Les ailes de l’espérance (Battle Hymn, Douglas Sirk, 1957)

En Corée, un pilote américain traumatisé après avoir bombardé un orphelinat en Allemagne entreprend de sauver une centaine d’enfants menacés par la guerre.

Une histoire aussi extraordinaire est bien sûr authentique. Elle offre au maître du mélodrame la possibilité de mettre en scène des moments d’une renversante perversité tel celui où le héros s’effondre, violemment insulté par la radio allemande (à laquelle le spectateur est alors obligé de donner raison). Pendant les trois quarts du métrage, Sirk parvient à garder une certaine honnêteté dans le traitement de la crise de conscience de son personnage et à maintenir l’équilibre très périlleux entre film de guerre et récit rédempteur. La dernière partie détonne car, aussi factuellement véridique soit-elle, elle est intégrée de façon à résoudre triomphalement un drame insoluble; en effet, quoiqu’Hollywood nous en dise, un péché aussi lourd ne se rachète pas aussi simplement. Le poids de Universal, s’il permet un rendu plastique somptueux, se ressent aussi dans un récit alourdi par de trop nombreuses séquences de combat aérien visant à en mettre plein la vue avec les effets pyrotechniques. Ainsi, Les ailes de l’espérance est un beau film dont quelques scories hollywoodiennes nuisent à la cohérence profonde et l’empêchent de figurer parmi les chefs d’oeuvre de Douglas Sirk.

L’extravagant Mr Cory (Blake Edwards, 1957)

Un homme issu d’un quartier pauvre de Chicago utilise sa chance au jeu et son baratin pour grimper l’échelle sociale.

A la fois romanesque et concis, Mr Cory est un récit d’ascension et de chute classique mais très bien mené. Le Cinémascope-couleurs de Russel Metty est joli (le début au bord d’un lac rappelle Le secret magnifique), les seconds rôles tel le maître d’hôtel ou le vieux mentor sont excellents parce que leur caractérisation est nuancée et Tony Curtis incarne superbement ce personnage de beau gosse qui se veut cynique mais qui est au fond trop naïf. Le film commence comme une comédie mais perd de sa drôlerie et gagne en amertume au fur et à mesure qu’il avance sans que la rupture de ton ne soit perceptible. Ce savant mélange des registres annonce les grandes oeuvres à venir de Blake Edwards.