Leone, mère et fils (Lucile Chaufour, 2014)

Le monstrueux amour que porte une tenancière de café à son fils.

Par ses choix de cinéaste que sont le noir&blanc, la sélection des plans et leur durée, Lucille Chaufour insuffle à une dimension mythologique et hors du temps à un matériau digne de l’émission Strip-tease. Troublant.

 

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L’amour maternel (Hiroshi Shimizu, 1950)

Dans le Japon d’après-guerre, pour pouvoir se marier, une femme tente de placer ses enfants chez des membres de sa famille.

Encore une réussite de Shimizu. Malgré un sujet potentiellement sordide, le cinéaste évite aussi bien le misérabilisme que l’excès pathétique. Ne chargeant jamais un personnage pour les besoins de la dramaturgie, structurant son récit autour d’une errance géographique plutôt qu’autour d’un scénario « bien charpenté », faisant preuve du même goût pour la digression thermale que dans ses chefs d’oeuvre d’avant-guerre et baladant sa caméra sur les paysages grandioses où évoluent ses protagonistes, il  traite son sujet par touches impressionnistes grâce à une frémissante sensibilité à la matière même des séquences. Le bonheur dégagé par celle où les enfants se mettent à chanter dans la campagne, l’exactitude émotionnelle du travelling du premier abandon, la délicatesse du geste effectué par le fils envers son frère lors du second, l’inattendu lyrisme funéraire précédant les retrouvailles avec la nourrice et la trivialité sublime du plan final révèlent le génie intact du metteur en scène.

Julieta (Pedro Almodovar, 2016)

La rencontre fortuite avec une amie d’enfance de sa fille qu’elle ne voit plus depuis douze ans replonge une femme dans un passé douloureux.

La construction en flashbacks pose problème et le début est un peu plan-plan mais à partir du décès, Julieta prend toute sa dimension. L’irréductible mystère de l’amour filial est la matière d’un récit prenant où les artifices de conteur sont au service de la vérité des personnages. Crise spirituelle des enfants et injustice fondamentale des liens du sang sont montrés avec une finesse (voir par exemple comment un éloignement entre la mère et la fille est déjà rendu perceptible dans la scène des retrouvailles endeuillées) et un sens de l’épure dont je ne me souvenais pas chez l’ancien pape de la Movida (mais je n’ai vu aucun film de lui depuis Parle avec elle). Un bémol: la bande originale, musiquette indigne d’une oeuvre aussi magistrale.

Le bal (Wilhelm Thiele, 1931)

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Délaissée par sa mère, une jeune fille sabote le premier bal organisé par ses parents subitement enrichis.

L’incisif petit livre de Irène Némirovsky a été affadi par un traitement aussi mou que caricatural. Pour son premier film, Danielle Darrieux, en plein dans l’âge ingrat et horriblement coiffée, n’a pas encore la grâce qui sera la sienne trois ans plus tard.

 

Circuit Carole (Emmanuelle Cuau, 1995)

Sortant avec un motard, une jeune femme effraie sa mère.

L’anémie du récit nuit à la crédibilité du climax et fait apparaître ce dernier comme hystérique. Ce n’est pas franchement nul (la banlieue est bien filmée, Bulle Ogier est bien, Laurence Côte est jolie) mais c’est un film tellement étriqué que l’on se demande pourquoi on en a fait un long-métrage. Élément de réponse de la réalisatrice: beaucoup de scènes ont été coupées au montage, ramenant la durée de 2h30 à 1h09, et elle aurait voulu en couper encore plus.

La mère (Mikio Naruse, 1952)

Suite au décès de son père, une jeune fille voit sa mère surmonter tant bien que mal les difficultés économiques de la famille…

Mikio Naruse donne une résonance universelle à la chronique intimiste en inscrivant celle-ci dans un contexte socio-historique précis: le Japon du début des années 50 où les mères devaient se débrouiller sans homme, décimés par la guerre, pour assumer leur famille. L’incidence directe des contraintes économiques sur les sentiments familiaux rend le drame d’autant plus fort et d’autant plus déchirant. La pudeur du style de Naruse, qui va toujours de pair avec l’empathie et qui n’exclut pas le lyrisme -notamment dans l’utilisation de la voix-off-, hausse le ton jusqu’au sublime.