The last of the Ingrams (Walter Edwards, 1916)

Dans une ville côtière puritaine, le dernier rejeton d’une grande famille, alcoolique et paresseux, risque de voir ses biens saisis par le banquier…

Encore une fois, la merveilleuse alchimie de la Triangle de Thomas Ince transfigure un matériau bancal. Il y a quelque chose d’un peu capillotracté et démonstratif dans cette histoire de déchéance et de rédemption d’un alcoolique faisant face aux Pharisiens et épaulant une Marie-Madeleine des temps modernes. De plus, la composition de William Desmond a tendance à alourdir la sauce. Mais la netteté du découpage, le dynamisme inventif des morceaux de bravoure et, surtout, le fantastique alliage de naturel et de sophistication dramatisante dans la lumière intensifient la présence de ce qui se déroule à l’écran tout en insufflant une profonde densité à la description critique d’une communauté puritaine.

La rédemption de Rio Jim (The return of Draw Egan, William S. Hart, 1916)

Un bandit en cavale accepte un poste de shérif dans une ville en proie au désordre…

De par la qualité de sa mise en scène, The return of Draw Egan fait indéniablement partie des meilleurs westerns de son temps. La sophistication d’un découpage très signifiant insuffle du poids à chaque geste de la star (le roulage d’une cigarette est aussi dramatisé qu’une fusillade) et concrétise la louable ambition des auteurs qui était de retracer l’évolution psychologique du héros plutôt que d’exciter le spectateur avec des chevauchées. En effet, à l’exception d’un début sur les chapeaux de roues, l’essentiel du film se déroule en milieu urbain. Toutefois, on ne m’empêchera pas de préférer la vive spontanéité des Cheyenne Harry de John Ford à la pesante précision des Rio Jim. L’austérité puritaine de William S. Hart aurait fait de lui un comédien idéal chez Dreyer mais rend son western quelque peu monotone. Je chicane parce que je pense que le grand air, le mouvement et la variété des registres conviennent mieux au genre que les intérieurs, les postures étudiées et le sérieux affiché mais The return of Draw Egan n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique des génies de Hart et de la Triangle.

La cité du désespoir (The desert man, William S.Hart, 1917)

Un cow-boy arrive dans une ville désolée et en chasse les méchants…

L’archétype du western de star où tout est organisé pour mettre en valeur celle-ci, son personnage étant moralement et physiquement quasi-infaillible. Dans les face-à-face qui opposent William S.Hart au barbier, ridiculisé plus que de raison, on songe aux films les plus abstraits de Clint Eastwood, tel L’homme des hautes plaines. Cependant, quoique son objet soit limité, la mise en scène est d’une maîtrise remarquable: la précision et l’inventivité dans l’enchaînement des gestes du dénouement en font une séquence d’action parmi les plus intenses de l’époque. De plus, les rapports du héros avec la jeune mère et son enfant insufflent une certaine épaisseur humaine au récit. Pour ces raisons, essentiellement formelles, The desert man peut être considéré comme un des meilleurs westerns de l’époque.