Ramuntcho (René Barberis, 1938)

Au pays basque, un jeune contrebandier fuit un policier qui veut lui ravir son amoureuse.

Des qualités de mise en scène particulièrement prégnantes lors des séquences de désespoir amoureux, le lyrisme de la fin, les paysages basques, la touchante interprétation de Madeleine Ozeray et une musique variée et expressive font presque oublier la médiocrité de l’écriture et la relative fausseté de Louis Jouvet et Françoise Rosay dans des rôles « typés ».

Le coupable (Raymond Bernard, 1937)

Un avocat général qui a mis une fleuriste enceinte avant de partir à la guerre retrouve son fils naturel 20 ans plus tard sur le banc des accusés…

Le formalisme baroque de la mise en scène (éclairages hyper-sombres, cadrages inclinés, mouvements d’appareil…) s’avère en définitive stérile car il ne subvertit pas la mièvrerie d’un récit mélodramatique qui en reste au niveau de l’anecdote (celle-ci particulièrement improbable).

La dame de pique (Fedor Ozep, 1937)

Un officier séduit une jeune fille pour soutirer un secret de jeu à sa grand-mère.

Cette superbe adaptation de la nouvelle d’Alexandre Pouchkine brille d’abord par son faste visuel alors que  les illustrations dessinées qui figurent les rues de Saint-Pétersbourg au début de la deuxième partie laissent à penser que le budget était considérablement limité. Thirard à l’éclairage fait des merveilles tandis que la richesse des cadres, exceptionnelle pour un film français, évoque Josef Von Sternberg. Dès l’introduction dans l’auberge, avec une troïka, une nuit noire, la musique assourdissante signée Karol Rathaus et quelques travellings aussi échevelés que judicieux, Fedor Ozep montre qu’il n’a pas son pareil pour mettre en place l’atmosphère dramatique.

Le cinéaste, qui déjà en 1916 avait écrit un scénario adapté de cette nouvelle pour Protozanov, a considérablement étoffé ce qui était embryonnaire dans le texte parfaitement épuré de Pouchkine. Il a donné corps et âme aux figures de vieille comtesse, d’officier bravache et de joueur obsessionnel, des stéréotypes qui ont fait la gloire du roman russe et que Pouchkine a pour ainsi dire inventés. Les développements narratifs sont parfois conventionnels (le triangle amoureux) mais l’excellence des acteurs et la virtuosité du découpage, découpage tantôt dramatisant tantôt finement évocateur, transcendent la convention. Pour une fois, le jeu enfiévré de Pierre Blanchar est parfaitement en phase avec son personnage. Quant à Marguerite Moreno, avec son panache gouailleur, c’est évidemment l’interprète idéale de la dame de pique. Ses nombreuses répliques mordantes sont un pur régal.

La dame de pique est donc un film qui donne envie de connaître plus en profondeur l’oeuvre du cosmopolite Ozep.