After tomorrow (Frank Borzage, 1932)

Le mariage de deux fiancés est sans cesse reporté à cause de parents plombants.

Il s’agit sans doute de la plus sinistre des variations de Frank Borzage sur son thème de prédilection, à savoir les jeunes amoureux qui tentent de construire leur foyer. Les relations entre la fille et sa mère sont d’une amertume quasi-bergmanienne. La scène qui précède le départ de la génitrice est de ce fait particulièrement forte. A l’opposé de la sublimation esthétique à l’oeuvre dans ses opus magna (tel Lucky star), le décor se réduit ici à quelques intérieurs d’appartement platement éclairés; ce qui accentue la pesanteur de l’oeuvre. Cette pesanteur est tout juste égayée par des moments érotiques touchants mais trop rares, tel celui où Charles Farrell étreint par terre la jolie et frémissante Marian Nixon. Moins tendre et moins lyrique que les réussites les plus mémorables de Borzage, After tomorrow n’en demeure pas moins d’une justesse rare dans ses dialogues et son interprétation car le sordide des situations ne va pas sans une franchise inédite de l’expression. Ainsi le mot « sex » est-il explicitement prononcé. Ceci étant, cette audace finit par induire un déséquilibre dans la construction narrative car, pour finalement satisfaire aux conventions hollywoodiennes, les auteurs ont intégré une dernière partie heureuse via un deus ex-machina des plus invraisemblables.

Bad girl (Frank Borzage, 1931)

Une jeune mannequin quitte son foyer pour épouser un vendeur de T.S.F qui a bien l’intention de grimper l’échelle sociale.

Dans cette adaptation édulcorée d’un sulfureux best-seller de l’époque, la justesse du regard de Frank Borzage sur les jeunes couples fait encore une fois merveille. La naissance de l’amour entre les deux protagonistes est retracée avec une précision réaliste qui, alors, n’appartenait qu’à lui. L’ancrage dans un milieu populaire et la franchise des dialogues annoncent Antoine et Antoinette. On regrettera simplement un découpage un peu plan-plan qui accumule les discussions filmées en champ-contrechamp et une certaine maladresse dans la dramatisation finale (l’artificialité du montage parallèle).