Le justicier de l’Ouest (The Gun Hawk, Edward Ludwig, 1963)

Un shérif poursuit un pistolero auquel il fut attaché et qui a tué les meurtriers de son père.

Une brinquebalante mais authentique merveille à même de justifier la flatteuse réputation de Edward Ludwig parmi les happy few. D’une part, la modicité des moyens contraint le metteur en scène à faire fi des plans inutiles. D’autre part, il retourne à son avantage l’omniprésence du studio en insufflant une discrète poésie chromatique aux scènes censées se dérouler à l’extérieur. Cet artifice de la forme, auquel participent également la musique lancinante de Jimmy Haskell et des dialogues parmi les plus sublimes du genre, et la bienveillance de l’ensemble des personnages principaux nimbent la tragédie d’une tranquillité irréelle.

L’originalité de l’oeuvre est que cette abstraction stylistique n’empêche pas l’usure physique du héros d’être prégnante et la douleur de se lire dans les yeux fatigués de Rory Calhoun, ici aussi magnifique qu’émouvant. A la fois rectiligne et profondément ambigu, le récit est typique de l’auteur du Réveil de la sorcière rouge. Bref, The Gun Hawk est un des premiers westerns crépusculaires, c’est aussi l’un des plus beaux.