Duel dans la boue (These thousand hills, Richard Fleischer, 1959)

Dans une ville du Far-West, l’ascension d’un jeune homme ambitieux.

Duel dans la boue est une fable romanesque sur l’arrivisme corrupteur qui utilise pas mal de conventions narratives mal digérées. Ainsi de la caractérisation du méchant, trop systématiquement opposé au héros pour être crédible. Il n’y a pas non plus beaucoup d’action et le récit avance plus à travers des dialogues en intérieurs qu’à travers des chevauchées.

Néanmoins, Duel dans la boue est un bon western car la mise en scène de Richard Fleischer étoffe considérablement un scénario trop souvent simpliste. Prenons pour exemple la séquence du lynchage. D’abord, la sécheresse du découpage et la brutalité des cadrages lui insufflent une force dramatique comme seuls savaient le faire les maîtres hollywoodiens de l’époque. Mais ce n’est pas tout. Fleischer nuance la grossièreté de la situation en faisant tirer un des lyncheurs sur la corde. Ce geste furtif n’influencera guère la suite de l’histoire (le lynché était en fait déjà mort) mais charge d’un poids d’humanité ce qui était écrit sur le papier. Les personnages ne sont alors plus des pantins asservis à la mécanique (pas très brillante) du scénario mais des êtres de chair et de sang dont les réactions peuvent contredire le sens général d’une scène.

A ce titre, si le héros est le réceptacle quelque peu forcé du discours des auteurs sur les méfaits de l’ambition, la prostituée interprétée par Lee Remick est un magnifique personnage. Elle est le reflet à la fois biaisé et exacerbé du drame. Le jeu détaché de l’actrice, son charme évanescent et, évidemment, le bleu insondable de ses yeux sont pour beaucoup dans la beauté de Duel dans la boue.

Allo…brigade spéciale (Experiment in terror, Blake Edwards, 1962)

A San Francisco, une jeune femme menacée par un tueur asthmatique appelle la police.

Les personnages principaux, que ce soit celui de Lee Remick ou celui de Glenn Ford, n’ont aucune consistance, ils sont complètement asservis à une intrigue mal ficelée. Il manque un point de vue pour raconter l’histoire qui s’éparpille. Un personnage secondaire comme la maman chinoise introduit un peu d’humanité mais sur trois scènes dans lesquelles elle apparaît, deux sont redondantes. Bref, le scénario est vraiment mal fichu et les 122 minutes du métrages contiennent des longueurs rebutantes.

Néanmoins, Blake Edwards s’est livré à un exercice qui ne manque pas de style. Plusieurs séquences sont en effet l’occasion pour le metteur en scène de briller. De l’ouverture parfaite à la fin qui anticipe L’inspecteur Harry, nombreuses sont les séquences qui retiennent l’attention du spectateur rendue éparse par le script en bois. Tout ce qui a trait au travail de la police inspire particulièrement le cinéaste. Ecoutes téléphoniques, filatures et hélicoptères dernier cri semblent littéralement fasciner l’auteur de La panthère rose. La musique de Mancini et la photographie de Philip Lathrop, toutes deux remarquables, contribuent grandement à la réussite des morceaux de bravoure. Bref, Experiment in terror est une demi-réussite.

Le sillage de la violence (Baby the rain must fall, Robert Mulligan, 1964)

Un chanteur de rock&roll retrouve sa femme et sa fille après avoir passé quelques années en prison. Il va tenter de percer tout en luttant contre les démons qui le rendent violent.

Le titre (original) est magnifique mais le film n’est pas franchement convaincant. D’abord, il souffre d’avoir un acteur aussi médiocre que Steve McQueen dans le rôle principal. En plus d’être post-synchronisé lors des scènes musicales, en plus de mal imiter l’accent sudiste, le comédien peine à retranscrire la colère rentrée de son personnage. Il faut dire que le bougre n’est guère aidé par un scénario qui se complait dans le flou narratif, esquissant sans les traiter une multitude de pistes (rêve américain, couple, emprise d’une marâtre façon Psychose…). Reste une poignée de jolis moments transcendés par la musique de Bernstein ainsi que l’ineffable charme de Lee Remick. Et encore: le noir et blanc ne saurait rendre justice aux yeux sublimes de la belle.

Le détective (Gordon Douglas, 1968)

Un policier new-yorkais quinquagénaire enquête sur le meurtre d’un homosexuel en même temps que son mariage avec une jeune sociologue part à vau-l’eau.

The detective est un polar ambitieux qui se veut adulte, préoccupé par la réalité sociale de son temps. Dans l’ensemble, ces ambitions sont concrétisées. The detective est la peinture d’un monde en décrépitude face auxquel les « bonnes vieilles valeurs » incarnées par le personnage de Frank Sinatra ne peuvent rien. Celui-ci a beau se voiler la face face aux névroses de son épouse nymphomane, celle-ci n’arrêtera pas pour autant ses infidélités. La principale limite du film est que les intentions de ses auteurs sont parfois trop visibles. Par exemple, la scène entre Sinatra et les amis de sa femme après le théâtre n’est là que pour signifier la différence culturelle entre les deux amoureux. Elle se réduit à ça, les amis sont de purs faire-valoirs. Dans ce genre de scène, comme lors des discours de Sinatra sur l’incurie de la municipalité, les intentions étouffent la vie. De plus, la construction alambiquée du récit n’est pas toujours convaincante.

Gordon Douglas est excellent lorsqu’il vise l’efficacité (l’arrivée au commissariat en plan-séquences, modèle de concision) mais contestable lorsqu’il expérimente (le raccord dans l’axe des deux regards caméras au moment de la demande en mariage).
Heureusement, la sensibilité des interprètes (et les yeux sublimes de Lee Remick) aide le cinéaste à faire face à une écriture pas toujours subtile.

Derrière la classe innée de sa star, derrière les jolies couleurs de sa photo, derrière les expérimentations douteuses de son réalisateur, The detective témoigne d’une noirceur bien plus cinglante que nombre de ses successeurs des années 70. En témoignent par exemple l’exécution capitale et ce qui s’ensuit.

Bref: aussi consternante qu’y soit la coupe de cheveux de Jacqueline Bisset, ce film vaut toujours mieux qu’un Cruising.