Clara de Montargis (Henri Decoin, 1951)

Dans le Gâtinais, un jeune campeur part à la recherche d’une belle et mystérieuse femme qui l’a pris en autostop.

Comme tout commence par un rêve et que le personnage principal est un puceau, on aurait pu craindre niaiserie et rêverie de pacotille. Or il n’en est rien, ou presque. En effet, à l’exception d’une scène de rêve et d’une fin maladroite car voulant jouer sur les deux tableaux du réalisme et de l’onirisme, Henri Decoin reste terre-à-terre. Il montre un jeune homme rencontrant différents habitants de Montargis et des villes alentours. L’éventuel lyrisme induit par le romantisme de sa quête est sans cesse altéré par des détails prosaïques, tels les bruits de voiture dans la scène avec la comédienne au bord de la Loire.

Si poésie il y a, il ne s’agit pas d’une poésie à la Borzage mais d’une poésie à la Simenon, révélant l’envers de la tranquillité provinciale avec subtilité, sans pittoresque ni satire. Au long de ses pérégrinations dans le Gâtinais, le jeune homme va rencontrer une série de personnages gentiment vicieux: un alcoolique, un collectionneur de photos de femmes nues, un garagiste adepte de « parties fines », une cafetière amatrice de jeunes soldats…Chacun trompe l’ennui à sa façon. Cette révélation des dessous de la province voit son expression la plus littérale dans une surimpression, rare entorse de la mise en scène au réalisme des apparence, audacieuse à deux titres: elle montre la nudité d’une femme et cette femme est moche.

Bref, la juste distance de l’auteur par rapport à son personnage et les racines réalistes des facteurs de poésie (la nuit, la troupe de comédiens…) permettent au romantisme et à la critique flaubertienne de s’équilibrer finement. Clara de Montargis est un des bons films de Decoin, en plus d’être un des plus originaux du cinéma français des années 50.

La maison Bonnadieu (Carlo Rim, 1951)

Croyant avoir affaire à un cambrioleur, le patron d’une maison de couture se retrouve nez à nez avec le jeune amant de son épouse…

Une vraie bonne comédie, pétillante et malicieuse. Des dialogues savoureux, de l’invention dans les situations comiques, la haute tenue du découpage (certains plans subjectifs frisent même la coquetterie) et, surtout, un personnage de cocu magnifiquement interprété par Bernard Blier dont l’amour vrai et profond insuffle une cruauté inattendue au vaudeville, font probablement de La maison Bonnadieu le meilleur film de Carlo Rim.