La foire aux chimères (Pierre Chenal, 1946)

Par amour pour la partenaire aveugle d’un lanceur de couteaux, un graveur de billets excellent et défiguré se met à faire de la fausse monnaie…

Cet avatar tardif du réalisme poétique a le mérité d’être plus incarné que ses prédécesseurs: le drame a pour origines la chair meurtrie du personnage d’Erich Von Stroheim et les yeux inopérants de son amoureuse. Même s’il est fondamentalement conventionnel, le récit est -à l’exception du consternant dénouement- agencé avec suffisamment de précision pour que le spectateur y croit: à part quelques lignes de dialogues de Madeleine Sologne, le film est dépourvu du côté éthéré et fumeux des histoires d’amour de Prévert. J’ai beaucoup songé à Tod Browning, un petit peu à Chaplin (les auteurs de La foire aux chimères se sont certainement souvenus des Lumières de la ville). Pierre Chenal prouve encore une fois son talent de metteur en scène avec notamment un excellent sens du décor et de l’atmosphère, toujours au service de l’action, que ce soit à la fête foraine ou dans la somptueuse demeure destinée à accueillir la dulcinée. Si le film est une (petite) réussite, c’est en grande partie grâce à lui.

Un ami viendra ce soir (Raymond Bernard, 1946)

Dans les Alpes sous l’Occupation, un chef de la Résistance se cache dans un asile…

Le manichéisme du discours, l’extrême caricature des personnages allemands, certes excusables compte tenu de l’époque du tournage, mais aussi et surtout la poussiéreuse dramaturgie reposant sur un mystère sans intérêt (« qui est le commandant parmi les fous? ») et la vaine hystérie de la mise en scène (acteurs en roue libre, contrastes saugrenus et cadrages de traviole) rendent ce film irregardable aujourd’hui.

Le loup des Malveneur (Guillaume Radot, 1943)

Une jeune préceptrice est appelée par le dernier descendant d’une lignée d’aristocrates provinciaux mais celui-ci vient de disparaître…

Même si leur film est sorti dans la foulée de La nuit fantastique et de La main du diable, Guillaume Radot et son scénariste Francis-Vincent Bréchignac n’étaient pas des suiveurs mais des passionnés de poésie venus au cinéma avec la ferme intention d’exprimer leur sensibilité gothico-rimbaldienne sur le grand écran. Ce premier essai n’est pas vraiment convaincant du fait d’un scénario trop léger par rapport à la durée du film (1h20).  Néanmoins, la photographie somptueuse et le décor du château d’Anjony créent une ambiance gothique tout à fait singulière dans le cinéma français de l’époque.