Rose de minuit (Midnight Mary, William Wellman, 1933)

La maîtresse d’un gangster tombe amoureuse du fils d’un juge.

Un mélo bien mené car le manichéisme est atténué au profit d’une relative justesse dans le détail des scènes et le comportement des personnages. Seul le crime final, déterminant car le récit est un long flashback, paraît quelque peu artificiel. Loretta Young est adorable. Il y a une véritable expression visuelle de l’attirance érotique, une sensualité rare même dans les films dits « pre-code ». Bref, sans atteindre les sommets de Safe in Hell ou Frisco Jenny, Rose de minuit est un bon Wellman.

Le retour de Bulldog Drummond (Bulldog Drummond strikes back, Roy del Ruth, 1934)

A Londres, le capitaine Bulldog Drummond enquête sur des évènements mystérieux autour de la maison d’un notable étranger.

Comédie policière, frôlant par instants la parodie tant les situations sont réduites par la mise en scène à leur essence la plus conventionnelle, menée avec entrain et science visuelle. Ce n’est pas grand-chose mais, dans les limites de sa modeste ambition, c’est bien fait. Comme le veut son personnage, Ronald Coleman est une vraie tête à claques et les yeux de Loretta Young sont toujours aussi beaux.

Taxi! (Roy del Ruth, 1932)

A New-York, la fille d’un brave chauffeur de taxi en prison pour avoir tué un rival mafieux est séduite par un chauffeur indépendant, qui veut s’opposer violemment à la mafia des taxis…

Une sympathique romance prolétarienne comme en réalisaient Raoul Walsh ou Tay Garnett à la même époque. Roy Del Ruth, qui sait inventer des plans percutants, n’a cependant pas la fluidité de Garnett. Le film est vif et dru, les deux personnages passant autant de temps à se taper qu’à s’embrasser. La mise en scène est riche de détails réalistes et de personnages secondaires pittoresques qui enracinent l’action dans les quartiers populaires de New-York. Loretta Young et James Cagney forment un couple jeune, attachant et plein de vitalité. Le récit a cette finesse de justifier à moitié les emportements du personnage violent de Cagney par les agressions et la domination injuste qu’il subit. Cependant, son opposition avec son épouse, qui craint de le perdre comme elle a perdu son père, finit par apparaître abstraite et invraisemblable lorsque cette dernière en vient à desservir celui qui est quand même son mari: comme souvent dans ces courts films américains du début des années 30, il y a une belle densité narrative mais aussi un regrettable manque de continuité dans l’évolution psychologique des personnages. Taxi! est donc un assez bon film mais décevant dans sa dernière partie.

L’honorable M.Wong (The hatchet man, William Wellman, 1931)

A San Francisco, un immigré chinois tueur pour les triades est forcé de tuer son meilleur ami qui lui a promis la main de sa fille…

Exotisme à deux balles et scénario à la fois prévisible et rocambolesque. Un éclat: la fin, où Wellman invente un enchaînement de plans d’une violence terrifiante.

Les croisades (Cecil B.DeMille, 1935)

Partant à la troisième croisade, Richard Coeur de Lion épouse la fille du roi de Navarre pour que son père fournisse de la nourriture à son armée.

Malgré d’impressionnantes séquences de batailles, l’écriture de ce film est foncièrement théâtrale. En plus de disposer du lyrisme spectaculaire et sacré propre à DeMille, Les croisades surprend agréablement avec ses scènes de comédie de remariage (rappelons que DeMille inventa le genre autour de 1918) et une belle hauteur de vue quant au conflit Chrétienté/Islam mais est desservi par le trop apparent carton-pâte des décors, l’absence de charisme de Henry Wilcoxon (qui joue Richard Coeur de Lion) et un découpage heurté, peinant à instaurer fluidité et naturel au récit d’une grande hétérogénéité.

Ramona (Henry King, 1936)

En 1870 en Californie, les amours tragiques d’une jeune métisse élevée par de riches propriétaires avec un Indien.

Si le manichéisme de la caractérisation des personnages, le schématisme de la narration et le kitsch -parfois plaisant- du Technicolor donnent à cette adaptation de Helen Hunt Jackson un côté artificiel qui atténue l’épaisseur romanesque à laquelle elle aurait pu prétendre, force est de constater que nul autre film n’a dramatisé l’expropriation des Indiens et la distinction entre ethnie et religion avec une telle précision directe. De plus, si Don Ameche est peu crédible en Indien, Loretta Young interprète Ramona avec une belle sensibilité. Plutôt un bon film, donc.

Divorcé malgré lui (Eternally yours, Tay Garnett, 1939)

Parce que celui-ci refuse de s’installer, l’épouse d’un prestidigitateur quitte son mari pour un bourgeois.

Comédie de remariage assez agréable mais conventionnelle et un peu fade. Parti avec l’intention d’adapter une pièce de Sacha Guitry, L’illusioniste, le producteur Walter Wanger a, pour se conformer aux exigences du code Hays, considérablement affadi sa sauce. Comparé à d’autres screwball comedies, Divorcé malgré lui manque de détails piquants et d’allusions grivoises. Le film semble constamment sur des rails. Heureusement, il file rapidement (la narration comporte de surprenantes ellipses).

L’Amour en première page (Love is news, Tay Garnett, 1937)

Une héritière lasse de voir sa vie amoureuse étalée en première page des journaux fait croire qu’elle va se fiancer avec un reporter.

Dans la meilleure tradition de la comédie américaine, la fantaisie la plus débridée irrigue un récit construit avec la plus parfaite des rigueurs. Le cinéaste met en scène avec un égal brio un passage comique frisant l’absurde tel celui où les deux personnages se retrouvent en prison et le moment décisif où l’inévitable coup de foudre a lieu. De Stepin Fetchit en chauffeur de course (!) à George Sanders en aristocrate décadent, une belle brochette de seconds rôles farfelus colore la mise en scène. Un couple de stars -Tyrone Power et Loretta Young- dont l’immense beauté n’a d’égale que la capacité d’abattage, l’extrême vivacité du rythme impulsé notamment par des travellings aussi rapides que les comédiens et une réjouissante truculence qui rapproche Tay Garnett de Raoul Walsh (le jeu de dames avec des verres d’alcool!) contribuent à faire de Love is news un joyau de la screwball comedy débordant de vitalité. Son talentueux et éclectique réalisateur n’ayant jamais été consacré comme un auteur, ce joyau est bêtement oublié. Merci à l’Action Christine de l’avoir ressorti.

Rachel et l’étranger (Norman Foster, 1948)

Un western singulier qui montre encore une fois la variété du genre. Ici, le western est un moyen de retourner à une époque archaïque et de mettre en scène des rapports humains dont la rudesse fait la beauté. On songe à Giono. Le paysan a perdu son épouse, il lui en faut une nouvelle parce qu’il faut une femme pour tenir le foyer. Quitte à ne pas l’aimer parce qu’il vit dans le souvenir de la défunte. Jusqu’à ce que l’étranger du titre, incarné par un jeune Robert Mitchum s’incruste et réveille du même coup le désir du mari pour sa nouvelle femme. La terre, la famille, le deuil, le désir. Et la frontière évidemment. Ici, le fermier est un pionnier qui doit faire face à la menace permanente constituée par les Indiens. Des situations apparemment simplissimes permettent de montrer des sentiments qui ne peuvent être que complexes. Rachel et l’étranger est autant l’histoire d’un foyer recréé que celle d’une mélancolie guérie. Le particulier et le général fusionnés dans un même mouvement. C’est le propre de nombre de chefs d’oeuvre classiques. D’un point de vue strictement formel, le budget restreint alloué par la RKO oblige les auteurs à se concentrer sur l’essentiel: la mise en scène de Norman Foster est alerte, la caméra semble semble toujours placé exactement à l’endroit où elle doit être, mettant en valeur les superbes décors naturels sans verser dans la contemplation. Les quelques chansons du film donnent lieu à des plans magnifiques où la seule composition du cadre montre que les personnages vivent des émotions différentes. Concision et beauté. Ce western élégiaque est une véritable pépite, de la même veine que Le bandit d’Ulmer.

Quatre hommes et une prière (John Ford, 1938)

Le problème de Quatre hommes et une prière, c’est le tiraillement. Tiraillement entre gravité d’un sujet typiquement fordien (la lutte de quatre hommes pour réhabiliter leur colonel de père) et péripéties de bande dessinée (plusieurs fois, j’ai pensé à Tintin). Peut-être que l’œuvre aurait été réussie si Ford avait mis en scène ces aventures coloniales avec plus de légèreté, plus de dynamisme et moins de solennel. Malgré cela, le film se suit sans trop de déplaisir grâce notamment à un casting sympathique.