Dance, girl, dance (Dorothy Arzner, 1940)

Une jeune danseuse essaye de vivre de son art sans pour autant se compromettre dans des spectacles de bas étage et tombe amoureuse d’un riche divorcé.

On y voit Maureen O’Hara toute jeunette avant qu’elle ne devienne l’égérie de John Ford mais c’est quand même pas terrible du tout parce que la faiblesse de l’intrigue n’a d’égale que celle des numéros musicaux, ce qui, pour un musical, est assez embêtant. Pour rendre regardables les séries B musicales de la RKO, il fallait au moins le génie d’un Fred Astaire. Et encore.

Sur le territoire des Comanches (George Sherman, 1950)

Jim Bowie fait en sorte que les colons frontaliers respectent le traité de paix avec les Comanches, dont le territoire contient des mines d’argent.

Il ne faut pas se fier aux apparences: même si les Indiens ont un beau rôle et que les méchants sont blancs, le fait est que ce film prône l’exploitation des ressources en territoire indien par les Blancs. Pourvu que cette exploitation se fasse dans les termes fixés par le gouvernement américain. Cette petite hypocrisie n’est pas très grave en soi mais révélatrice de l’audace des auteurs: très limitée. De Comanche Territory, il ne faut pas attendre plus que ce qu’avaient à offrir des oeuvrettes de série B comme chaque studio en réalisait des dizaines chaque année. Sa petite originalité est qu’il commence comme une screwball comedy avec Maureen O’Hara qui en fait des tonnes en irascible pionnière. Il s’achève cependant de la façon la plus conventionnelle qui soit. Le rythme soutenu de la narration et la vision, toujours plaisante, de Monument Valley en Technicolor empêchent le spectateur de s’endormir devant ce western routinier au possible.

La montagne des neuf Spencer (Spencer’s Mountain, Delmer Daves, 1963)

Chronique familiale dans la campagne américaine.

Difficile de ne pas penser à John Ford devant cette superbe pastorale américaine confrontant traditions et idéaux aux contingences d’une réalité qui change. La présence d’Henry Fonda ainsi que de deux des acteurs de Qu’elle était verte ma vallée, Donald Crisp et Maureen O’Hara, appuie évidemment la réminiscence fordienne. Le film se différencie cependant de son illustre prédecesseur en cela que l’auteur se focalise sur le fils du clan. Poursuivant la voie qu’il a explorée avec les quatre mélodrames réalisés juste avant ce film, Delmer Daves traite avec son élégance et sa finesse habituelles des préoccupations de la jeunesse. La façon simple et directe avec laquelle le cinéaste évoque le désir sexuel qui taraude ses jeunes tourtereaux singularise des protagonistes et situations archétypaux.

Cette profonde empathie pour les personnages, on la retrouve à tous les niveaux du film. C’est ce qui permet à Spencer’s mountain de se coltiner les bons sentiments inhérents à ce genre de chronique. Une foi inébranlable dans ce qu’il raconte, un équilibre émotionnel maintenu et une bonne dose d’humour permettent au metteur en scène d’éviter les pièges de la mièvrerie, de la niaiserie et de la démagogie réactionnaire tout en célébrant chaleureusement les valeurs traditionnelles. Ainsi, le plus franc des idéalismes n’empêche ni la lucidité ni le réalisme. Au contraire, Daves montre les choix à faire et les sacrifices éventuels. Lorsque le père met littéralement son rêve en fumée, c’est bien une cruelle acception de la réalité qui nous est montrée. Edifiant sans être lénifiant, Spencer’s mountain est un film à l’image des paysages du Wyoming dans lesquels il se déroule: grand et beau.

Le pavillon noir (The spanish main, Frank Borzage, 1946)


Un film de pirates conventionnel dans lequel on retrouve la patte de Borzage. En effet, au-delà des péripéties habituelles au genre, Le pavillon noir est un vrai film d’amour entre le pirate et sa captive. Les séquences les plus intéressantes du film sont celles qui mettent à jour les divers simulacres des tourtereaux. Malheureusement, la partie « aventures » n’est pas très bien menée, les ficelles du scénario sont très grossières. Le pavillon noir est plusieurs coudées en dessous de La flibustière des Antilles qui lui est la fusion parfaite entre entre le film de pirates et une sensibilité secrètement mélodramatique.