Carnegie Hall (Edgar G.Ulmer, 1947)

Une immigrée irlandaise femme de ménage au Carnegie Hall veut faire de son fils un grand musicien.

Carnegie Hall fut l’unique production de Federal films, société fondée par deux anciens de la Paramount, William Le Barron et Boris Morros. Je vous invite à vous renseigner sur Borris Morros car sa biographie, romanesque au possible, vaut le détour.  Carnegie Hall est une magnifique déclaration d’amour à la musique européenne. Sur les 135 minutes du métrage (ce qui en fait, de loin, le film le  plus long de Ulmer), une très large place est accordée aux représentations de concert. C’est un véritable plaisir que de voir des interprètes aussi légendaires que le violoniste Jascha Heifetz, le pianiste Artur Rubinstein, le chef Piatigorsky ou encore la soprano Lily Pons (également connue des cinéphiles pour avoir été la vedette d’un des pires films de Raoul Walsh: Hitting a new high) jouer des morceaux entiers de Chopin, Tchaïkovsky, Wagner, Saint-Saëns et autres Beethoven d’autant que ces morceaux ont généralement été choisis pour que les virtuoses puissent exhiber à loisir leur talent.

Les musiciens sont parfaitement filmés par un Ulmer respectueux et amoureux. A une époque où les références en la matière ne couraient pas les rues, le cinéaste pérennise le dispositif qui sert toujours pour la captation de concert. Force est de constater que depuis 65 ans, il n’a pas beaucoup changé. Gros plans sur les doigts des instrumentistes, amples mouvements d’appareil traversant la salle du Carnegie Hall et plans d’ensemble de l’orchestre se succèdent au rythme de la musique.

Le film raconte cependant une histoire même si le traitement de cette histoire reste superficiel en raison du peu de temps qui lui est accordé. C’est un édifiant conflit entre tradition et modernité incarné dans la mère et le fils, passionné par le jazz, s’étalant sur plusieurs années à la façon de certains films de Henry King. Evidemment, la musique « classique » symbolise l’apport culturel des immigrés européens à l’Amérique. Si cela se conclut de la plus attendue des façons, la poignante beauté de Marsha Hunt donne chair et vie à ce drame souvent convenu. Edgar Ulmer a aussi un vrai talent pour mêler la narration à la représentation musicale. Ainsi du moment où la femme de ménage et le pianiste ombrageux tombent amoureux. Ils sont dans un salon entrain d’écouter un orchestre jouer une quintette de Robert Schumann. La caméra filme cet orchestre tandis qu’à l’arrière-plan, on voit notre couple aller s’isoler à gauche du cadre. C’est discret et subtil.

La femme en cage (Hitting a new high, Raoul Walsh, 1937)

Pour se faire remarquer par un directeur d’opéra amateur de safari, une chanteuse se déguise en oiseau tropical et part se cacher dans la jungle.
Les ficelles comiques sont aussi grosses que le laisse augurer ce bref synopsis. Pas foncièrement nul grâce à la finition RKO, parfois (surtout au début) drôle mais franchement anecdotique. Notons de plus que les chansons -médiocres- affaiblissent le rythme du film, ce qui pour une comédie est un péché capital.