Pasteur (Sacha Guitry, 1935)

Evocation de la vie de Pasteur.

Pour son premier film de fiction, Sacha Guitry a porté à l’écran sa pièce sur Pasteur. C’est une hagiographie, le portrait d’un génie en butte à la médiocrité de ses contemporains dans lequel Guitry se projette certainement. Son interprétation formidable de vitalité et de très belles scènes de tendresse avec le petit Joseph Meister contrebalancent l’aspect ouvertement édifiant de l’oeuvre.

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Opération clandestine (The Carey treatment, Blake Edwards, 1972)

Un chirurgien récemment embauché dans un hôpital de Boston enquête sur le meurtre d’une jeune fille dont on accuse son collègue et ami.

Un film conventionnel et invraisemblable agréable à regarder si on est amateur du genre policier avec un héros qui enquête et qui met à jour des gros scandales dans une ville pourrie. L’air du temps, libertaire et progressiste, est bien saisi. L’écrasant charisme de James Coburn rehausse véritablement l’intérêt du film mais on ne voit pas assez la sublime et trop rare Jennifer O’Neill. Leur scènes ensemble sont les meilleures, elles donnent une épaisseur sentimentale aux clichés du film d’action. Il y a aussi quelques bonnes idées de mise en scène (l’affrontement elliptique entre le tueur et l’infirmière droguée). Bref, The Carey treatment est mineur mais vraiment plaisant.

Arrowsmith (John Ford, 1931)

L’histoire d’un jeune médecin idéaliste, partagé entre ses ambitions dans la  recherche et les soins à la population.

Production Goldwyn statique, bavarde et un peu édifiante (mais pas trop,     l’oeuvre recèle son lot de dilemmes). Ford insuffle un peu de sa fantaisie lors  des séquences dans la campagne américaine mais sur la longueur, le film  s’avère assez ennuyeux.

Le Christ s’est arrêté à Eboli (Francesco Rosi, 1979)

Dans les années 30, un médecin anti-fasciste est envoyé en exil dans un village perdu de Lucanie. Il devra faire face à une épidémie de malaria…

Adapté du récit autobiographique de Carlo Levi, Le Christ s’est arrêté à Eboli souffre d’un excès de solennité. Rosi n’a pas peur de la pompe et son film est particulièrement pesant. Certes il y a de belles images, certes il y a quelques belles séquences mettant en scène les paysans, séquences à la simplicité savamment étudiée (façon Olmi) mais la complaisance dans la lenteur rend le film définitivement insupportable (façon Olmi). Lourd. La vision moyenâgeuse de la province m’a semblé douteuse mais Carlo Levi connaissait mieux l’Italie du Sud des années 30 que moi donc je ne me permettrai pas de trancher quant à la pertinence d’icecelle.

L’odyssée du Dr Wassell (Cecil B. DeMille, 1944)

L’exploit du docteur Wassell qui, abandonné par ses supérieurs, évacua une dizaines de blessés impotents de l’île de Java au moment où celle-ci allait être envahie par les Japonais.

Plus qu’une exaltation de l’héroïsme, ce film de propagande tourné peu de temps après les faits est une profession de foi en Dieu et en la nation américaine, la seconde étant évidemment choisie par le premier. En effet, c’est plus par sa volonté de croire que par ses actes que Wassell sauve ses blessés. Au moment le plus critique, on le voit, désabusé, s’adresser à une statue de Bouddha. L’instant d’après, un régiment britannique arrive et Wassell remercie Bouddha d’un très vulgaire   » Compliments of the United States navy ». DeMille ne prêche donc pas ouvertement pour sa paroisse mais il montre la nécessité de la croyance au sein du pire des chaos. Puis il désacralise le moment au profit du clin d’oeil au public.

Emblématique de son auteur dans son alliage inextricable de sincérité prosélyte et de roublardise spectaculaire, la mise en scène limite la portée de l’oeuvre. En effet, si le style naïf de DeMille est en parfaite adéquation avec la représentation des temps mythiques -ceux de la Bible ou de la naissance des Etats-Unis-, il convient moins à l’actualité guerrière, fût-t-elle revêtue d’un vernis propagandiste. Comparons ce film aux Sacrifiés, chef d’oeuvre contemporain de John Ford traitant lui aussi des laissés-pour-compte de la US navy en situation de retraite. La guerre filmée par Ford (ou Walsh ou Hawks) permet d’exprimer les passions qui ressortent lorsque l’homme est plongé dans une situation extraordinaire,  elle fait réfléchir sur la nécessité des ordres, elle fait ressentir de façon viscérale la dureté des combats. Filmée par DeMille, elle est surtout prétexte à une débauche de moyens spectaculaires avec des personnages stéréotypés et complètement déterminés par l’imagerie propagandiste. Loin de moi l’idée de bouder mon plaisir devant un spectacle aussi généreux (ça pète de partout !) et surtout une histoire aussi bien racontée  -DeMille est peut-être le plus grand conteur du cinéma américain, il faut voir ici la virtuosité avec laquelle il jongle avec une multitude de personnages secondaires pourtant grossièrement dessinés- mais force est de constater que L’odyssée du Docteur Wassell est un film profondément enfantin, l’archaïsme de sa mise en scène ne laissant pas de place à la nuance et à la complexité.

Heureusement, Gary Cooper insuffle un peu de chair et d’émotion à cette superproduction. Gary Cooper, immense acteur qui trouve peut-être avec ce personnage exemplaire mais secrètement mélancolique son plus beau rôle. Ce qui n’est tout de même pas pas rien.

La citadelle (King Vidor, 1938)


L’histoire d’une jeune médecin idéaliste qui succombe à l’appât du gain lorsqu’il s’installe à Londres.
Le film a été tourné en Angleterre avec des acteurs du cru (Donat, Harrison…). Est-ce pour cela qu’il est visuellement sans grand intérêt, est-ce pour ça que sa narration, par ailleurs schématique et prévisible, avance bien plus par le blabla que par l’action ?  
Restent quelques belles séquences comme celle du sauvetage au début suivie d’un magistral plan-séquence. Le film ne fait donc pas partie des oeuvres majeures de son auteur mais il est éminemment personnel: La citadelle finit par raconter la lutte d’un individu face à l’establishment (médical ici), lutte concrétisée dans un discours final beau et édifiant comme on en voyait souvent dans le cinéma américain d’alors (fin des années 30).