The stranger’s return (King Vidor, 1933)

Après s’être séparée de son mari, une new-yorkaise retourne à la ferme de son grand-père…

Ce retour à la terre manque du lyrisme géorgique propre à King Vidor (la brutalité des raccords après certaines images bucoliques laisse penser que la MGM a massacré le film au montage) mais les rapports entre la citadine et les paysans, loin d’être univoques, sont retranscrits avec justesse et cruauté tandis que Lionel Barrymore, grand cabotin s’il en fut, assure le spectacle. Pas mal.

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The lucky lady (Raoul Walsh, 1926)

L’héritière du trône d’un petit royaume dont l’économie est basée sur le jeu refuse un mariage arrangé et s’entiche d’un touriste américain.

Sympathique petite comédie à la Lubitsch agrémentée d’un dynamisme typique de Walsh (la course-poursuite entre amoureux) . Les savoureux cartons sont ce qu’il y a de plus amusant.

L’homme que j’ai tué (The broken lullaby, Ernst Lubitsch, 1931)

Un an après la fin de la première guerre mondiale, un Français ne parvient toujours pas à oublier l’Allemand qu’il tua au front. Rongé par les remords, il décide d’aller rencontrer la famille de ce dernier…

Comme on l’aperçoit en lisant ce bref synopsis, la dramaturgie de L’homme que j’ai tué est assez artificielle: elle s’appuie sur des idées générales plus que sur des développements psychologiques nuancés et crédibles. Le film est très théâtral. Le jeu de Philip Holmes dans le rôle du jeune Français tourmenté est fort peu subtil mais Nancy Carroll dans le rôle de la soeur du défunt est très bien et Lionel Barrymore dans le rôle du père du défunt est OK.

Bref, L’homme que j’ai tué est un film à thèse pesant sauvé de l’inintérêt total par quelques moments qui brillent de la finesse et de l’humanité emblématiques de Lubitsch: le début ironique où il cadre les sabres pendant la célébration de l’armistice, la scène fordienne dans laquelle deux mères discutent des plats préférés de leurs fils sur la tombe de ces derniers ou encore la réconciliation musicale finale qui annonce McCarey.

Le passeport jaune (The yellow ticket, Raoul Walsh, 1931)

Russie, 1913. Pour sortir du ghetto et revoir son père enfermé par le tsar, une jeune juive n’a d’autre choix que de se procurer un passeport jaune, celui des prostituées. Au cours de ses pérégrinations, elle va rencontrer le chef de la police secrète tsariste et un journaliste britannique.

C’est au fond très conventionnel mais le récit est imprévisible au possible, bifurquant sans cesse. La profusion de rebondissements, l’absence d’appesantissement des auteurs sur quoi que ce soit et la rapidité de la mise en scène font de ce Yellow ticket un film toujours surprenant et jamais ennuyeux. On ne regarde pas un tel film dans une perspective « auteuriste » mais s’il fallait chercher la trace de la personnalité de Raoul Walsh dans ce divertissement brillamment réalisé, c’est dans le personnage du méchant qu’on la trouverait sans trop d’analyse capillotractée. Le policier joué par Lionel Barrymore annonce les Cody Jarret, Barbe-Noire et autres avatars négatifs du héros walshien qui, au-delà de la morale et de la raison sociale, se livrent complètement à leurs pulsions. C’est un personnage d’un bloc, non soumis à la convention dramatique. Son sincère appétit amoureux ne peut qu’atténuer sa méchanceté aux yeux du spectateur, sans que jamais cela ne remette en question son caractère tyrannique.