Embrasse-la pour moi (Stanley Donen, Kiss them for me, 1957)

En 1944 à San Francisco, quatre pilotes bien déterminés à faire la fête pendant leurs quatre jours de permission se voient soumis à des obligations de propagande par des magnats de l’industrie…

L’élégance virtuose de Stanley Donen fait merveille dans cette comédie où, régulièrement, des notations amères matérialisent le retour du refoulé guerrier et viennent altérer l’élan vitaliste d’une mise en scène loufoque et colorée qui utilise parfaitement le CinémaScope pour filmer les fêtes en chambre d’hôtel. Derrière le pittoresque joyeux, Kiss them for me s’avère donc un film d’une grande justesse quant à l’état d’esprit du soldat en permission ou l’exploitation des héros par les capitalistes (là-dessus, il est infiniment plus léger mais non moins percutant que Mémoires de nos pères). Le dénouement, fondamentalement militariste, est sans doute une concession à l’US Air Force qui a prêté son concours à la production et jure un peu avec le reste.

Thé et sympathie (Vincente Minnelli, 1956)

A l’occasion d’une réunion d’anciens étudiants, un homme retourne à l’université et se souvient de sa jeunesse. Ses problèmes d’intégration au groupe mais aussi sa première expérience sexuelle avec l’épouse de son professeur de sport…

Oui, Thé et sympathie est l’adaptation d’une pièce de théâtre new-yorkaise initialement mise en scène par Elia Kazan. Mais qu’importe puisque les nombreux dialogues sonnent toujours vrai et que les comédiens sont d’une perpétuelle justesse.
Oui, les allusions à l’homosexualité de l’oeuvre originale ont été gommées par le traitement hollywoodien. Mais qu’importe puisque la portée de l’oeuvre s’en trouve intelligemment généralisée.

Thé et sympathie est un miracle de délicatesse et de sensibilité. Les auteurs condamnent un système et des valeurs sans jamais condamner les hommes qui vivent avec. Cette bouleversante apologie des sentiments figure, aux côtés de L’horloge et Il faut marier papa, parmi les chefs d’oeuvre de la veine feutrée de Vincente Minnelli.