La loi et la pagaille (Ivan Passer, 1974)

A New-York, des commerçants excédés par l’insécurité intègrent une équipe supplétive de la police.

L’épaisseur du trait dans les scènes comiques altère parfois l’harmonie du mélange des registres mais le regard de Ivan Passer sur ses personnages petits-bourgeois, entre empathie et satire, est par ailleurs plein de justesse. Beau film, qui aurait pu être encore mieux.

Le désir et la corruption (Crime and passion/Ace Up My Sleeve, Ivan Passer, 1976)

En Autriche, un financier au bord de la ruine arrange le mariage de sa maîtresse avec un riche client.

Cette adaptation de James Hardley Chase commence à la manière d’une comédie de Lubitsch, se poursuit comme un vaudeville et s’achève dans un huis-clos macabre. C’est globalement laborieux faute de profondeur aussi bien que de rigueur dans l’écriture mais quelques trouvailles fantaisistes empêchent le total désintérêt. Dans une telle confusion, les acteurs ne semblent pas à l’aise, à commencer par Omar Sharif. Il y a pourtant quelques jolis moments où les personnages se mettent à exister, tel la fin. La musique de Vangelis est pas mal. Ace up my sleeve est un film plus original que réussi mais les amateurs d’Ivan Passer peuvent y consacrer une heure et demi de leur temps.

Echec à l’organisation (The outfit, John Flynn, 1973)

A sa sortie de prison, un homme rackette l’organisation qui a assassiné son frère et complice…

Polar hyper-archétypé dans le genre que Phil Karlson et Don Siegel réalisaient à la Columbia. Comme c’est réalisé dans les années 70 et non dans les années 50, le métrage est sensiblement plus long. De plus, le découpage des scènes d’action esquive les difficultés plus qu’il ne s’y coltine et de ce fait accentue le caractère conventionnel des situations représentées. La facilité -merci les ellipses du montage- avec laquelle les deux héros échappent systématiquement à leurs poursuivants divers et variés finit par nous désintéresser de leur sort. Heureusement, Robert Duvall est bien et c’est toujours un plaisir de revoir Robert Ryan. A réserver aux aficionados du genre.

Né pour vaincre (Ivan Passer, 1971)

Un héroïnomane au plus bas de sa déchéance rencontre une fille paumée qui tombe amoureuse de lui.

Sorti la même année que le célèbre Panique à Needle Park, ce premier film américain d’Ivan Passer déjoue les attentes habituellement liées à ce type de sujet. Point de naturalisme glauque ici mais une discrète abstraction de l’environnement composé essentiellement de personnages dont la caractérisation est réduite à une fonction dramatique. Les évènements déchoyant le héros s’enchaînent avec la précision dérisoire et implacable d’une horlogerie. Le ton a lui aussi quelque d’unique: amoral, détaché, dédramatisé (il n’y a qu’une scène de manque et elle n’est pas surchargée d’effets) mais secrètement chargé de compassion.

Enfin, ce qui contribue à faire de Born to win un film à part, c’est que le précieux esprit de Frank Borzage s’y manifeste dix ans après la mort du maître. La simplicité nimbée d’humour avec laquelle est présentée cette rencontre entre deux marginaux, la femme plus forte et pourtant plus inquiète que son homme et sa foi quasi-absurde dans son amoureux qui ne cesse de replonger rattachent directement Born to win à Man’s castle. Karen Black est ici une actrice digne de Loretta Young. Son visage chargé de larmes s’éloignant dans la voiture de police n’est pas montré plus de trois secondes mais il n’est pas près de s’effacer de nos mémoires.