Julieta (Pedro Almodovar, 2016)

La rencontre fortuite avec une amie d’enfance de sa fille qu’elle ne voit plus depuis douze ans replonge une femme dans un passé douloureux.

La construction en flashbacks pose problème et le début est un peu plan-plan mais à partir du décès, Julieta prend toute sa dimension. L’irréductible mystère de l’amour filial est la matière d’un récit prenant où les artifices de conteur sont au service de la vérité des personnages. Crise spirituelle des enfants et injustice fondamentale des liens du sang sont montrés avec une finesse (voir par exemple comment un éloignement entre la mère et la fille est déjà rendu perceptible dans la scène des retrouvailles endeuillées) et un sens de l’épure dont je ne me souvenais pas chez l’ancien pape de la Movida (mais je n’ai vu aucun film de lui depuis Parle avec elle). Un bémol: la bande originale, musiquette indigne d’une oeuvre aussi magistrale.

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Le bal (Wilhelm Thiele, 1931)

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Délaissée par sa mère, une jeune fille sabote le premier bal organisé par ses parents subitement enrichis.

L’incisif petit livre de Irène Némirovsky a été affadi par un traitement aussi mou que caricatural. Pour son premier film, Danielle Darrieux, en plein dans l’âge ingrat et horriblement coiffée, n’a pas encore la grâce qui sera la sienne trois plus tard.

 

Circuit Carole (Emmanuelle Cuau, 1995)

Sortant avec un motard, une jeune femme effraie sa mère.

L’anémie du récit nuit à la crédibilité du climax et fait apparaître ce dernier comme hystérique. Ce n’est pas franchement nul (la banlieue est bien filmée, Bulle Ogier est bien, Laurence Côte est jolie) mais c’est un film tellement étriqué que l’on se demande pourquoi on en a fait un long-métrage. Élément de réponse de la réalisatrice: beaucoup de scènes ont été coupées au montage, ramenant la durée de 2h30 à 1h09, et elle aurait voulu en couper encore plus.

La mère (Mikio Naruse, 1952)

Suite au décès de son père, une jeune fille voit sa mère surmonter tant bien que mal les difficultés économiques de la famille…

Mikio Naruse donne une résonance universelle à la chronique intimiste en inscrivant celle-ci dans un contexte socio-historique précis: le Japon du début des années 50 où les mères devaient se débrouiller sans homme, décimés par la guerre, pour assumer leur famille. L’incidence directe des contraintes économiques sur les sentiments familiaux rend le drame d’autant plus fort et d’autant plus déchirant. La pudeur du style de Naruse, qui va toujours de pair avec l’empathie et qui n’exclut pas le lyrisme -notamment dans l’utilisation de la voix-off-, hausse le ton jusqu’au sublime.

Stella Dallas (King Vidor, 1937)

En province, l’ambitieuse épouse d’un homme parti travailler à New-York subit, avec sa fille, l’ostracisme progressif de la communauté.

Dans le rôle-titre, Barbara Stanwyck surjoue quelque peu. Cette exagération ôte leur crédibilité à certaines scènes telle celle où la vulgarité de l’héroïne la rend ridicule aux yeux des WASP en goguette. D’une façon générale, une personnalité aussi riche et aussi complexe que celle de Stella Dallas nécessite une interprétation sobre et nuancée. Belle Bennett, dans la première adaptation réalisée par Henry King, était plus convaincante. Ici, c’est comme si une scène correspondait à l’illustration d’un trait de caractère. Du coup, la cohérence du personnage peine à être rendue sensible. Par ailleurs, l’ambition romanesque n’est pas pleinement réalisée à cause d’une construction assez théâtrale basée sur les dialogues en intérieur qui altère l’évocation de l’arrière-plan social. Enfin, la mise en scène s’avère moins inventive que dans la version muette mais il y a tout de même plusieurs séquences, telle celle du wagon-lit, dont le lyrisme reste fort émouvant. Bref, le Stella Dallas de Vidor est un remake qui fonctionne par a-coups -et c’est alors magnifique- mais qui dans l’absolu s’avère dispensable.

Le roman d’Elvis (John Carpenter, 1978)

En 1968 dans une chambre d’hôtel de Las Vegas, sur le point d’effectuer son come-back, le King se souvient…

Ce téléfilm remplit son cahiers des charges de « biographie de star » avec succès. Chaque étape de la légende avant 1968 est présente, le milieu social et géographique dans lequel est né Elvis est bien restitué, la bande originale est impeccable (une séparation avec Separate ways en fond sonore est évidemment émouvante) et, surtout, le mimétisme de Kurt Russell est épatant. Pour que fonctionne un passage obligé comme la scène dans le club allemand, où la prestation du King enflamme une foule qui ne s’attendait pas à le voir, il est absolument nécessaire que le comédien se montre à la hauteur de la star qu’il interprète. C’est bien le cas et la scène est donc ébouriffante. Enfin, il y a un plus qui singularise Elvis vu par John Carpenter. C’est l’accent mis sur la relation fusionnelle entre Elvis et sa mère qui donne au film une tonalité tour à tour tendre et inquiétante -l’aspect malsain de cette relation n’étant pas éludé.