L’ange de la nuit (André Berthomieu, 1942)

Un étudiant en sculpture revient aveugle de la guerre…

La description du milieu estudiantin au début du film préfigure presque Rendez-vous de juillet (le « presque » est important) et le mélo donne lieu à une scène assez émouvante (mais inratable) mais l’ensemble est trop mou, faux, étriqué et mièvre pour susciter l’adhésion. L’ange de la nuit est un des très rares films de l’Occupation à évoquer la guerre de 1940 mais les contraintes de la censure (le mot « Allemand » n’est pas prononcé une seule fois) font d’autant plus ressortir sa pusillanimité.

L’aventure est au coin de la rue (Jacques Daniel-Norman, 1944)

Un célibataire qui s’ennuie se retrouve embarqué dans une étrange aventure après qu’un pickpocket a tenté de lui voler son portefeuille.

Cette brillante comédie policière s’essouffle dans sa seconde partie car il est difficile de prendre au sérieux une intrigue policière après la présentation ironique de son simulacre. L’aventure est au coin de la rue préfigure en effet The game de David Fincher. Comme dans le film suivant de Jacques Daniel-Norman, 120 rue de la gare (probablement son chef d’oeuvre), le mélange (plus que l’alternance) des tons occasionne des effets étonnants et la fantaisie est remarquablement emballée: découpage digne d’une comédie américaine de par sa vivacité, rapidité vacharde des dialogues, élégant détachement de Raymond Rouleau et jolie photo de Claude Renoir.

Agence matrimoniale (Jean-Paul Le Chanois, 1952)

Un vieux garçon hérite d’une agence matrimoniale.

Du sous-Becker. Il y a une ambition documentaire mais elle est matérialisée par l’énonciation de banalités vaguement sociologique plus que par des détails concrets. A l’exception notable des passages en voix-off, la mise en scène est d’une décevante platitude. La construction narrative souffre d’un manque de rigueur qui engendre de la redondance d’informations donc de l’ennui (ex: le héros qui met un quart d’heure à piger ce que le spectateur sait déjà). Le ton aurait sans doute gagné à être plus comique car les notations pathétiques ressortent du larmoiement paternaliste typique de la qualité française (alors qu’en dehors de ça, Agence matrimoniale ne saurait être affilié à la sinistre tendance circonscrite par Truffaut). Quant à la niaiserie sentimentale de l’intrigue principale, elle est hors de propos. Bref, j’aurais aimé aimer mais ce n’est franchement pas terrible.

Le comte de Monte-Cristo (Robert Vernay, 1943)

Un homme que des rivaux ont fait emprisonner au château d’If revient 20 ans après se venger…

On retrouve dans Le comte de Monte-Cristo l’invraisemblance mais aussi le plaisir enfantin que peuvent procurer les récits de super-héros. Le 11 septembre 2001 pas encore survenu en février 1943 et un Lucien Rebatet n’ayant pas tout à fait les mêmes préoccupations qu’un Jean-Marc Lalanne, le film de Robert Vernay n’a pas bénéficié des pénétrantes analyses socio-historico-culturelles de la critique parisienne à sa sortie. Le style de mise en scène est à la frontière du classicisme et de l’académisme. C’est, disons, un classicisme peu inspiré, voire routinier, mais suffisamment solide pour que le film tienne à peu près la route en dépit des facilités du scénario qui sont franchement fâcheuses dans la seconde partie. Ainsi, il n’y a qu’à comparer la photographie de cette adaptation du roman de Dumas à celle de la version réalisée par le même Vernay dix ans plus tard pour mesurer la différence de qualité moyenne entre les productions françaises de 1943 et celles de 1954.