La peur au ventre (I died a thousand times, Stuart Heisler, 1955)

Note dédiée à Vincent

Pendant la préparation d’un braquage d’un centre touristique, un malfrat s’entiche d’une fille au pied-bot…

Ce remake de La grande évasion accentue la cruauté et l’émotion du superbe récit de W.R Burnett, notamment grâce à l’interprétation pathétique de Shelley Winters et à quelques raccords riches de sens. Il accentue aussi la résonance cosmique du drame avec le CinémaScope-couleurs qui magnifie les montagnes où se déroule l’action. Même si l’interprétation de Jack Palance manque un peu de fluidité et si le rythme de la narration a perdu en densité, c’est donc une belle réussite qui n’a pas grand-chose à envier au classique de Raoul Walsh si ce n’est d’être sortie après.

The Virginian: It tolls for thee (Samuel Fuller, 1962)

Le Virginien tente de délivrer son patron enlevé par un bandit.

Difficile de retrouver la patte de Samuel Fuller dans ce western télévisuel pas même correctement construit: avec les deuxième gang qui veut se venger, Fuller a ajouté une intrigue secondaire qui parasite inutilement l’intrigue principale. Quelques dialogues sur-signifiants et artificiels sur la violence entre le gentil et le méchant, joué par Lee Marvin, semblent ce que la commande contient de plus personnel. Reste le charme du genre dans sa simplicité élémentaire.

Les comancheros (Michael Curtiz, 1961)

En 1843 au Texas, un Ranger est aidé dans sa lutte contre les trafiquants d’armes aux Comanches par un Louisianais qu’il a arrêté parce qu’il a tué un homme en duel.

La splendeur de Monument Valley en Cinémascope (trahison fordiennement poétique de la réalité géographique de l’intrigue), les pauses familiales du récit qui crédibilisent la relation amicale en l’enracinant, John Wayne dans un rôle sur mesure mais pas trop (étonnant plan où on le voit se réveiller dans la boue) et le découpage toujours impeccable de Michael Curtiz qui tournait alors son 166ème et dernier film font des Comancheros un bon western malgré que son récit manque d’unité dramatique.

 

L’empereur du Nord (Robert Aldrich, 1973)

Pendant la Grande Dépression, un vagabond entreprend de voyager à bord du train contrôlé par l’agent le plus méchant du pays.

Un peu barbant quand même. Le canevas de série B est étiré sur plus de deux heures! A force de redondances dans l’écriture et de complaisance viriloïde, Robert Aldrich dilue la force primale de son affrontement. Visiblement peu confiant dans cet argument de base, il l’enrobe de scènes commentatrices aussi artificielles que sursignifiantes pour lui donner une dimension mythologique qui ne convainc jamais mais le réduit à une caricature grotesque. Il ne suffit pas de lui faire dire cinq gros mots par phrase pour donner une épaisseur virile à un personnage. Certes, quelques beaux moments de sauvagerie surnagent mais trente ans plus tôt, William Wellman, dans Wild boys of the road, montrait la même chose qu’Aldrich (le retour de l’homme à l’animalité pendant la Grande dépression) avec mille fois plus d’économie, d’honnêteté et donc d’efficacité.

Sept hommes à abattre (Seven men from now, Budd Boetticher, 1956)

Cette série B mythique représente ce que le courant a pu offrir de plus noble. Le film est dénué de toute prétention signifiante mais pourtant très riche dans la mesure où la narration réduite à l’essentiel permet toutes sortes de projections de la part du spectateur. Le film est dénué de toute toute prétention esthétisante mais son épure stylistique confine au sublime. Les amateurs de western n’ont pas fini de se souvenir de Sept hommes à abattre, de son héros à la mélancolie quasi-spectrale, de ses images minérales.