Les mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau, 1971)

En 1793, un homme qui était en Angleterre depuis cinq ans revient en France pour divorcer de son épouse.

La fantaisie naturelle et l’abattage de Jean-Paul Belmondo plus à sa place ici que Noiret dans La vie de château ou Olivier Martinez dans Le hussard sur le toit compensent le côté mécanique et artificiel propre aux comédies, certes toujours menées tambour battant, de Jean-Paul Rappeneau. Les personnages et le récit restent superficiels mais ce mixte improbable (et affadi) entre Quatrevingt-treize et Cette sacrée vérité est un film plaisant qui bénéficie en outre d’un joli thème musical de Michel Legrand.

Julie pot-de-colle (Philippe de Broca, 1976)

Jean-Luc, le fondé de pouvoir d’une banque parisienne en mission au Maroc vient en aide à Julie, une jeune femme ayant accidentellement tué son mari…

Cette rencontre avec Julie marque le début d’une série de catastrophes dans la vie parfaitement réglée de Jean-Luc. L’anti-conformisme du personnage de Julie apparaît souvent artificiel, servant une intrigue qui oppose schématiquement la liberté de l’héroïne aux compromissions d’une carrière de cadre dans une banque. De plus, les gags sont assez peu désopilants, l’inventivité comique n’étant pas franchement au rendez-vous.

Heureusement, la jolie frimousse de Marlène Jobert, la sympathie dégagée par les deux protagonistes, la rapidité du rythme, l’entrain de Marlène Jobert, la belle musique nostalgique de Delerue et quelques idées poétiques dans la mise en scène contribuent à incarner ce qui sur le papier n’était sans doute que plates conventions. Julie pot-de-colle s’avère finalement une jolie histoire d’amour. Julie se rend compte que malgré les apparences, Jean-Luc n’est pas « comme les autres » et dès lors, ses bêtises ne seront que tentatives de séduction.

Encore une fois, la profonde tendresse de Philippe de Broca pour ses personnages ainsi que son élégance naturelle (voir la façon très discrète dont il égratigne la modernité, se moquant ici des grands projets d’urbanisme, là de la mode psychanalytique) transfigurent ce qui n’aurait pu être qu’une comédie banale et pas drôle. Satirique sans être méchant, libertaire sans être revendicatif, Julie pot-de-colle est un film aussi mineur qu’attachant. Un film dont le charme volatile mais réel ravira les gens de bon goût que sont les amateurs de Philippe de Broca.

La poudre d’escampette (Philippe de Broca, 1971)

L’odyssée d’un trafiquant, d’un soldat anglais et de l’épouse d’un consul suisse dans le désert de Libye en 1942.

Une sympathique comédie d’aventures typique de de Broca. Compte tenu du contexte, La poudre d’escampette est un opus relativement grave dans l’oeuvre de son auteur. La violence n’est pas escamotée, ainsi des traces de sang qui restent sur la portière après que le personnage de Michel Piccoli ait eu à tuer un soldat allemand à bout pourtant pour permettre la fuite du trio. Ce film n’est toutefois pas une des réussites majeures de de Broca. Deux raisons à cela. D’abord, un rythme inégal. Après un début enlevé, le film révèle quelques longueurs. Ensuite, certains personnages sont mal écrits. La vraisemblance du caractère de l’Anglais est trop souvent sacrifiée à un comique facile. Je songe à la séquence où il parie la jeep pour obtenir de l’eau de la part de deux bédouins: son idiotie est ici caricaturale et de plus, l’effet comique en résultant est attendu. D’une manière générale, force est de constater que de Broca n’est pas aussi à l’aise qu’un Comencini lorsqu’il s’agit de mettre en scène la tragicomédie qui peut naître de certaines situations chaotiques engendrées par la guerre (La grande pagaille, ce chef d’oeuvre absolu).

Ces quelques faiblesses étant constatées, on peut apprécier les cuisses de Marlène Jobert qui porte le mini-short aussi beau que Marthe Keller la minijupe dans Le diable par la queue, chef d’oeuvre sur lequel nous reviendrons très prochainement. On peut s’émouvoir de la discrète mélancolie qui vient de la conscience qu’ont les équipiers qu’ils ne se reverront pas et qui est probablement le véritable sujet du film. On peut aussi apprécier la poignée de moments de grâce de la mise en scène; voir l’émotion distillée en trois plans à la fin qui révèle la profonde élégance du cinéaste.