La maternelle (Jean Benoît-Lévy & Marie Epstein, 1933)

Une jeune femme de bonne famille abandonnée par son fiancé devient dame de service dans une école maternelle.

La maternelle fut un immense succès critique en son temps. Son auteur, Jean Benoît-Lévy, avait une haute idée sociale du cinéma et allait plus tard occuper un poste important à l’UNESCO. Il adaptait ici un roman de Léon Frapié lauréat du prix Goncourt 1904. Marie Epstein, soeur de Jean, fut sa collaboratrice attitrée. La maternelle capitalise beaucoup sur les bêtises de gamins quasiment saisis sur le vif qui provoquent l’attendrissement et l’amusement du spectateur. Il y a ainsi une dimension documentaire qui anticipe celle de Etre et avoir. Mais le film ne se limite pas à ça. Même s’ils appuient parfois un peu lourdement le sens d’une situation, les auteurs sont guidés par ces qualités rares que sont le tact et la droiture, qualités qui  leur permettent de traiter sans faute de goût ni pusillanimité un matériau délicat qui contient son lot de cruautés.

Voir le sérieux radical avec lequel est présenté le désespoir de l’enfant. Voir l’élégance de l’ellipse qui enchaîne les deux premières séquences. Voir la parfaite séquence de l’abandon où la mise en scène se charge de ne pas enfoncer la mère. La coexistence de la tendresse, du pathos et de la légèreté des jeux enfantins est rendue harmonieuse par la sensibilité des cinéastes et par la rapidité du rythme des images. Reste Madeleine Renaud: son jeu plein de sensiblerie détonne d’avec la sobriété du reste de la distribution (ainsi Alice Tissot qui atténue considérablement la dureté de la directrice) et pourra paraître désuet. Mais son personnage est le plus meurtri d’entre tous les adultes du film.

Don Quichotte (G. W. Pabst, 1933)

Un vieil hidalgo qui a lu beaucoup de romans de chevalerie s’en va défendre la veuve et l’orphelin.

Condenser un bon millier de pages en un film d’à peine une heure demandait évidemment à l’adaptateur de supprimer beaucoup d’épisodes du fabuleux roman de Cervantès. Paul Morand, scénariste de luxe, ne s’est visiblement pas montré assez drastique dans cette tâche. Il y a trop de péripéties compte tenu du métrage final. Le film ne prend pas le temps d’exposer les différentes situations, de les dramatiser, bref de mettre en scène ce qu’il raconte. D’où l’impression pour le spectateur d’être en face d’une succession d’images sans enjeu qu’il regarde avec un détachement complet. Dans ces conditions, difficile également de faire exister les personnages. Sancho Pança, si beau et si plein d’humanité dans le roman, est interprété par un Dorville pour le moins peu crédible. Don Quichotte a tout de même inspiré à Pabst une poignée de plans beaux et expressifs.