Le prince et le pauvre (William Keighley, 1937)

Par la force des circonstances, le jeune héritier du trône d’Angleterre et un vagabond du même âge intervertissent leurs identités.

Les images sont jolies mais, comparé aux films réalisés à la même époque, dans le même genre et pour le même studio par Michael Curtiz, le film n’est guère trépidant et peu dynamique. Bien sûr, le fait que Errol Flynn ne soit ici qu’un second rôle n’apparaissant pas avant la moitié du métrage contribue également à cette différence mais le récit manque d’un point de vue affirmé et certaines séquences se dispersent dans le décoratif (le couronnement).

Tom Sawyer (William Desmond Taylor, 1916)

Dans un village au bord du Mississipi, un gamin fait les quatre cent coups.

Jack Pickford, 20 ans, est beaucoup trop âgé pour le rôle éponyme mais le décor naturel de la campagne américaine donne une certaine fraîcheur à cette adaptation d’un roman dont les péripéties les plus dramatiques ont été escamotées (elles furent traitées dans une suite sortie l’année suivante). En résulte une chronique sympathique mais dépourvue d’unité forte.

Le garçon perdu (Gueorgui Daniela, 1973)

Fuyant aussi bien son père alcoolique qu’une famille d’adoption oppressante, Huckleberry Finn descend le Mississipi avec Jim, l’esclave en fuite…

Le projet improbable que voilà ! Une adaptation du classique de Mark Twain par des Soviétiques. Le pari est pourtant tenu. L’artificialité du sud américain recréé dans les studios de Mosfilm insuffle au film une poésie dans la lignée de La nuit du chasseur. Il faut dire que décors et photo -la lumière est celle du chef opérateur de Tarkovski: Vadim Yusov- sont sublimes. Le ton du Garçon perdu est certes très éloigné de celui du grand écrivain américain. L’adaptation n’en est pas moins aussi respectueuse que personnelle de la part du cinéaste géorgien Gueorgui Daniela qui filme les nombreuses péripéties du roman avec un détachement comico-mélancolique qui parfois confine à l’absurde. Ainsi de la rapidité elliptique avec laquelle est traitée l’épisode de la vendetta. Ce style est parfois un frein à l’implication du spectateur dans le récit, surtout si celui-ci n’est pas familier avec l’oeuvre de Twain, mais il redouble sa fascination d’ordre plastique tant les images sont subtilement merveilleuses.

A lire: le post de Julien d’Abrigreon qui a beaucoup fait pour la récente exhumation de cette pépite géorgienne. Merci à lui.

Les aventures de Tom Sawyer (Norman Taurog, 1937)

Tom Sawyer, le livre préféré de mon enfance…Cette production Selznick fait partie de ces illustrations romanesques dont la fidélité à la lettre fait la beauté (par exemple, La gloire de mon père mise en scène par Yves Robert). Le film est donc un ensemble charmant de vignettes en Technicolor qui a entraîné chez moi une série de réminiscences enfantines: mon premier amour imaginaire, Becky Thatcher, cette tête à claques de Sid, les frayeurs avec Joe l’Indien (d’ailleurs le film contient un ou deux plans qui ont marqué les créateurs de Twin Peaks), une vie rêvée à base de parties de pêche et de chasses au trésor, le tout pieds nus évidemment. La vision de ce film, véritable expérience proustienne en cela qu’elle a révélé un sens profond à des souvenirs enfouis, m’a fait comprendre combien le chef d’oeuvre de Mark Twain a compté dans mon penchant pour l’imaginaire. D’ailleurs, je m’arrête ici parce que je ne pourrais continuer cette critique sans raconter un peu de ma vie.