K-19: le piège des profondeurs (Kathryn Bigelow, 2002)

En 1961, sur ordre du Parti, un sous-marin nucléaire russe est envoyé en mission alors qu’il n’est pas encore au point techniquement…

La confrontation entre le capitaine intransigeant et le second qui est proche de ses hommes prend une tournure surprenante qui donne à penser, sans démagogie ni forfanterie, sur le devoir, l’obéissance, la dignité, le dépassement de soi et la camaraderie; bref, sur l’Armée.

Avec ses équipes techniques, Kathryn Bigelow a réalisé des prouesses pour maintenir une énergie visuelle à l’intérieur de ce décor très contraignant qu’est le sous-marin (reconstruit à l’identique). Son sens du dynamisme grandiose n’a d’égal que son empathie pour les hommes qu’elle filme. Juste après vous avoir scotché au fauteuil avec une remontée du sous-marin à travers la glace, elle vous émeut avec une partie de foot sur la banquise où souffle un lyrisme fordien. Ces deux grandes qualités font d’elle la cinéaste idéale pour filmer l’héroïsme. C’est ainsi que toutes les séquences autour de la réparation du réacteur sont sublimes et sont peut-être ce que le cinéma américain nous a offert de plus poignant depuis le début du millénaire.

Malgré la convention de la langue anglaise, les acteurs s’avèrent tous parfaits. Qu’il se soit investi dans ce film jusqu’à le produire restera, il faut l’espérer, un des titres de gloires de Harrison Ford. Un ou deux dialogues surligneurs dus à sa nature de superproduction hollywoodienne n’empêchent pas K-19 d’être le meilleur film épique contemporain.

Convoi vers la Russie (Action in the North Atlantic, Lloyd Bacon, 1943)

Des marins américains dont le navire a été coulé par un sous-marin allemand se rengagent dans un convoi qui achemine des ressources en Russie.

Grâce à la débauche de moyens employés, le premier naufrage est assez spectaculaire mais ce film de propagande est didactique jusque dans ses moindres détails, exagérément long et donc absolument ennuyeux.

Première victoire (In harm’s way, Otto Preminger, 1965)

Les premiers mois de la guerre du Pacifique vus à travers l’itinéraire professionnel et sentimental d’un capitaine de croiseur…

Après Exodus, Tempête à Washington et Le cardinal, Otto Preminger poursuit sa série des films « à grand sujet ». Plus que jamais, le récit est ample, la dramaturgie est subtile et le découpage est fluide. De plus, le Cinémascope Noir&Blanc allié à l’excellente musique de Jerry Golsmith fait office de somptueux écrin. Quelques conventions -tel le sacrifice de Kirk Douglas- demeurent mais dans l’ensemble, les attentes du spectateur sont habilement déjouées grâce à l’élégante lucidité du traitement (et jamais par volontarisme anti-conformiste). J’ai été particulièrement touché par la justesse -assez inédite- de la relation amoureuse entre les deux personnes mûres magnifiquement interprétées par John Wayne et Patricia Neal.

Cela dure déjà près de trois heures mais cela pourrait durer le double tant la maîtrise du cinéaste est absolue. Toutefois, à l’issue de la projection, le sentiment de fascination est altéré par une question: « à quoi bon? ». C’est que contrairement aux précédents opus de Preminger, aucune unité profonde n’est opérée entre les différentes ramifications de la narration. Exodus racontait la naissance d’une nation, Tempête à Washington démontait les rouages de l’exercice démocratique, Le cardinal montrait ce qu’il en coûte à un homme pour monter dans la hiérarchie de l’Eglise. Première victoire mélange (intelligemment) situations mélodramatiques et enjeux militaires; les forces de dispersion inhérentes à une telle machine hollywoodienne l’emportent sur la synthèse que doit apporter le point de vue d’un auteur. Si l’attention du metteur en scène à chaque geste et à chaque lieu empêche encore de parler d’académisme, on a quand même un peu l’impression que son coeur a déserté son oeuvre et que, après l’apogée artistique que fut pour lui le début des années 60, son génie commence à tourner à vide.

L’Épave vivante (Submarine, Frank Capra et Irvin Willat, 1928)

Sans le savoir, deux amis plongeurs de la Marine américaine sont amoureux de la même fille.

Quelques plans documentaires dus au concours de la US Navy agrémentent ce récit des plus conventionnels. Accompagné par les mêmes acteurs, Jack Holt et Ralph Graves, Capra affinera ce schématique canevas et haussera le ton dans Flight et dans le sublime Dirigible.

Morning departure (Roy Ward Baker, 1950)

Pendant un exercice de routine, un sous-marin britannique coule…

Les comédiens sont bons mais l’inébranlable sobriété du ton, si elle évite tout excès de mauvais aloi, fait virer le film vers le « terne et appliqué » d’autant que l’origine théâtrale est patente (arbitraire d’une narration ne gardant dans la dernière partie que les personnages sur lesquels elles s’était focalisée au début). Pas mal mais à des années lumières d’un Men without women .

 

Etre ou ne pas être (René Leprince, 1922)

Un commandant de sous-marin droit dans ses bottes est entraîné par un ami à fumer de l’opium alors que son bâtiment est en manoeuvre…

L’étroite corrélation entre les péripéties de l’action et le drame psychologique vécu par le héros est bien restituée grâce, en premier lieu, à l’interprétation de Léon Mathot. Sans être génial, René Leprince avait du talent pour la mise en scène de cinéma. Les facilités manichéennes du dénouement montrent que si Etre ou ne pas être est un film bien fait, il n’a pas l’ambition de se distinguer de la production courante.

Salute (John Ford, 1929)

Quoique peu attiré par la Marine, le petit fils d’un grand amiral rejoint l’école navale d’Annapolis…

Historiquement parlant, Salute est un film important dans la carrière de John Ford. C’est le film qui lui a fait découvrir -et aimer à vie- la Marine. C’est le premier film qu’il a tourné avec Stepin Fetchit et Ward Bond, ce dernier faisant ici sa première apparition au cinéma. C’est aussi le premier rôle important (même si secondaire) de John Wayne.

Esthétiquement parlant, en revanche, Salute est un film mineur de son auteur. Si les parades sont joliment filmées et les matches de football américain découpés avec un dynamisme rare en ces débuts de parlant, le récit est platement conventionnel et la morale qui s’en dégage d’un simplisme rare chez ce grand artiste dialectique qu’était John Ford. Les scènes de bal et de bizutage sont émaillées de quelques trouvailles amusantes mais ces scènes existent comme en dehors de l’intrigue, elles ne lui donnent pas corps.