Les voleurs de la nuit (Samuel Fuller, 1984)

A Paris, un couple de chômeurs braque les employés de l’ANPE qui les humilient.

Les amusantes grimaces de Claude Chabrol et le thème de Ennio Morricone, qu’il réutilisera de façon magnifique pour La légende du pianiste sur l’océan, sont tout ce qu’il y a à retenir de ce très mauvais film que son absence totale de précision, que ce soit dans le scénario ou la mise en scène, fait régulièrement flirter avec le nanar. Parmi mille autres détails, la façon dont Fuller imagine le train de vie des employés de l’ANPE est particulièrement embarrassante.

Le clair de terre (Guy Gilles, 1970)

Un jeune pied-noir parisien voyage en Tunisie, sur la terre quittée par ses parents…

Dans la première partie, le jeu sur la voix-off, la musique et le montage des prises de vue parisiennes entretient une doucereuse nostalgie liée aux sentiments du giton héros du film. Il y a aussi Annie Girardot qui parvient à insuffler une réelle densité émotionnelle aux quelques scènes où elle apparaît. Cependant, l’affectation du ton (à part dans la scène avec Marthe Villalonga) et l’inconsistance du récit finissent par lasser; l’événement dramatique de la fin apparaissant comme une facilité de dernière minute pour relancer ce dernier.

L’amant de cinq jours (Philippe de Broca, 1961)

Un jeune homme entretenu par une couturière tombe amoureux d’une jeune amie de celle-ci, mariée à un archiviste…

Adaptation d’un livre de Françoise Parturier, L’amant de cinq jours est, de loin, le meilleur des quatre premiers films de Philippe de Broca avec Jean-Pierre Cassel car c’est celui où la fantaisie est la moins forcée. Les personnages ne sont pas des pantins mais leur évolution sentimentale est appréhendée par un réalisateur attentif et déjà maître de sa technique quoique pas encore trentenaire.

Agencés dans un équilibre merveilleux de justesse, les dialogues ciselés de Daniel Boulanger, la musique lyrique de Georges Delerue et le noir&blanc de Jean Panzer, qui sied aussi bien aussi au Paris nocturne qu’aux jardins du château de Chantilly sous les feuilles d’automne, poétisent la comédie.

Contrairement à ce qui se passe dans les mauvais films de l’auteur, les artifices de mise en scène ne vont pas ici à l’encontre de la vérité des personnages mais expriment la singularité de leur être. Des moments suspendus comme la valse entre les « officiels » ou le retour à la maison du mari trompé révèlent de la part du cinéaste une générosité et un tact qui transcendent le canonique canevas sur lequel il s’est appliqué.

On notera particulièrement l’émouvante noblesse du cocu admirablement interprété par François Périer. Micheline Presle et, surtout, Jean Seberg sont filmées comme de Broca a toujours filmé ses actrices: avec autant d’amour que de goût. Jean-Pierre Cassel s’en sort très bien pour simuler une fragilité qui complexifie heureusement son personnage récurrent, celui du héros jouisseur et indolent. La fin, dans sa suprême élégance, évoque furtivement Madame de… et Diamants sur canapé (sorti un an plus tard).

La comédie du bonheur (Marcel L’Herbier, 1940)

Un riche héritier évadé de l’asile où l’avait mis sa famille en raison de ses pulsions philanthropiques paye des comédiens pour faire croire à des jeunes gens malheureux qu’ils sont aimés.

La luxuriance des décors, signe distinctif de Marcel L’Herbier, n’a d’égale que l’ennuyeux statisme du déroulement d’une intrigue d’ailleurs pleine de poncifs. La comédie du bonheur, comédie pas drôle et vaguement pirandellienne, dispense cependant un plaisir rare: celui de revoir, dans un second rôle, Jacqueline Delubac.

Alouette je te plumerai (Pierre Zucca, 1987)

Poussée par son fiancé, une employée de maison de retraite accueille sous leur propre toit un des pensionnaires qui aurait un magot. Mais ce dernier est mythomane…

Sorte de série B d’auteur français. Le récit est confectionné avec une méticulosité rare. L’enchâssement des différentes destinées jusqu’à l’amère ironie du dénouement relève d’un art aussi grand que modeste. Chaque personnage avait sa part de noirceur mais chacun est victime d’injustice. Retors, Pierre Zucca a noué son intrigue autour d’une importante question de société -la prise en charge des personnes âgées- pour mieux s’en abstraire au fur et à mesure qu’il révèle les secrets de personnages pleins d’obsessions bizarres et de passions malsaines. Le pessimisme social de la fin est d’autant plus glaçant que sa portée est générale.

Le talent de Zucca consiste également à faire passer une vision du monde aussi sinistre à travers un film à la tonalité plutôt légère. Bien sûr, une telle histoire est propice à l’humour noir comme le montre la délectable composition de Fabrice Luchini en arriviste hâbleur tout droit sorti d’une comédie italienne des années 60. Mais une secrète compassion court aussi en filigrane de l’oeuvre, compassion qui empêche la complaisance ou le surplomb face à la bassesse humaine. C’est la tendresse pour un vieil homme qui demande à une jeune femme voulant lui rendre une faveur, la rare et charmante Valérie Allain, de se déshabiller pour lui. Ou alors la tristesse face à un ermite qui refuse d’ouvrir sa porte à une femme devenue par la force des circonstances l’exécutrice testamentaire de son seul ami…

Hitler à Hollywood (Frédéric Sojcher, 2010)

Maria de Medeiros part sur la piste d’un réalisateur oublié d’un film jamais sorti avec Micheline Presle et met à jour un complot d’Hollywood visant à anéantir le cinéma européen.

Pas assez documenté et trop mal argumenté pour avoir une quelconque portée politique, trop sérieux pour amuser une seule seconde, Hitler à Hollywod s’avère une vaine pochade qui, une fois le flou documentaire/fiction dissipé, s’articule principalement autour du cabotinage de Maria de Medeiros et de la désolante jactance de cinéastes européens divers et variés (mais tous installés voire institutionnalisés: Kusturica, Angelopoulos, Edouard Baer…) tellement sûrs de leur supériorité morale et esthétique et de la légitimité de leur combat d’arrière-garde contre l’ « impérialisme hollywoodien » et le « formatage de la télé ». On se croirait revenu au temps de la quâââlité frââânçaise. Sur le sujet, mieux vaut lire Hollywood contre Billancourt de l’excellent Philippe d’Hugues.

Beaux temps mais orageux en fin de journée (Gérard Frot-Coutaz, 1986)

A Belleville, un couple de jeunes retraités reçoit leur fils avec sa nouvelle copine.

Cette petite merveille signée par le regretté Gérard Frot-Coutaz est la preuve qu’un cinéaste peut traiter d’angoisses métaphysiques graves sans être aussi plombant qu’Ingmar Bergman. Gorgé de savoureux effets comiques, ce film, qui respecte pour ainsi dire les unités de temps (une journée) et de lieu (l’appartement des deux retraités), est d’abord un joyau d’écriture. Entre l’épluchage des patates et la cocasse cuisson du poulet, les peurs existentielles refoulées sous les oripeaux du vernis social (alors que les invités sont la plus proche famille) ressurgissent très violemment. Cette alternance des tons n’est pas artifice de fabricant de spectacle mais bouleversante restitution de l’essence des personnages. En effet: quoi de plus tragicomique que la vieillesse?

Cela aurait pu se limiter à une mécanique théâtrale parfaitement huilée, c’est un film plein de vie et de mystère. C’est un film plein de vie grâce à la présence des immenses Claude Piéplu et Micheline Presle, grâce au naturel discrètement fantasque de leur jeu. C’est un film plein de vie grâce à la fantaisie contrôlée du style. Ainsi du chant collectif, pari du cinéaste osé mais tenu. C’est un film plein de mystère du fait des notations étranges introduites par le metteur en scène tel ces gestes de tendresse quasi-incestueuse entre le fils et sa mère, des instants où Frot-Coutaz se garde bien d’être bêtement explicatif (la mélancolie de la mère ne saurait être réduite à un unique traumatisme) mais reste toujours juste quant à l’évocation des états d’âme des personnages.  C’est enfin un film plein de mystère parce que l’environnement bellevillois des personnages ne sert pas uniquement à les situer socialement (excellente scène du poulet halal): des plans magnifiques sur le feuillage des arbres du parc soufflés par le vent insèrent dans la chronique de discrètes embardées cosmiques. Il y a ici un fantastique analogue à celui du Rayon vert.

Beau temps mais orageux en fin de journée est donc un film aussi grand qu’oublié. Dans la belle tradition des meilleurs auteurs Diagonale, l’empathie de Gérard Frot-Coutaz pour tous ses personnages en même temps que l’effacement de son ego au profit de son récit lui ont permis de réaliser un des films les justes qui soient sur son sujet. A savoir la folie ordinaire d’une jeune retraitée.

Paradis perdu (Abel Gance, 1940)

 

Une jeune fille et un peintre se rencontrent le 14 juillet 1914. Le jour de leur mariage, la guerre est déclarée…

La première partie illuminée par le visage sublime de béatitude amoureuse de Micheline Presle est magnifique. Le couple qu’elle forme avec Fernand Gravey est beau comme un couple de Frank Borzage. L’amour, la guerre, la mort. La trame est simple mais retorse car Abel Gance va jusqu’au bout des possibilités mélodramatiques de son récit, jusqu’à faire exhaler à son film un parfum de mélancolie quasi-incestueuse. Certains effets tel que la surimpression finale sont naïfs mais ils fonctionnent grâce à la virtuosité du cinéaste et à la conviction des acteurs.  Au final et en dépit d’un improbable car trop vite expédié dernier acte, Paradis perdu s’avère un des meilleurs films parlants d’Abel Gance.

American guerrilla in the Philippines (Fritz Lang, 1950)

Au moment de la retraite de leur armée en 1942, une poignée de soldats américains se retrouvent seuls sur une île philippine envahie par les Japonais.

Film inconnu de Fritz Lang, Guérillas ne gagne pas à être connu. Le film démarre pourtant bien avec l’appréhension réaliste du comportement du soldat joué par Tyrone Power qui cherche à se barrer des Philippines envahies par les Japonais plutôt qu’à faire la guérilla. Malheureusement, la débilité conventionnelle et propagandiste du script se révèle au fur et à mesure de son déroulement. La fusillade finale est d’un ridicule achevé. La rigidité du style de Lang ne convient pas au film de guerre et encore moins à celui-ci. Elle fait ressortir l’indigence de la narration et la convention des situations. La vitalité truculente d’un Walsh les auraient peut-être mieux fait oublier. Reste quelques plans documentaires assez intéressants sur la vie d’un camp de résistants (le film fut tourné sur place) ainsi qu’une séquence qui donne l’occasion à Lang de briller: celle de l’exécution du traître.

Le jour des rois (Marie-Claude Treilhou, 1990)

La journée de trois soeurs retraitées qui se retrouvent pour partager une galette des rois avant d’aller voir un spectacle dans lequel joue leur quatrième soeur.

Le jour des rois est d’abord une merveille d’écriture en ce sens que des situations quotidiennes révèlent la nature profonde des personnages avec humour et tendresse. Je pense à ce  déjeuner au restaurant chinois qui prend pour ces mamies des allures d’expédition au Tonkin, je pense à l’air d’opérette entonné en choeur dans le salon, je pense encore à cette  discussion sur l’Immaculée conception, une discussion dont l’origine est aussi dérisoire que les conséquences terribles. Le scénario est exempt de toute progression autre que le déroulement de la journée. Cette narration en apparence libre mais en réalité magistralement concoctée fait songer à Pagnol, au Ford de Dr Bull, au cinéma de Paul Newman. Les personnages sont le coeur d’une mise en scène simple et précise.

Cette mise en scène est foncièrement réaliste parce qu’elle investit des lieux inédits au cinéma quoique très présents dans notre société, tel une maison de retraite. Ce réalisme de l’environnement suffit à empêcher tout excès de théâtralité.
Evidemment, les acteurs et actrices sont formidables. Robert Lamoureux est étonnant de naturel et n’importe quel homme, quel que soit son âge, s’étant déjà retrouvé seul avec trois femmes durant toute une journée s’identifiera profondément à ce pauvre monsieur. Danielle Darrieux est toujours l’élégance incarnée même lorsqu’elle porte jupe droite et talons compensés, le cabotinage de Paulette Dubost est délicieux et Micheline Presle joue un étonnant double-rôle. Chacune de ces grandes dames du cinéma français est émouvante de vérité humaine.
Leurs personnages sont caractérisés avec une exceptionnelle finesse. La citadine un peu cultivée s’avère terriblement bornée, la bigote est une femme meurtrie, la gentille idiote a plus de bon sens que ses deux soeurs réunies. Et cette ambivalence n’a rien d’artificiel, tout cela est fluide, naturel et justifié par un scénario parfait. C’est la complexité de la vie admirablement synthétisée et révélée par Marie-Claude Treilhou.

Le jour des rois est une des meilleures comédies françaises contemporaines car le regard amusé (mais jamais méprisant) sur les petites vieilles fait que c’est un film d’une grande drôlerie. Le rapide et parfait oubli dans lequel il est tombé est donc d’autant plus scandaleux.
Cependant, derrière la légèreté de ton, la cinéaste aborde des thèmes très graves liés à la nature même de ses personnages: solitude, vieillesse, regrets d’une vie, présence des morts. Elle se montre alors d’un pessimisme discret mais implacable. Elle montre les mesquineries de chacune des deux soeurs, mesquineries qui sont d’ailleurs souvent source de comique. Imaginez vous un sujet de Bergman mis en scène par Pagnol…Il n’y a pas de facile réconciliation finale et la cohabitation entre un homme et une femme mariés depuis cinquante ans est souvent rude.
Marie-Claude Treilhou ne dit donc rien de révolutionnaire. Elle ne grossit pas le trait comme pouvaient le faire les Italiens des années 70. Tout est logique et naturel mais en mettant en scène une importante catégories de personnes absente des écrans de cinéma, elle rappelle de saines évidences à un public qui faisait alors la fête à Luc Besson et aux frères Coen.

En haut des marches (Paul Vecchiali, 1983)

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En 1963, une femme revient à Toulon qu’elle avait quitté à la Libération suite à l’assassinat de son mari pétainiste. Les souvenirs surgissent…

En haut des marches est un des travaux les plus personnels de Paul Vecchiali puisqu’il l’a réalisé en hommage à sa mère. A ce titre, les longues confessions en voix-off qui ouvrent et qui ferment l’oeuvre sont magnifiques. Ce film est une interrogation sur les différentes mémoires, sur la façon dont la perception des évènements historiques diffère selon qu’on y était plongé ou qu’on les analyse a posteriori sans les avoir vécus. L’évidente affection que l’auteur éprouve pour l’héroïne ne l’empêche pas de présenter les contrechamps avec une honnêteté intellectuelle rare dans le cinéma français. Je pense notamment aux dialogues avec la nièce avocate. Le film est dialectique jusqu’au bout des ongles, rien n’est simpliste, Vecchiali se refuse à juger qui que ce soit. Ainsi, après un discours de Pétain, on entend toujours un discours de De Gaulle.

La structure chaotique qui entremêle flashbacks et flashforwards au service d’un sujet théorique lié à la mémoire et à l’histoire fait penser à du Resnais. Heureusement, la mise en scène de En haut des marches n’a rien à voir avec celle d’un film comme La guerre est finie. Le film de Vecchiali n’est en effet ni guindé ni esthétisant. L’opérateur a capté différentes nuances de la lumière toulonnaise, faisant exister le lieu de l’action. La magnifique Danielle Darrieux incarne pleinement une oeuvre dont elle est la raison d’être. Les audaces narratives rendent le film parfois confus mais une chose est certaine, une chose irradie l’écran: l’amour de Vecchiali pour son personnage. C’est ce qui le différencie du petit malin puritain qu’est Jean-Luc Godard.

Le château des amants maudits (Beatrice Cenci, Riccardo Freda, 1956)

L’histoire de Beatrice Cenci

Revue et corrigée par Riccardo Freda, cette sordide affaire de parricide a été transformée en tragédie dans laquelle des jeunes amants sont confrontés au joug d’un père tyrannique et incestueux sans jamais se départir de leur pureté morale. Cette simplification de la grande histoire est celle du dramaturge maître de son art. Les tourtereaux évoluent dans un environnement de pourriture et de mort proche de de celui des Damnés de Visconti.

Le styliste baroque qu’est Freda est ici au plus haut de sa forme. Le Cinémascope est somptueux, les couleurs sont chaudes, la bande originale faite de standards de la musique symphonique. Le metteur en scène nous régale de plusieurs morceaux de bravoure (la course-poursuite nocturne en ouverture, la mort de Francesco, l’exécution finale…) mais la sûreté de son goût irrigue l’ensemble de Beatrice Cenci. Voir par exemple cette séquence d’embuscade nocturne au Colisée qui s’ouvre par un panoramique mettant en valeur le décor monumental avant que la caméra ne se focalise sur l’action. Il est simplement dommage que que la mauvaise post-synchronisation altère gravement la vérité des compositions des excellents acteurs que sont Gino Cervi, Micheline Presle et Claudine Dupuis (par ailleurs fort gironde).

Le diable au corps (Claude Autant-Lara, 1947)

Pendant la première guerre mondiale, la liaison entre un lycéen et l’épouse d’un soldat au front.

Le roman de Radiguet était court, direct et brûlant de la sensibilité de son très jeune auteur. L’adaptation d’Autant-Lara est pesante, longuette et superficielle. Des ravages de l’académisme ou quand le sel d’un chef d’oeuvre littéraire est ruiné par des comédiens affectés (Gérard Philippe), un metteur en scène plus focalisé sur sa direction artistique (ha ça, les décors de Max Douy sont toujours aussi réussis) que sur les sentiments de ses héros et des auteurs qui délaient laborieusement leur propos « anti-bourgeois » au lieu d’affiner la psychologie de leurs personnages.

Reste que le rebelle officiel Claude Autant-Lara est un cinéaste un peu moins pudibond que, disons, René Clément ou Marcel Carné. Non que Le diable au corps soit un grand film d’amour mais au moins, l’attirance charnelle entre les deux amoureux y est signifiée. Le plan du baiser volé au restaurant rappellera des souvenirs à quiconque a déja été assis dans un café à côté d’une femme ne sachant pas ce qu’elle voulait. Ce n’est rien à côté de la formidable puissance d’évocation du livre mais c’est toujours ça de pris à un film méchamment suranné.

L’enquête de l’inspecteur Morgan (Blind date , Joseph Losey, 1959)

Se rendant à un rendez-vous galant avec une femme de la haute-société, un jeune peintre est accusé du meurtre de sa maîtresse. Pour tenter de se disculper, il raconte leur histoire à l’inspecteur de police…

Blind date est un bon polar dans lequel apparaît la thématiques chère à Losey des désirs sexuels venant s’immicer dans la bonne marche des rapports de classes. Compte tenu de l’acharnement de la police contre le jeune homme, on aurait pu craindre un discours gauchiste un peu lourd mais les personnages s’éloignent de leurs archétypes dans la dernière partie du récit et rendent du coup le film plus subtil qu’il n’en avait l’air. Le jeu de Hardy Kruger dans le rôle principal paraît affecté mais Micheline Presle est superbe.

Boule de suif (Christian-Jaque, 1945)

Film assez typique de la qualité française. Adaptation de classiques littéraires (le film s’inspire de deux nouvelles de Maupassant: Boule de suif mais aussi Mademoiselle fifi), direction artistique fastueuse, dialogues de Jeanson, comédiens de métier…Pour toutes ces raisons, le film n’est pas trop désagréable à regarder. Malheureusement, il est handicapé par un scénario médiocre: personnages réduits à des archétypes et déterminés du début à la fin par la charge sociale qu’ils cristallisent, présence de séquences superflues sans rapport avec l’intrigue qui ne sont là que pour montrer combien les Allemands sont horribles. Cet esprit revanchard est tout à fait compréhensible vu la date de tournage du film mais il apparaît un peu lourd aujourd’hui.

Ce qui rend le film intéressant, c’est le travail de Christian Matras, génial chef opérateur qui allait photographier Le plaisir quelques années plus tard. C’est le plus beau compliment qu’on puisse faire au film de Christian-Jaque que de dire que son rendu plastique anticipe celui du chef d’oeuvre de Max Ophuls. Les images sont superbement éclairées, les mouvements d’appareil dynamisent considérablement la mise en scène (notamment les panoramiques accélérés).

L’amour d’une femme (Jean Grémillon, 1954)

L’arrivée d’une jeune doctoresse sur une île bretonne. Bien que l’histoire soit axée autour de la romance entre l’héroïne jouée par Micheline Presle et un ingénieur d’origine italienne, le traitement de Jean Grémillon, est anti-romanesque au possible. La façon dénuée de pittoresque dont est filmée l’environnement villageois (l’église, l’école, les ouvriers au travail…) tire le film vers le néo-réalisme. Certaines séquences sont quasi-documentaires comme celle de l’opération chrirurgicale. Malheureusement, les personnages sont assez schématiques et l’intrigue reste, en dépit du vernis documentaro-féministe, conventionnelle. Il est donc regrettable que Grémillon n’ait pas pris son sujet mélodramatique à bras le corps en se préoccuppant plus de sa narration. En l’état, le dernier long-métrage de l’auteur de Remorques et Le ciel est à vous est assez ennuyeux à regarder.