’intérêt varie au cours des deux heures et quart du métrage, si l’outrance de certains passages saute aux yeux, la dernière partie balaye toutes les réticences. La longue scène au cours de laquelle Jim « ouvre les yeux » de Laura à la vie est une des plus belles jamais imprimées sur pellicule. A ce degré de vérité humaine, à ce  stade d’empathie pour les personnages, qu’importe que l’émotion tienne du cinéma ou du théâtre. Une seule certitude: le découpage et la lumière magnifient les acteurs, leurs visages. Karen Allen est superbe de fragilité. Rarement personnage de fiction aura suscité autant de tendresse, de compassion que le sien dans La ménagerie de verre. Voir Laura se mettre à danser et mourir…