L’Ennemi public (Baby face Nelson, Don Siegel, 1957)

Le sanglant itinéraire de Baby Face Nelson.

La trame canonique est sertie dans une mise en scène à l’impeccable sécheresse: parfaite concision du découpage, gestes stylisés des comédiens, contrastes tranchants du noir et blanc, éclatante dureté de la violence. Certes, ces qualités relèvent plus de la perfection d’une usine à polars (la Columbia des années 50) que de l’originalité d’un auteur mais Mickey Rooney, excellent, et Carolyn Jones, bizarrement sexy, insufflent ce qu’il faut d’humanité déréglée au film pour que celui-ci ne se réduise pas une mécanique. Evidemment, le lien entre la violence du psychopathe et son complexe d’infériorité virile reste suggéré, latent, à l’opposé de la lourdeur explicite du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn.

 

Le grand National (National Velvet, Clarence Brown, 1944)

Une petite fille se met en tête de gagner la course hippique du grand National…

Ce film édifiant et longuet ne raconte finalement pas grand-chose. Il est difficile de comprendre l’amour démesuré de la gamine pour son canasson. Heureusement, il y a la splendeur des images en Technicolor (paysages verdoyants, robe orangée du cheval) et, aussi, une bonne scène de course.

Belle jeunesse (Summer holiday, Rouben Mamoulian, 1948)

Dans une petite ville de province américaine, un jeune homme apprend à grandir durant ses vacances d’été…

Petite tranche d’americana musicale et colorée dans la lignée du Chant du Missouri, Summer holiday raconte comment un adolescent pétri de lectures révolutionnaires et un oncle alcoolique retrouvent le giron de leur communauté. Dans la plus pure tradition MGM, la somptuosité de la direction artistique s’accorde parfaitement à l’idéalisation de cette communauté. On aurait aimé que ce message éminemment conservateur soit transmis avec plus de profondeur dialectique, avec une meilleure prise en compte du « point de vue de l’adversaire ». Si le début avec les violentes diatribes anticapitalistes du fils pouvait apparaître audacieux, la résolution des conflits dramatiques apparaît pour le moins expédiée. De plus, Mickey Rooney, 28 ans et 1,57m, n’est guère crédible en ado rebelle. D’où l’impression d’un film très charmant et parfois touchant mais finalement superficiel. A son habitude, Rouben Mamoulian a concentré son talent sur la forme. Pour exprimer les états d’âme de ses personnages, il privilégie le symbolisme des couleurs à la justesse des gestes et des dialogues. Voir le numéro onirique de « la fille en rouge » ou les tableaux, magnifiques quoique plus décoratifs, de la fête du 4 Juillet.

Le destin est au tournant (Drive a crooked road, Richard Quine, 1954)

Un pilote-mécanicien esseulé se fait manipuler par un couple qui veut utiliser ses talents pour un casse.

Ce petit film noir de la Columbia écrit par Blake Edwards se distingue par la personnalité de son personnage principal. Sa soif affective, excellemment retranscrite par Mickey Rooney, insuffle une certaine émotion à un récit dont le déroulement reste schématique. Le regard porté sur le mécanicien n’est jamais dénué de tendresse, y compris lorsque celui-ci passe de l’autre côté de la barrière. Ainsi, la fin, subtilement mélodramatique, est vraiment touchante.

A lire, cette très belle déclaration d’amour (plus belle que le film, sans doute).

Babe 2, le cochon dans la ville (George Miller, 1998)

Babe le cochon devenu berger se retrouve propulsé dans une grande ville pour aider son maître dont la ferme est menacée de saisie.

La gentillesse forcenée et quasi-absurde (alors qu’il évolue dans un milieu horrible) de Babe rappelle Ce bon vieux Sam. Il y a d’ailleurs du McCarey (ou du Capra) dans ce film dont la fin résolument utopique ne va pas sans un nécessaire contrepoint de noirceur d’autant plus terrifiant que le film est d’abord destiné aux enfants. Le réalisateur George Miller utilise génialement tous les artifices du studio à sa disposition. Les courses-poursuites virtuoses où la caméra ignore les contraintes physiques plongent littéralement le spectateur dans le film tandis que décors et lumière très stylisés accentuent l’intemporalité de la fable. L’aspect parfois brouillon du scénario ne doit pas faire oublier que Babe 2 est un film magnifique, plus radical que l’original. Inventif, drôle, pétri d’humanité (joies de l’anthropomorphisme!), complètement fou et absolument pas infantile.