Pauvre petite fille riche (Maurice Tourneur, 1917)

Une petite fille vit dans un famille riche mais manque d’amour…

Comme si l’histoire racontée n’était pas assez inepte, Mary Pickford, 25 ans à l’époque, joue une fille de 10 ans. Parfaitement inintéressant d’un point de vue esthétique, Pauvre petite fille riche s’avère toutefois intéressant à titre historique car je ne crois pas qu’en 1917, trois ans avant l’expressionnisme allemand, un cinéaste avait déjà établi une dialectique entre le rêve et la réalité telle que Tourneur nous la présente dans la dernière partie de son film.

Fille d’Ecosse (The pride of the clan , Maurice Tourneur, 1917)

En Ecosse, deux amoureux sont troublés lorsqu’une riche femme vient chercher le jeune homme, son fils naturel…

La large place accordée au folklore, la mise en valeur des éléments naturels que sont le vent et la mer, la qualité de l’interprétation et, d’une façon générale, la splendeur burinée des images éclairées par John van den Broek donnent beaucoup de relief à un récit qui, sur le papier, devait paraître étriqué. Fille d’Ecosse est un nouvel exemple de la maîtrise très avancée de Maurice Tourneur en matière de cinéma.

Secrets (Frank Borzage, 1933)

De sa fuite vers l’Ouest jusqu’à une vieillesse comblée d’honneurs, l’histoire d’un couple américain durant la deuxième moitié du XIXème siècle.

Il s’agit de la deuxième adaptation d’une pièce à succès qui illustrait le mythe pionnier sous un angle intimiste. La structure est presque celle d’un film à sketchs tant les trois parties, correspondant à trois époques, sont différentes les unes des autres en terme de décors, de genre et de tonalité. En découle un manque de continuité dans la narration et une certaine inégalité qualitative: si les conventionnels prologues et épilogues sont mis en scène avec une jolie délicatesse, ils ne se hissent pas à la hauteur de la sublime partie centrale, celle où le jeune couple de pionniers défend âprement le fruit de son labeur.

A l’intérieur de ce cadre westernien, l’originalité de Frank Borzage se déploie pleinement. Les péripéties dramatiques ne l’intéressent qu’en ceci qu’elles affectent la petite famille. Ainsi du traitement de l’expédition punitive pour récupérer le bétail volé: un plan sur Mary Pickford inquiète qui met des tranches de pain dans la poche du manteau de son mari puis un plan sur les éperons des bandits pendus. Tout autre réalisateur aurait montré la fusillade…Borzage la dédaigne génialement. Il en va de même pour l’attaque de la cabane, restée célèbre, où le cinéaste se focalise sur les réactions d’une Mary Pickford devenue à moitié folle. En ne quittant jamais le point de vue du couple, le cinéaste donne corps et âme au mythe de l’Amérique pionnière. Le décor sauvage de l’Ouest lui permet de redoubler la fraîcheur qui a toujours été la sienne lorsqu’il filmait de jeunes amoureux. Les images de Leslie Howard faisant la lessive, chantant « Oh Susanna! » ou embrassant Mary Pickford sur un chariot cahotant sont d’une pureté virginale et édénique.

Pour réussir ce qui demeure somme toute un très beau film, Frank Borzage a pu s’appuyer sur les superbes contrastes de Ray June et, évidemment, sur des interprètes d’une exceptionnelle vérité humaine. Si Mary Pickford, dans son dernier rôle au cinéma, n’est guère crédible en jeune fille, elle est parfaite dans le reste du film. Quant à Leslie Howard, je ne le savais pas capable d’exprimer, sous des dehors de bellâtre, de tels trésors de vulnérabilité et de ténacité. La dernière séquence, sorte de préfiguration heureuse de Place aux jeunes!, les montre tous les deux bouleversants de nostalgie vivace.

La petite princesse (Marshall Neilan, 1917)

La fille d’un dignitaire aux Indes est envoyée étudier en Angleterre mais son père meurt…

Quoique la technique soit remarquable pour un film de 1917 (sophistication du découpage et précision des effets), l’insertion de l’histoire d’Ali Baba dans le récit de Frances Marion laisse dubitatif tant elle prend de place. Désuet et ennuyeux.

Les moineaux (William Beaudine, 1926)


Au milieu de marécages, un homme méchant exploite des enfants.

Un conte d’horreur qui a vraisemblablement beaucoup inspiré La nuit du chasseur. La nature de studio représentée par les animaux, les fleuves et les arbres y est aussi présente que dans le chef d’oeuvre de Charles Laughton. La différence est qu’elle ne protège pas les enfants; elle est au contraire maléfique. Sparrows est un récit primitif à la beauté archaïque où l’aînée des enfants (jouée par la trentenaire Mary Pickford) trouve dans la Bible la force de surmonter le mal. Quoique parsemée de belles fulgurances (l’apparition de Jésus pour suggérer la mort d’un bébé), la première partie relève du banal mélodrame mais le long épisode de la fuite dans la forêt est un morceau d’anthologie qui, pour peu que l’on ait peur des crocodiles, reste aujourd’hui tout à fait impressionnant. Le suspense naïf y est magistralement orchestré. A voir.