Tranches de vie (François Leterrier, 1985)

Film à sketches tendance réac écrit par Lauzier.

A part le sketch avec Martin Lamotte en bigame écartelé entre Anémone et Marie-Anne Chazel, c’est très mauvais. Tellement moche et paresseux dans l’écriture que le spectateur peut légitimement se sentir méprisé.

Le sexe fou (Sessomatto, Dino Risi, 1974)

Plusieurs sketchs sur les perversions sexuelles des Italiens.

Particulièrement inégal. A côté d’un segment miraculeux de finesse où un homme qui tombe amoureux de son frère travesti est filmé sans scabreux mais avec une belle délicatesse, plusieurs sketchs navrent par l’extrême bassesse de leur inspiration. Ainsi de celui dans les bidonvilles qui repose essentiellement sur un comique scatologique. Lorsqu’on voit ce genre de caricature où plus rien ne distingue l’homme (de préférence prolétaire) de l’animal, on a la désagréable impression que le seul salut pour les auteurs de la comédie italienne à la fin de son âge d’or était d’en faire toujours plus dans l’outrance et la vulgarité. C’est le versant Affreux, sales et méchants du genre, le versant le plus bruyant et le plus inintéressant.

Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas? (Luigi Comencini, 1974)

Au début du XXème siècle, le jour de ses noces, une jeune bourgeoise sicilienne apprend que son mari est en fait son frère. Ils ne pourront donc consommer…

Fleuron le plus baroque des fleurons de la comédie italienne, Mon Dieu comment suis-je tombé si bas? impressionne par son ambition. Ambition narrative d’abord. Le récit des tourments sensuels de l’héroïne -enjeu typique des films avec Laura Antonelli- se fait ici à travers un feuilleton picaresque s’étalant sur une dizaine d’années. Le hiatus entre les progrès techniques de la société italienne et son archaïsme moral est particulièrement bien rendu. Tout comme est bien senti le portrait de certaine bourgeoisie sicilienne d’avant-guerre. Avec le personnage de ce notable obnubilé par D’Annunzio qui oublie ses frustrations conjugales dans des rêves de grandeur militaire, les auteurs ont bien croqué la vanité des petits-bourgeois s’enivrant de mythes héroïques jusqu’à en crever. Au demeurant, confronter chacun des deux époux à la poésie de D’Annunzio, source aussi bien d’émancipation que d’aliénation, relance et complexifie intelligemment la machine narrative. Si certains gags grivois sont épais, la satire se distingue donc par sa précision. Nul doute que Comencini et son scénariste Ivo Perilli se sont sérieusement documentés sur l’époque représentée.

L’ambition est également plastique: la direction artistique de Dante Ferretti est à la hauteur de son travail ultérieur avec Fellini et Scorsese. Les couleurs rougeoyantes et les décors somptueux retranscrivent bien l’atmosphère de décadence d’annunzienne dans laquelle évoluent les personnages. De plus, Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas? regorge d’idées « cinématographiques » (voix-off, passage au noir et blanc, passage au muet, accélérés, ralentis) qui, employées toujours à bon escient, permettent aussi bien de jongler avec les différentes strates temporelles du récit sans perdre le spectateur que de vivifier le film et d’y insuffler encore plus de drôlerie. A voir, vraiment.

Les mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau, 1971)

En 1793, un homme qui était en Angleterre depuis cinq ans revient en France pour divorcer de son épouse.

La fantaisie naturelle et l’abattage de Jean-Paul Belmondo plus à sa place ici que Noiret dans La vie de château ou Olivier Martinez dans Le hussard sur le toit compensent le côté mécanique et artificiel propre aux comédies, certes toujours menées tambour battant, de Jean-Paul Rappeneau. Les personnages et le récit restent superficiels mais ce mixte improbable (et affadi) entre Quatrevingt-treize et Cette sacrée vérité est un film plaisant qui bénéficie en outre d’un joli thème musical de Michel Legrand.