I love you, je t’aime (A little romance, George Roy Hill, 1979)

A Paris, deux enfants surdoués, la fille d’une riche Américaine et le fils d’un chauffeur de taxi, tombent amoureux…

Adaptation du best-seller E=Mc² mon amour. En dépit de personnages secondaires affreusement caricaturaux, la première partie est pas mal, contenant son lot de scènes drôles ou justes et illuminée par la fraîcheur de la jeune Diane Lane aussi bien que par le lyrisme de Georges Delerue. Cela fait penser à du Truffaut hollywoodianisé. La suite, envahie par le cabotinage de Laurence Olivier, donne l’impression que les auteurs se sont réfugiés dans la fantaisie en toc pour éviter de traiter franchement leur sujet. Le plan-climax du baiser est tout de même touchant par sa sobriété.

Le passeport jaune (The yellow ticket, Raoul Walsh, 1931)

Russie, 1913. Pour sortir du ghetto et revoir son père enfermé par le tsar, une jeune juive n’a d’autre choix que de se procurer un passeport jaune, celui des prostituées. Au cours de ses pérégrinations, elle va rencontrer le chef de la police secrète tsariste et un journaliste britannique.

C’est au fond très conventionnel mais le récit est imprévisible au possible, bifurquant sans cesse. La profusion de rebondissements, l’absence d’appesantissement des auteurs sur quoi que ce soit et la rapidité de la mise en scène font de ce Yellow ticket un film toujours surprenant et jamais ennuyeux. On ne regarde pas un tel film dans une perspective « auteuriste » mais s’il fallait chercher la trace de la personnalité de Raoul Walsh dans ce divertissement brillamment réalisé, c’est dans le personnage du méchant qu’on la trouverait sans trop d’analyse capillotractée. Le policier joué par Lionel Barrymore annonce les Cody Jarret, Barbe-Noire et autres avatars négatifs du héros walshien qui, au-delà de la morale et de la raison sociale, se livrent complètement à leurs pulsions. C’est un personnage d’un bloc, non soumis à la convention dramatique. Son sincère appétit amoureux ne peut qu’atténuer sa méchanceté aux yeux du spectateur, sans que jamais cela ne remette en question son caractère tyrannique.

Bunny Lake a disparu (Otto Preminger, 1965)

Après plusieurs films à « grand sujet » (Tempête à Washington, Le cardinal), Otto Preminger s’essaie au thriller psychanalytique façon Hitchcock. L’argument de base est simplissime: une jeune femme, aidée par son frère, recherche sa fille disparue. Mais la petite fille existe t-elle vraiment ? C’est l’occasion de broder autour des fantasmes, des traumatismes et de la folie enfantine. Le traitement de Preminger est d’une rigueur imperturbable et jamais Bunny Lake a disparu ne dévie vers un quelconque grotesque façon Polanski. Le Cinémascope Noir et blanc est maniée avec l’élégance coutumière de cet immense cinéaste ici au faîte de son art. La neutralité apparente de la mise en scène rend d’autant plus insidieuse l’horreur de l’histoire. Les deux acteurs principaux, Carol Lynley et Keir-2001-Dullea jouent avec brio des rôles de névrosés a priori difficiles à rendre convaincants sans sombrer dans le ridicule post-Norman Bates. C’est ce sérieux d’une équipe d’artistes talentueux (il faut également citer la belle musique de Paul Glass) chapeautés par un réalisateur génial qui permet de rendre un film au scénario parfois bancal -la fin notamment- très intéressant.
A noter également pour les amateurs de pop que l’on voit les Zombies dans ce film.