Granddad (Thomas Ince, 1913)

Parce qu’il a incité sa petite fille à lui planquer une bouteille, un vétéran de la guerre de Sécession est chassé du foyer par sa bru…

L’alcool, les vieux et la guerre de Sécession: on se rend compte que les thèmes chers à John Ford n’étaient pas follement originaux. Même la morale -un triste pessimisme quant au traitement des héros de guerre par une bonne société fondamentalement pharisienne- est typique du futur auteur de La chevauchée fantastique. De ce matériau, Thomas Ince ne tire certes pas un film aussi sublime les chefs d’oeuvre du borgne mais un beau moyen-métrage à cheval entre primitivisme et classicisme. Le grossier scénario abuse des coïncidences pour faire avancer l’histoire, William Desmond Taylor dans le rôle titre surjoue parfois et les angles de prise de vue ne sont pas très variés mais plusieurs séquences témoignent déjà d’un vrai sens du cinéma: l’émouvant enterrement à Arlington, le flashback de la bataille et, d’une façon générale, les extérieurs qui sont joliment photographiés.

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Grand frère (The cold deck, William S.Hart, 1917)

En Californie aux alentours de 1860, un joueur professionnel accueille sa jeune soeur qui vient d’arriver en diligence…

Parmi les quelques westerns de William S.Hart que j’ai pus voir, celui-ci apparaît comme un des meilleurs. D’abord, c’est un des moins rigides. Le canevas n’est pas celui de la rédemption d’un chef de gang mais celui de l’itinéraire d’un joueur qui oscille entre le Bien et le Mal en fonction de ses affects et des soubresauts de l’action. L’ambiguïté morale est donc plus vivante et moins schématique que dans Blue blazes rawden ou La rédemption de Rio Jim. 

A l’exemple du plan où le contour d’une diligence lointaine se marie avec une branche feuillue devant la caméra, les images de Joe August frappent à la fois par leur fraîcheur réaliste et leur précision sophistiquée. Plusieurs fois, le spectateur est saisi par la vérité de l’instant qui vient transfigurer un récit rondement mené mais conventionnel. Je pense à ce moment où, après une longue cavale dans les bois, la vamp éconduite trouve la maison du héros et regarde son linge étendu et séché par le vent. Ce sublime champ-contrechamp cristallise une charge de mélancolie inversement proportionnelle à sa durée.