C’est la faute à Rio (Blame it on Rio, Stanley Donen, 1984)

En vacances à Rio, un quadragénaire est séduit par la fille de son meilleur ami.

Le dernier film en date du grand Stanley Donen est un remake de Un moment d’égarement. Le naturalisme parfois sordide de Claude Berri cède ici la place à un ton plus franchement comique et à une mise en scène plus colorée. Le récit n’en reste pas moins insignifiant et peu crédible, d’autant moins crédible que l’ajout le plus significatif des scénaristes américains consiste en des péripéties artificielles et larmoyantes pour résoudre le dilemme dans l’unanimisme. Médiocre.

Banco à Las Vegas (Silver Bears, Ivan Passer, 1978)

Pour le compte d’un mafieux de Las Vegas, un truand achète une banque suisse. Il se rend compte qu’il s’est fait arnaquer par son contact…

Sympathique comédie policière qui, comme les autres films de Ivan Passer, se distingue par la douceur de son ton plus que par la folie comique de sa mise en scène. Voir par exemple la très belle scène où le caïd cède la banque à son homme de main. Rien que pour cette idée, Silver bears, oeuvre à la limite de l’insignifiance mais qui n’y sombre pas tout à fait, mérite d’être regardée.

Une Anglaise romantique (Joseph Losey, 1975)

L’épouse d’un riche écrivain anglais rencontre un jeune homme louche lors d’un séjour thermal à Baden-Baden. Ce qui alimente l’imagination de son mari possessif et un brin pervers qui, dans un élan de politesse masochiste toute britannique, va accueillir le godelureau dans sa demeure.

Ce sera le début d’un huis-clos mêlant rapports de classe et désir sexuel comme aimait à les concocter Joseph Losey (La bête s’éveilleThe servant). Le style abrupt, elliptique et élégant du réalisateur cristallise le drame avec une belle subtilité. La scène des cris du bébés est à cet égard magistrale. L’auteur s’intéresse ici particulièrement à la libération de la femme et aux illusions qu’elle charrie.  Les discussions parfois intellectuelles ne sont pas gênantes car elles correspondant à la nature des personnage qui sont ou qui se font passer pour des intellectuels. Michael Caine excelle dans le rôle de l’écrivain pétri de bon sens bourgeois que l’amour rend irrationnel et Helmut Berger est une parfaite tête à claques.

La dernière partie se déroulant sur la côte d’Azur est plus convenue et moins convaincante que le reste se passant au château mais l’oubli dans lequel est tombé ce bon film de Joseph Losey, tourné avec une pléthore de comédiens célèbres à l’époque où le cinéaste était au sommet de sa gloire internationale, est tout bonnement incompréhensible.

Trop tard pour les héros (Robert Aldrich, 1970)

A quelques jours d’une permission, un lieutenant-interprète américain qui se la coule douce sur une île du Pacifique est rattaché à un commando britannique chargé de détruire un poste de transmission derrière les lignes japonaises.

Trop tard pour les héros est un bon film de guerre comme savait les concocter Robert Aldrich. On retrouve avec un certain plaisir le style truculent et la vision nihiliste de l’auteur des Douze salopards. L’introduction qui voit le général joué par Henry Fonda appeler son lieutenant qui passe son temps à bronzer sur la plage a le triple mérite de sortir des sentiers battus, d’être crédible et d’être drôle.
On pourrait se demander ce qu’apporte cet énième film de commando à une filmographie déjà riche en classiques du film de guerre (Attaque!, ce chef d’oeuvre) mais se pose t-on ce genre de question chaque fois que l’on découvre un western de John Ford? Le travail au sein d’un genre permet à un auteur toutes sortes de variations thématiques.

En s’intéressant ici à un commando composé d’un Américain et de Britanniques, Aldrich aborde d’abord le choc des cultures même si force est de constater que son traitement reste assez superficiel sur ce point. Il y a aussi une séquence remarquable au milieu du film qui montre comment l’action fait varier les lignes morales d’une seconde à l’autre. Ecrit noir sur blanc, cela paraît abstrait mais à l’écran, c’est plus éclatant que cela ne l’a jamais été dans aucun autre film de guerre. Enfin, le jusqu’au boutisme du cinéaste dans sa vision désespérée (jusqu’au boutisme qui n’a rien à voir avec de la complaisance car intelligemment justifié par le scénario) donne lieu au cours de la seconde partie à une terrible gradation dans laquelle s’épanouit le talent de dramaturge d’Aldrich.

La vallée perdue (James Clavell, 1971)

Durant la guerre de trente ans, une bande de mercenaires s’installe dans une vallée du Tyrol isolée et épargnée par les fléaux qui affectent le reste du pays.

La vallée perdue est une des rares réalisations de James Clavell, plus connu en tant que romancier-scénariste. C’est un joyau du cinéma d’aventures. C’est d’abord un véritable film épique doté d’une forme néoclassique qui jamais ne sent le formol. Le directeur de la photographie John Wilcox a magnifiquement capté les diverses nuances de la lumière du Tyrol tandis que le 70 mm donne une ampleur grandiose aux paysages naturels. La musique, réussie, est signée John Barry. A partie de là, on aurait pu craindre une fresque pompière et académique, un film joli et ennuyeux. Grâce à l’épaisseur romanesque et à la profondeur des personnages, ce n’est pas le cas.

S’il y avait un film auquel comparer La vallée perdue, ce serait L’homme qui voulut être roi. Ce n’est pas uniquement la présence de Michael Caine qui apparie ces deux films mais aussi l’exotisme du cadre, la toute puissance donnée au récit ainsi que la morale cynique. En effet, la forme sereine, équilibrée, classique en un mot, va de pair avec une vision du monde particulièrement désabusée. C’est que l’époque troublée des guerres de religion ne permet d’exalter ni la guerre ni la religion…In fine, c’est le regard de celle que l’on croit être la femme aimée (superbe Florinda Bolkan) qui permet d’accepter la mort.

Que vienne la nuit (Hurry sundown, Otto Preminger, 1967)

Après la seconde guerre mondiale, un fils d’une bonne famille géorgienne entreprend de s’accaparer toutes les terres de la région…

C’est le point de départ d’un récit plein de ramifications qui finit par se focaliser sur le sursaut moral d’un homme dans un monde pourri, le monde pourri étant en l’occurence le sud gangréné par le racisme. Il y a bien quelques aspects schématiques -certains personnages secondaires comme le shérif qui appuient un peu trop l’idée que le sudiste blanc ordinaire est fondamentalement raciste, la fin à la limite de la niaiserie venant d’un homme aussi intelligent qu’Otto Preminger- mais on est quand même loin de la nullité intellectuelle de Dans la chaleur de la nuit qui sort à la même époque. La profusion romanesque, l’importance de la caractérisation psychologique des nombreux personnages empêche le film d’être réduit à un bête pamphlet anti-raciste. Preminger est plus un peintre de caractères qu’un sociologue. Les acteurs, à commencer par Michael Caine dans le rôle principal, sont de plus très bons. Enfin, d’un point de vue strictement plastique, le film est un aboutissement du style du metteur en scène:  fluidité du découpage, composition classique des cadres montrant une tranquille maîtrise du CinémaScope.

Bref, Hurry sundown est un bon film qui, s’il n’atteint pas les sommets tutoyés précédemment par Otto Preminger, apparaît aujourd’hui injustement oublié.