Dance, girl, dance (Dorothy Arzner, 1940)

Une jeune danseuse essaye de vivre de son art sans pour autant se compromettre dans des spectacles de bas étage et tombe amoureuse d’un riche divorcé.

On y voit Maureen O’Hara toute jeunette avant qu’elle ne devienne l’égérie de John Ford mais c’est quand même pas terrible du tout parce que la faiblesse de l’intrigue n’a d’égale que celle des numéros musicaux, ce qui, pour un musical, est assez embêtant. Pour rendre regardables les séries B musicales de la RKO, il fallait au moins le génie d’un Fred Astaire. Et encore.

L’impitoyable (Ruthless, Edgar G.Ulmer, 1948)

L’ascension dans le milieu de la finance d’un homme parti de rien au coeur sec.

Ruthless est un des rares films pour lesquels Edgar G. Ulmer a bénéficié d’un budget décent. C’est aussi une de ses pleines et entières réussites. L’histoire de cet homme sans pitié qui se hisse au sommet après avoir écrasé son entourage est a priori archi-rebattue mais est en fait racontée avec une subtilité toute dialectique. Ainsi, l’ascension du héros est le fruit d’un vague opportunisme amoureux avant d’être celui d’une supposée volonté de fer. Par bien des aspects, ce requin de la finance est un homme faible. Quoique retraçant toute sa vie depuis une enfance douloureuse, Ulmer a l’intelligence de ne pas réduire le caractère de son personnage à un unique trauma. Pas d’explication artificielle façon « Rosebud » ici. Les longs flashbacks sont là pour montrer toute la complexité du personnage, non pour la simplifier abusivement. Les décors de la Nouvelle-Angleterre et de Wall Street n’étant pas particulièrement propices aux envolées du poète expressionniste qu’était Ulmer, la mise en scène est classique. Classique et parfaitement maîtrisée. Les acteurs sont excellents. Louis Hayward restitue jusqu’au bout le mystère de son personnage grâce à un jeu très sobre et est entouré de grands seconds rôles, à commencer par un inoubliable Sydney Greenstreet qui se montre ici plus shakesperien que jamais. Tout au plus regrettera t-on la convention du deus ex-machina final qui retire un peu de sa force à la superbe dernière séquence.

Les pirates de Capri (Edgar G. Ulmer, 1949)

A Naples, un aristocrate dont le frère a été assassiné par le pouvoir met un masque, prend un pseudonyme et s’associe aux révolutionnaires.

Même si pour cette coproduction italo-américaine, Edgar G.Ulmer a disposé de plus de moyens qu’il n’en avait d’habitude, Les pirates de Capri reste un produit de série très formaté et sans surprise. En l’occurrence, il s’agit d’un ersatz pur et simple de Zorro. Le cinéaste ne cherche guère à faire oublier la convention. Preuve en est cette séquence censément dramatique qui a fait rire les spectateurs et irrémédiablement entamé ma suspension d’incrédulité: le justicier s’introduit dans la chambre d’une noble qu’il connaît très bien sous son identité officielle et discute en tête-à-tête avec elle. Seul un loup le masque et elle ne le reconnaît jamais alors qu’il va jusqu’à l’embrasser. Un metteur en scène plus attentif à ce qu’il filme aurait joué avec les éclairages, les décors ou les distances entre les comédiens pour y faire croire. Ce n’est pas le cas d’Ulmer qui se comporte ici en pur illustrateur et ne fait que ressortir l’ineptie du scénario. Ajoutons que le terne Louis Hayward n’a pas le charisme d’un Errol Flynn ou d’un Douglas Fairbanks et que la couleur manque cruellement aux paysages de Capri dont chaque cinéphile connaît -et adore- le bleu intense depuis  qu’il a vu Le mépris.

Au fil de l’eau (House by the river, Fritz Lang, 1949)

Note dédiée à bubulle

Un écrivain frustré tue malencontreusement sa servante qui se refusait à lui. Il demande à son frère de l’aider à camoufler le crime…

C’est le début d’un engrenage terrible qui va révéler les tréfonds de chacun des trois personnages impliqués dans le drame: l’écrivain, son frère et son épouse. Chez Lang, l’intrigue policière est en effet un prétexte pour mettre à nu l’âme humaine dans un implacable mouvement tragique. House by the river est un de ses films dans lesquels apparaît le plus clairement ce qu’il pense de l’humanité: TOUS COUPABLES. La dualité entre les deux frères peut, au premier abord, faire croire à une vision du monde manichéenne mais, après tout, si le gentil aide son frère criminel c’est qu’il désire sa femme…Pour l’auteur de M le maudit, le mal fait partie intégrante de l’être humain.  C’est génialement montré dans les séquences du début, celles qui mènent au meurtre. Le spectateur s’identifie tout de suite à cet homme moyen qui reluque et taquine sa jeune et jolie domestique. Et, la précision du découpage et l’expressivité des acteurs aidant, le meurtre apparaît comme inéluctable. La fatalité et les pulsions de l’homme sont intimement liés.

Ceci étant dit, House by the river est surtout un film dans lequel éclate le génie plastique de son auteur.  Le cinéaste prolonge les recherches picturales entamées l’année précédente dans Le secret derrière la porte, film dont les images étaient particulièrement sombres. Désormais, les contrastes restent marqués  mais, dégagés de la pesanteur signifiante qui caractérisait le style du Secret derrière la porte, ils chantent l’obscurité de la nature américaine. La façon dont les bois et la rivière de studio sont éclairés rappelle forcément La nuit du chasseur. A ceci près qu’ici, le fleuve est un motif récurrent dont le symbolisme est plus littéral, ce qui stoppe d’emblée la comparaison avec la mise en scène du film de Laughton, chef d’oeuvre de poésie pure.

Le seul point faible du film réside dans la séquence du procès, ennuyeuse car purement dévolue à montrer  l’état de l’enquête policière. Or ce qui est intéressant, c’est précisément tout le reste. House by the river n’en reste pas moins une des oeuvres majeures de Fritz Lang, un film dont la puissance tragique n’a d’égale que la beauté plastique.