Tucker (Francis Ford Coppola, 1988)

A la fin des années 40, un brillant inventeur essaye de concurrencer les firmes automobiles de Detroit.

Le récit unidirectionnel et sans nuance ne fait qu’asséner la lutte du génie isolé contre les trusts établis. La mise en scène ultra-calculée, ultra-consciente de ses effets, décalque et hypertrophie plusieurs signes apparents du cinéma classique hollywoodien; le directeur de la photographie allant jusqu’à imiter le Technicolor. Le parti-pris est épatant cinq minutes mais phagocyte le sujet et s’avère finalement parfaitement vain. C’est du cinéma Disneyland qui tourbillonne mais qui ne vit pas.

Frank Capra a souvent été cité comme référence de Tucker. C’est oublier qu’avant d’être des tracts pour l’idéal américain, les grands films de Capra relatent des itinéraires moraux et émotionnels. Que l’euphorie y naît non pas de couleurs pétantes et de mouvements de caméra ostentatoires mais de la mise en scène de prises de consciences donc d’un facteur humain. En tant que tels, ils sont autrement plus surprenants, autrement plus intéressants et autrement plus riches de sens que le film de Coppola, succession d’effets de style dénuée de style.

Le grand critique Jean-Claude Biette avait trouvé un terme pour les virtuosités post-modernes préférant singer les films du passé plutôt que regarder le monde: « cinéma filmé ». Tucker, je dirais que c’est du cinéma filmé.

Chantage à Washington (Savage, Steven Spielberg, 1973)

Un journaliste de télé enquête sur des photos compromettantes impliquant un candidat à la Cour suprême.

Ce dernier téléfilm réalisé par Spielberg avant les Amazing stories est un thriller politique tout ce qu’il y a de plus banal. Les exégètes pourront toujours gloser sur les tartes à la crème brassées par l’intrigue: la démocratie, le quatrième pouvoir, les valeurs américaines…ça reste dénué de style et sans surprise.