Le monte-charge (Marcel Bluwal, 1961)

Le soir de Noël à Courbevoie, un homme rencontre une mère seule avec sa fille dans un restaurant et la raccompagne chez elle mais voit son entreprise de séduction contrariée par le cadavre du mari suicidé dans le salon.

Il est étonnant d’apprendre que le film est adapté d’un roman de Frédéric Dard tant les dialogues sont sobres et tant le noeud de l’intrigue, s’appuyant sur la mémoire visuelle et la sensation spatiale du spectateur, semble purement cinématographique. Le monte-charge est un exercice de style peut-être limité en terme de signification mais véritablement brillant et prenant. A une époque où émergeaient une bande de réalisateurs qui clamaient bruyamment leur admiration d’Alfred Hitchcock, le modeste Marcel Bluwal s’avère sans doute le plus convaincant de ses héritiers français avec sa maîtrise de la mise en scène acquise à la dure école de la RTF. La sécheresse coupante de son découpage, intelligemment inventif, n’a d’égale que la présence inquiétante qu’il sait insuffler à ses décors: l’imprimerie de Courbevoie, le pont d’Asnière, les cafés de la banlieue, le monte-charge éponyme. La truculente présence de Maurice Biraud équilibre la gravité un brin pesante du couple Robert Hossein/Léa Massari.

Un taxi pour Tobrouk (Denys de La Patellière, 1960)

En 1942 dans le Sahara, quatre soldats français essaient de regagner leur base après avoir capturé un capitaine allemand.

Certains dialogues (de Michel Audiard) sont savoureux mais, excessivement littéraires et théoriques, ils ôtent une bonne part de réalisme à cette démonstration de « l’absurdité de la guerre ». Soumis à une telle écriture théâtrale, le déroulement des péripéties dans le désert n’a pas le naturel des grands films de guerre américains et a quelque chose de scolaire, d’appliqué, voire de prévisible. Les acteurs sont sympathiques mais ils campent des stéréotypes plus qu’ils n’incarnent des humains de chair et de sang. Par ailleurs, la musique redonde souvent.

Les ficelles dramatiques ont beau apparaître parfois, Un taxi pour Tobrouk se regarde cependant avec intérêt.  La mise en scène de Denys de La Patellière, précise et pudique, insuffle une certaine dignité aux personnages. Le réalisateur montre sans appuyer, ne s’appesantit pas et sait se passer de son encombrant dialoguiste. Il y a même quelques beaux éclats, tel le travelling qui recadre les croix au moment du départ. La fin doit sa force inaltérée à sa rapidité (je ne parle pas de la dernière séquence, rajoutée suite aux projections-tests, mais de l’avant-dernière). En somme, il s’agit d’un film honnête, dans tous les sens du terme.