Parias de la gloire (Henri Decoin, 1964)

En 1947 en Indochine, des soldats français recueillent un pilote allemand qui s’est écrasé près de leur bunker.

Malgré une post-synchronisation calamiteuse et même si le fossé avec les chefs d’oeuvre américains du genre est patent (la même année sortait Les maraudeurs attaquent), on tente de croire pendant une bonne moitié du métrage que, avec sa dignité et sa sobriété, le respectable Decoin a réalisé un des seuls bons film de guerre français. Malheureusement, l’intrigue impossible avec l’ancien FFL qui refuse de sympathiser avec le vétéran de la Wehrmacht fait définitivement basculer l’oeuvre dans le mauvais théâtre.

Châteaux en Espagne (René Wheeler, 1954)

La secrétaire d’un homme mort dans l’avion pour Madrid s’entiche du frère de ce dernier, torero de son état.

René Wheeler tente un truc en mélangeant romanesque et documentaire mais ça ne fonctionne pas du tout car la mise en scène sans éclat ne restitue aucunement la fougue latente du sujet. Même Danielle Darrieux a l’air de s’ennuyer.

Section des disparus (Pierre Chenal, 1956)

Pour rejoindre sa maîtresse, un homme marié à une harpie fait croire à sa mort dans un accident…

Dernier film argentin de Pierre Chenal, d’après David Goodis. Le manque de lyrisme dans la mise en scène confère à cette intrigue rocambolesque la vanité des exercices de style à la Hitchcock. Les quelques pistes humainement intéressantes du récit, tel cette peur de la concurrence des femmes plus jeunes qui hante l’épouse, ne sont guère mises en avant par rapport au reste. Tout au plus donnent-elles lieu à des séquences un peu plus intenses que les autres. Reste des images joliment contrastées qui auraient pu faire tendre Section des disparus vers le baroque, le charme simple de Nicole Maurey et un Maurice Ronet au jeu étonnamment passionné.

La dénonciation (Jacques Doniol-Valcroze, 1961)

Un ancien résistant assommé lors d’une scène de meurtre hésite sur l’attitude à avoir face au commissaire de police tandis que sa mémoire lui revient.

Troisième long métrage du fondateur des Cahiers du cinéma, La dénonciation est un film plus sérieux et –formellement parlant- moins désinvolte que ceux que ses petits camarades de la Nouvelle Vague réalisaient alors. Il s’agit de retranscrire le dilemme d’un homme au passé tourmenté. Et de montrer finalement l’absurdité de ce dilemme. Chose cinématographiquement pas évidente qui, en terme de narration, passe ici par des flashbacks, une voix-off explicative et une intrigue assez emberlificotée. On saura gré au cinéaste d’avoir intelligemment précisé et dramatisé les enjeux d’un sujet aussi lourd (pour ne pas dire pesant) en s’appuyant notamment sur une extraordinaire maîtrise du Cinémascope et une distribution adéquate dont on retiendra un excellent Maurice Ronet et un pittoresque Sacha Pittoef.

Rendez-vous de juillet (Jacques Becker, 1949)

Dans le Paris de la fin des années 40, les amours et les aspirations d’une bande de jeunes artistes et étudiants.

Après s’être intéressé à la paysannerie (Goupi Mains-rouges) et au monde de la mode (Falbalas), Jacques Becker peint un nouveau milieu: celui de la jeunesse germanopratine d’après-guerre. A force d’attention à son sujet et de maîtrise du cinéma, il excelle. Encore une fois.

Rendez-vous de juillet est d’abord la captation d’une réalité de son temps: celles des caves de Saint-Germain-des-Prés. Le cinéaste a tourné dans une authentique boîte de jazz (le Lorientais où il filme Claude Luter). L’ancrage social est très précis: les personnages suivent des cours au Musée de l’homme, sont diplômés de l’IDHEC, répètent une pièce de Sacha Guitry. Plusieurs des anecdotes racontées dans le film, tel l’expédition des jeunes cinéastes en Afrique, sont véridiques. Enfin nul besoin d’extrapoler pour imaginer que la brochette de jeunes acteurs révélés par le film (Daniel Gélin, Nicole Courcel, Maurice Ronet, Pierre Mondy…) vivait au moment du tournage des aventures analogues à celles des personnages de comédiens représentés dans le film.

Cependant, Rendez-vous de juillet n’a rien de documentaire. Sa construction dramatique et son découpage sont bien trop savants pour ça. Le film commence avec une exposition qui situe socialement et sentimentalement chacun des nombreux protagonistes sans que la continuité de l’ensemble ne soit jamais altérée. C’est une magistrale leçon de narration et de mise en scène. Les auteurs exploitent avec un maximum d’efficacité les éléments à leur disposition, notamment le téléphone. C’est qu’au cours de la chronique entomologiste, l’intrigue va se dessiner, les enjeux dramatiques vont apparaître finement. Au fur et à mesure que le film avance, le panorama se rétrécit et Becker se focalise sur deux couples. Ses observations  sur les premières amours sont alors d’une rare justesse et d’une audace exceptionnelle compte tenu de l’époque (je ne connais pas d’autre film des années 40 où des jeunes parlent ouvertement de sexe).

Au final, le cinéaste aura réussi à cristalliser cet éphémère moment d’une vie où, parce que les choix n’ont pas encore été arrêtés, tout est possible: la jeunesse.